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Cinéma

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(USA/CHILI/MEXIQUE – 2012 – 1h57)

Réalisation : Pablo Larrain - Scénario : Pedro Peirano - Photo : Sergio Armstrong – Son : Miguel Hormazabal – Montage : Andrea Chognoli - Distribution :Wild Bunch
Interprétation : Gael Garcia Bernal (Rene Saavedra) – Alfredo Castro (Lucho Guzman) – Antonia Zegers (Veronica Caravajal) - Luis Gnecca (Jose Tomas Urrutia) – Marcial Tagle (Costa)
Auteur :

Né au Chili en 1976, Pablo Larrain est réalisateur, scénariste, producteur. On lui doit 4 longs métrages : Fuga (2006) - Tony Manero (2008) - Santiago 73, post mortem (2010) - No (2012) présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Un seul thème réunit les trois derniers films : le Chili de la dictature Pinochet, la réminiscence d’une période sombre de son pays, et des blessures qu’elle a laissées dans la vie des gens et dans la mémoire collective, encore vivaces de nos jours.

Résumé :

Le scénario est tiré d’une pièce d’Antonio Scarmeta, Réferendum. C’est l’histoire de la chute de Pinochet à la suite d’un référendum organisé sous la pression internationale. en octobre 1988. Ce qui est passionnant dans ce film, c’est qu’il montre qu’on peut battre une dictature avec les techniques de la publicité. Et comment cela est vécu par René Saavedra, un jeune et brillant publicitaire, plutôt tourné vers la publicité de produits du capitalisme, destinés au bien-être des gens !

Analyse :



Tourné dans le style vidéos des années 80 (format 4/3, couleurs saturées), afin d’être cohérent avec les images d’archives qui ponctuent le film, le récit de l’extraordinaire (au sens littéral) expérience de René nous plonge dans l’ambiance d’un moment plein d’espoirs pour les Chiliens. Mais aussi plein de risques, car la dictature a encore tous les pouvoirs, en particulier celui de tuer. Le portrait psychologique du personnage nous touche, car le cinéaste nous montre que le courage politique existe chez les gens ordinaires, les sans-grades. Il est fils d’un exilé opposant à Pinochet. Il est employé dans une entreprise de marketing, dirigé par Lucho Guzman, un homme de droite qui va assister à la lente mais certaine évolution de son collaborateur vers la défense du non, et le voit utiliser tout son savoir-faire de « vendeur » de produits (comme le micro-ondes dernier cri). De sarcastique, il devient peu à peu respectueux sinon admiratif. Il est témoin impuissant du processus où le pouvoir va changer de main.

Un film politique aux résonances brechtiennes. Il y a une sorte de dialectique qui se joue : subvertir les méthodes commerciales du néo-libéralisme en instrument politique destiné à abattre un dictateur. Le génie est de ne pas dénoncer seulement les méfaits d’un pouvoir cruel, mais de valoriser l’humour et la joie, nouvelles forces positives, bien plus efficaces contre la morbidité et la mort. Mais René est abasourdi quand il apprend la victoire du non, il est comme en-dehors de l’Histoire et retourne à son travail de publicitaire, sous la direction du même chef.

Manifestement sa conscience politique n’a pas atteint sa maturité, il est d’ailleurs prêt à reprendre sa vie quotidienne et on voit poindre son amertume. Il n’a pas droit aux honneurs, à la reconnaissance. Qu’est-ce donc que l’existence sans vision de transformation de la société, au-delà du matérialisme technologique qui prétend satisfaire nos besoins? René est un témoin sacrifié de l’inexorable marche vers la démocratie, mais pas forcément vers le bonheur ! C’est pourquoi le spectateur sort de cette fiction réussie avec un mélange de joie et de tristesse.

Alain Le Goanvic