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Cinéma

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Moonrise Kingdom

(Etats-Unis 2012, 1h34)

Réalisation : Wes Anderson – Scénario : Wes Anderson et Roman Coppola - Chef opérateur : Robert D. Yeoman - Musique originale Alexandre Desplat - Montage Andrew Weisblum - Distribution France : Studio Canal.
Interprétation : Kara Hayward (Suzy), Jared Gilman (Sam), Edward Norton (le chef scout), Bruce Willis (le capitaine Sharp), Bill Murray (monsieur Bishop), Frances McDormand (madame Bishop), Tilda Swinton (Services Sociaux).
Auteur :

Wesley Wales Anderson, quadra texan, étudia la philosophie mais se voua au cinéma en autodidacte avec ses copains Wilson (Andrew, Owen, Luke). Son premier long- métrage, Bottle Rocket, date de 1996. Moonrise Kingdom est le septième. Cinéaste perfectionniste et très brillant, il devint connu en France surtout avec La Famille Tenenbaum (2001) puis A bord du Darjeeling Limited (2007). Comme les Wilson, Bill Murray est de presque tous ses films.

Résumé :

Sur une île taillée sur mesure, été 1965, deux jeunes ados, Suzy Bishop et Sam le scout orphelin, tombent amoureux et s’enfuient ensemble. Parents, Scouts, Police et Assistance sociale se mobilisent pour les retrouver, tandis qu'une violente tempête arrache les arbres et déverse un déluge.

Analyse :



Le titre – 'Royaume du lever de lune', nom donné par les fugitifs à leur refuge – évoque avec justesse l’atmosphère de conte poétique du film : un amour de gosses, rendu de façon charmante par les débutants Kara Hayward et Jared Gilman qui s'échappent ensemble du monde qui leur est fait à l’une et l’autre, et où ils souffrent.
La première tonalité du film est celle du charme de l'enfance innocente : maison de style 'poupée' où vit Suzy, camp et scouts impeccables, fuite en habits du dimanche et short repassé, livres emportés sagement pour lecture à voix haute, tout ceci en harmonie avec une nature fraîche et intacte. Mais cette mièvrerie sucrée est corrigée par l'amertume de la confrontation aux autres, camarades moqueurs ou méchants, adultes égoïstes qui ne comprennent rien et ne servent à rien ; au delà du petit cercle, par la Société… anonyme, et aveugle à la souffrance, qui décide du sort des êtres à distance d'avion ; et par la tempête qui abîme et détruit.
Le style est celui de la comédie, bien rythmée, riche d'inventions – le mégaphone familial de madame Bishop, la cabane perchée bâtie par les scouts, leurs armes loufoques et leurs rites exagérés, le vélo amoureux de madame Bishop… – et de personnages non crédibles : ici, les grands acteurs du superbe casting ne sont pas en contre-, mais bien en sous-emplois, chacun dans un tout petit rôle. Mais une comédie finit bien, et l'on voit se dresser face à la Machine  et aux Parents sourds ce qu'il faut de transgression pour paternellement protéger la vie.

Lumières et couleurs, costumes et décors, cadrages et photographie, Wes Anderson a mis un soin maniaque à tout bien faire, mais à sa façon originale, intelligente et ironique, qui gomme toute trace d'application pouvant gêner notre plaisir. Sans oublier la musique : encadrée par les génériques de début et de fin qui énumèrent, sur fond de Britten puis de Desplat, un inventaire d'instruments les plus variés, elle accompagne aventures et émotions de rythmes et mélodies connus ou nouveaux, au milieu desquels émerge soudain, inattendue en Nouvelle Angleterre, la voix nostalgique de Françoise Hardy…  

(Jacques Vercueil)