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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Polisse

(France 2011, 2h07)

Réalisation : Maïwenn Le Besco, co-scénariste avec Emmanuelle Bercot ; Image : Pierre Aïm ; Montage : Laure Gardette ; Distribution : Mars Distribution
Interprétation : Joey Star (Fred), Maïwenn (Melissa), Karine Viard (Nadine), Marianne Foïs (Iris), Nicolas Duvauchelle (Matthieu), Emmanuelle Bercot (Sue-Ellen)
Auteur :

Maïwenn Le Besco, 35 ans, chanteuse, actrice (théâtre puis cinéma), scénariste et réalisatrice française, a été poussée toute petite sur les planches par sa mère, actrice. Polisse, prix du Jury à Cannes 2011, est son troisième long métrage, après Pardonnez-moi (2006, proposé aux Oscars) film autobiographique faussement camouflé qu'elle a écrit, produit, réalisé et joué, puis Le bal des actrices (2009, regards sur un métier qu'elle a de bonnes raisons de connaître).

Résumé :

Melissa, photographe, est chargée par la hiérarchie policière de documenter le travail et la vie d'une Brigade de Protection des Mineurs (BPM) en partageant leur quotidien pendant quelques semaines.

Analyse :



Analyse : Polisse, fiction à but documentaire, a deux versants. Le premier, c'est la souffrance des mineurs à protéger, victimes de pédophilie, d'oppression et d'exploitation, très souvent sous couvert d'autorité parentale, quand il y en a ; et très souvent dans un contexte de misère matérielle et sociale, mais aussi chez les nantis… Sujet douloureux même pour les spectateurs, mais réel, et il faut apprécier d'en découvrir pour une fois un tableau moins caricatural que les aperçus donnés par les journaux. La douleur devant les victimes alterne avec la colère et le dégoût devant les abuseurs; entre deux, l'effarement devant des ados sans plus aucun repère pour leur existence.

L'autre versant, c'est la souffrance des personnels de la BPM, hommes et femmes, celles-ci nombreuses bien sûr. Maïwenn s'est particulièrement attachée à faire ressortir comment ces professionnels tentent de gérer leur fonction insupportable : la 'rafle' des petits Rom enlevés à leurs parents, irruption à l'aube façon commando dans les roulottes, illustre de façon sinistre combien sont vite atteintes les limites du tolérable… Le fonctionnement presque 'familial' du groupe, que l'ostracisme des autres services policiers cimente encore davantage ; la 'professionnalisation' du travail, pour éviter l'empathie, en sautant d'un cas au suivant sans s'attarder… mais ne pas mettre d'affect, est-ce seulement pensable ? La décompression, par la plaisanterie, la rigolade, l'amitié ou la tendresse… Tactiques bien insuffisantes, et les relations personnelles des membres de la BPM n'en restent pas indemnes, y compris avec leurs propres enfants.

Pour faire digérer ce menu chargé, le scénario fait défiler une galerie de tableaux représentatifs des missions, du ressenti et du vécu de ce groupe, tout en s'efforçant de nous en rendre attachants les protagonistes : ils constituent en effet une collection de gens dévoués, sensibles, et toujours au bord du gouffre, au risque d'y basculer (seul le chef, prétentieux, servile et irresponsable, offre une image négative). Cependant la greffe de scènes comiques ou romantiques sur un thème aussi dramatique n'est pas sans risques. Certains apprécieront que Polisse ait pu ainsi conquérir le large public que mérite la gravité de son sujet ; d'autres pourraient critiquer un traitement qui additionne le raccoleur (qui peut rester insensible ? ) au pénible (victimes fragiles, attentats odieux, vérité incertaine) pour donner substance à un objet cinématographique sans histoire et aux personnages à peine esquissés. Maïwenn désamorce ce piège en exploitant toutes les occasions d'humour et détente, et surtout en nous faisant complices de la difficulté professionnelle des agents de la Brigade eux aussi tiraillés entre indignation et prudence, devoir et émotion.

L'absence d'intimité dans laquelle se déroulent bon nombre de confessions des victimes ou des présumé(e)s coupables est étonnante. On se rassurera sur l'impact que pourrait avoir un tel tournage sur des enfants, de toutes façons protégés à leur tour par la DDASS, en se rappelant aussi les miracles du montage, de la post-synchronisation… voire du maquillage rajeunissant.

(Jacques Vercueil)