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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Reality

(France/Italie – 2012 – 1h55)

Réalisation : Matteo Garrone – Scénario : Matteo Garrone, Massimo Gaudosio, Ugo Chiti, Maurizio Braucci – Photographie : Marco Onorato – Son : Maricetta Lombardo – Montage : Marco Spoletini – Musique : Alexandre Desplat – Distribution France : Le Pacte
Interprétation : Ariello Arena (qui a tourné le film tout en étant sous le coup d’une peine d’emprisonnement), Loredana Simioli, Nando Paone
Auteur :

Marreo Garrone est italien. Il est né à Rome en 1968. Après avoir obtenu le Diplôme de Lycée Artistique en 1986, il commence à travailler comme assistant-réalisateur, puis se consacre à la réalisation. Il a été découvert en France à l'occasion du très original L'étrange Monsieur Peppino (2002). Reality est son septième  film de fiction et a obtenu le Grand Prix du Jury à Cannes en 2012, prix déjà obtenu par son précédent film en 2008 : Gomorra.   

Résumé :

Luciano, poissonnier à Naples, rêve d’être sélectionné pour participer à l’émission de télé réalité « Il Grande Fratello ». D’abord encouragé par sa famille et ayant franchi une des étapes de la sélection, il prend de plus au plus au sérieux ce rêve et finit par tout lui sacrifier.

Analyse :



Critique virulente de la téléréalité, le film commence sur le mode de la comédie avec truculence et exubérance dans cette longue scène de mariage, avec décor de rêve où Luciano exerce ses talents de comique. Le contraste est grand entre le faux luxe, la pompe et l’enjouement joué par une « star » de la télé, et tous ces invités qui se sont mis sur leur trente et un, mais dont le retour chez eux après la fête nous révélera la pauvreté et le dénuement. La démonstration est ainsi faite de cette fascination exercée par la TV et ses programmes de téléréalité sur ces braves gens qui ne peuvent pas espérer sortir de leur condition, sauf à être « choisis » pour accéder à la célébrité (et à la richesse) en participant à « Il Grande Fratello ».
On est aux antipodes de Superstar, de Xavier Giannoli, où le héros refusait avec obstination la célébrité. Ici elle est au contraire fascinante et désirée. Dans son quartier Luciano devient déjà « quelqu’un ». Mais l’intérêt du film est de montrer la montée progressive de la folie chez celui qui, attendant en vain une sélection définitive, va se  croire entouré de personnes le surveillant pour voir s’il est vraiment « digne » de participer à l’émission. Cette folie le fera résister aux mises en garde formulées peu à peu par son entourage. Car sa famille et ses amis, s’ils sont un temps rentrés dans son jeu et son rêve, finissent par réaliser dans quels excès cela le fait sombrer. C’est le petit peuple de Naples qui est décrit avec ses magouilles, sa naïveté mais aussi sa bonhommie et sa solidarité. Le film renferme des allusions à l’influence de l’église catholique en Italie, dont on ne sait si elle est mise sur le même plan que la télé ou invoquée comme un contre pouvoir possible….  

Certains critiques ont jugé immérité le Grand Prix reçu à Cannes pour ce film, trouvant peu originale cette attaque de la téléréalité déjà réalisée par d’autres films. Mais c’est plus par sa forme que Reality nous séduit, aussi bien par les mouvements de caméra, les cadrages et les choix de couleurs. Ainsi ce long plan séquence inaugurant le film dans un panoramique et une plongée progressive vers Naples et vers ce carrosse baroque conduisant les jeunes mariés au lieu de la fête. Témoin aussi ces jeux sur les couleurs criardes et leur opposition au côté sombre des cours d’immeubles. Et cette conclusion en forme d’interrogation lorsque la caméra s’éloigne en remontant pour élargir le champ faisant progressivement apparaître Luciano riant, étendu sur un lit de la maison de « Il Grande Fratello », prisonnier de ce carré de lumière dans lequel il est venu s’enfermer et se brûler.

(Maguy Chailley)