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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Oslo, 31 août

(Norvège – 2011 – 1h36)

Réalisation : Joachim Trier – Scénario (inspiré de Feu follet de Drieu La Rochelle) et dialogues : Eskil Vogt, Joachim Trier – Photo : Jakob Ihre – Décors : Jorgen Stangeby Larsen – Musique : Ola Flottum – Montage : Olivier Bugge Coutté – Son : Glsle Tveito - Production : MOTLYS AS
Interprétation : Anders Danielsen Lie (Anders), Hans Olav Brenner (Thomas), Ingrid Olava (Rebecca), Kjaersti Odden Skjeldal (Mirjam), Johanne Kjellevik Ledang (Johanne), Petter Width Kristiansen (Petter)
Auteur :

Né en 1974 à Copenhague, de nationalité danoise, Joachim Trier a fait des études de cinéma en Angleterre. Après une période de courts métrages (récompensés dans différents festivals) et de clips publicitaires il réalise son premier long-métrage Nouvelle donne en 2006.

Résumé :

Anders va bientôt terminer un traitement dans un centre de désintoxication situé à la campagne. Dans le cadre de sa thérapie, il est autorisé à se rendre en ville pour un entretien professionnel. Profitant de cette permission, il reste en ville, erre, rencontre des gens qu’il n’a pas vus depuis longtemps. Anders est profondément perturbé par les opportunités qu’il a gâchées, les gens qu’il a déçus. Il a le sentiment que sa vie est déjà finie.

Analyse :



Ce film nous offre un rendu très prenant de la solitude et de la dépression. Chaque rencontre faite par Anders va le confronter à la distance qui le sépare de ses anciens amis et de la vie qu’ils mènent maintenant. Avec le premier qui l’accueille à son arrivée à Oslo, s’installe une conversation de plus en plus désabusée, à propos de la vie professionnelle et de la vie de couple. Cet ami encourage cependant Anders, lui rappelant ses compétences antérieures et lui parlant d’une jeune fille qui lui était très attachée. Mais l’entretien professionnel qui va suivre, assez bien commencé, s’interrompt par le départ brutal d’Anders qui a été contraint de dire ce qu’il a fait pendant les six dernières années. L’espoir de rencontrer sa sœur Nina est déçu : celle-ci ne vient pas au rendez-vous et y envoie à sa place son amie.

La soirée à laquelle se rend ensuite Anders lui permet de retrouver d’anciennes connaissances, mais la rencontre se déroule sur un mode extrêmement superficiel, à l’exception d’une conversation avec l’hôtesse dont on fête l’anniversaire. Celle-ci exprime son désarroi de vieillir sans enfants. Et l’alcool va reprendre ses droits avant de conduire Anders à voler dans les sacs des invités de quoi aller s’acheter de la drogue. Son errance dans la ville va s’achever dans la maison de ses parents, mise en vente par ceux-ci car ils veulent pouvoir aider leur fils financièrement. Après quelques minutes au piano, Anders prépare sa dose de drogue et s’étend. On revoit alors, comme en remontant le temps, quelques-uns des lieux qu’il a parcourus au cours de ce bref séjour à Oslo, lieux de ces rencontres vaines qui n’ont pas su lui redonner le goût de vivre.

Le sentiment d’étrangeté éprouvé par Anders nous est montré à travers quelques scènes significatives : dès le début du film des personnages évoquent leurs souvenirs d’Oslo et ce qu’ils y ont aimé. Plus loin, Anders parcourt la ville, évoquant de manière positive ses parents et l’éducation qu’il a reçue. Mais au café où il se tient on saisit des bribes de conversations venant des tables voisines, exprimant toutes plus ou moins des espoirs déçus ou des rêves. Comme si Anders, revenant dans la ville de son passé n’y retrouvait pas ce qu’il y avait aimé mais seulement des gens blasés, déçus, désabusés, et finalement peu chaleureux dont la seule fonction semble être de le renvoyer à sa longue période de toxicomanie. Sont-ils incapables de croire en lui et en sa possible guérison? Ou est-ce Anders lui-même qui ne veut pas y croire car il ne les perçoit pas comme menant une vie enviable?

(Maguy Chailley)