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Cinéma

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Melancholia

Danemark/Suède/France, 2011, 2h10

Réalisation : Scénario, Dialogues : Lars von Trier – Décors : Jette Lehmann – Direction photo: Manuel Alberto Claro – Montage : Molly Malene Stensgaard- Son : Kristian Eidnes Andersen – Distribution : Les Films du Losange
Interprétation : Kirsten Dunst (Justine) - Charlotte Gainsbourg (Claire) - Kiefer Sutherland (John) - Stellan Skaarsgaard (Jack) - John Hurt (Dexter) - Charlotte Rampling (Gaby)
Auteur :

De The Element of crime (1984) à Antechrist (2009), et cette année Melancholia, cet artiste surdoué et provocateur a régulièrement déchaîné les passions au Festival de Cannes. Il a décroché la Palme d’Or en 2000 (Dancer in the dark) après avoir fait pleurer les foules avec Breaking the waves en 1996. En 2003, ce fut Dogville. Fondateur de Dogma, une école danoise imposant des règles de tournage, une sorte de morale cinématographique, Von Trier (LVT) est régulièrement accusé de misogynie. Mais chacun de ses films dénote un talent extraordinaire, qu’on aime ou qu’on n’aime pas son style ni le personnage !

Résumé :

La planète Melancholia s’approche dangereusement de la Terre, et chacun s’inquiète de savoir si sa trajectoire évitera notre planète. L’action se déroule autour de deux figures féminines, deux sœurs, la blonde Justine, et la brune Claire. Désespoir et sérénité devant le cataclysme inéluctable.

Analyse :



Cela commence par un Prologue, où toute l’histoire est annoncée par des images envoûtantes et voluptueuses. Les ralentis semblent dilater le temps, et en fond sonore, l’Ouverture de Tristan et Ysolde de Richard Wagner, prend une dimension cosmique. Par un hommage au romantisme allemand, à un monde aux antipodes des préoccupations matérialistes, LVT nous livre sa vision esthétique, tragique de l’existence. La beauté blonde de Justine et ses rêveries rappellent Ysolde, les lieder d’Heinrich Heine et d’Eichendorff, et aussi Thomas Mann (Doktor Faustus, Tristan, Mort à Venise). On suit, charmé et fasciné, cette Lorelei, cette Sylphide moderne, qui n’accepte pas la vacuité, la fatuité du monde dont font partie son père, sa mère, son patron, et son mari. Elle recherche le monde de beauté et de rêve que représentent la peinture de Breughel, l’image d’Ophélie flottant sur les eaux. Quittant le banquet de mariage, elle marche dans le parc, et la forêt environnante, et regarde cette mystérieuse planète, venue du fond du ciel, qui évolue près d’Antarès l’étoile Rouge de la constellation du Scorpion. Femme qui rencontre son vide intérieur, Justine (Kirsten Dunst, prix d’interprétation, lui prête sa beauté lumineuse) passe de la dépression qui l’accable, à la sérénité, alors que Claire ne peut résister au désespoir grandissant. Revoyons la gravure de Dürer, Melencholia, dans laquelle René Huyghe voit "la traduction de l’angoisse de l’homme devant l’univers étranger à lui-même". La transposition cinématographique est dans le premier plan, où apparaît le visage de Justine, comme absorbé par une douleur intérieure, elle nous regarde, alors que brille au loin sur la droite et en arrière du visage, un point lumineux, comme un ‘soleil noir’(Nerval). Face à elle, Claire, au visage émacié et tourmenté, a choisi le monde de l’argent, elle vit avec John, gentil mais comptable de sa richesse. Alors que la planète s’approche de plus en plus, Claire va vivre avec sa sœur et son jeune fils le moment ultime, où l’esprit d’enfance (la ‘cabane magique’) donne sa réponse dérisoire et émouvante au désastre du monde.

(Alain Le Goanvic)