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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Quelques heures de printemps

(France - 2012 - 1h48)

Réalisation : et scénario : Stéphane BRIZÉ - Direction photo : Antoine Héberlé - Montage : Anne Klotz – Musique : Nick Cave - Son : Frédéric de Ravignan – Décor : Valérie Saradjian - Production : TS Production - Distribution : Diaphana Distribution.
Interprétation : Vincent Lindon (Alain Evrard), Hélène Vincent (Yvette Evrard), Emmanuelle Seigner (Clémence), Olivier Perrier (Mr Lalouette), Silvia Kahn (Docteur Mathieu), Ludovic Berthillot (le copain), Sylvie Jobert (l’employée de Pôle Emploi)
Auteur :

Stéphane Brizé, né à Rennes, a 46 ans. Son premier court métrage, Bleu dommage, emporte le grand prix de Cognac. En 1999, il tourne Le bleu des villes. Puis viennent Entre adultes, Je ne suis pas là pour être aimé en 2005, avec Patrick Chesnais, Mademoiselle Chambon en 2009, déjà avec Vincent Lindon.

Résumé :

Alain sort de 18 mois de prison, et s’installe chez sa mère atteinte d’une rumeur au cerveau, le temps de trouver un boulot. Relations tendues, vie quotidienne pénible, jusqu’au jour où Alain découvre le secret de sa mère : elle a signé un contrat de suicide assisté en Suisse. Le film prend alors un tournant.

Analyse :



La fin de vie est traitée ici sous l’angle du suicide assisté. Ce qui frappe d’abord, c’est la relation entre Alain et sa mère. Côté Yvette, la communication est figée dans un rejet glacial. Côté Alain, un frémissement : il attend un soutien, de la tendresse. Mais Yvette, petite femme frêle et décidée, protégée par ses exigences de propreté (rien ne doit dépasser, et surtout pas les sentiments), n’accepte pas son fils sali par son séjour en prison. Elle le lui fait sentir et lui, pour résister, consolide la carapace qui va l’étouffer. Il cherchera en vain de la tendresse chez une autre femme…
Le second thème, c’est la mort acceptée, planifiée à la manière suisse, proprette. Tout à fait ce qu’il faut à Yvette ! Elle se prépare sans faiblir, entraînant Alain consentant et silencieux jusqu’à son dernier désir. Tout d’abord, la violence monte entre eux, jusqu’à l’acmé insoutenable. Puis un certain apaisement les rapproche. Alain ne parle pratiquement plus, mais ses regards disent ce qu’il tait. Le froid envahit lentement le film, concrétisé par le bleu, clair au début (les vêtements d’Yvette, les chemises d’Alain), puis plus sombre, il s’étale sur l’écran, omniprésent dans les décors, comme la mort qui plane en sourdine, de plus en plus là.
Le puzzle d’Yvette se construit lentement, avec l’aide de Mr Lalouette, figure douce et amicale, le seul qui ose dire. Quand le puzzle (montagnes bleues) s’achève, il est l’heure pour Yvette de rejoindre son décor, dans la maison lumineuse et propre parmi les fleurs et les papillons. Une belle mort. Un beau film.
A rapprocher d’ Amour, de Haneke, pour une comparaison très riche. Là encore, une fin de vie, vécue autrement par un couple de vieillards très aimants. L’amour déclaré donnera à l’un la force d’accompagner l’autre jusqu’au bout de leur désir, ensemble et dans la tendresse permanente. Une grande sobriété donne au film son intensité. Un seul lieu : l’appartement. La détresse qui mène Georges à l’irréparable nous invite irrémédiablement à une réflexion de haut niveau. Hauteur que n’atteint pas le film de Stéphane Brizé, plus narratif, plus concret.

(Catherine Forné)