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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Shame

(Grande-Bretagne – 2011- 1h39)

Réalisation : Steeve McQueen – Scénario : Steeve McQueen et Abi Morgan – Image : Sean Bobbit – Montage : Joe Walker – Musique : Harry Escott – Son : Niv Adiri – Production : See-Saw Films – Distribution : Hanway Films
Interprétation : Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale, Nicole Beharie
Auteur :

Steve McQueen est né en 1969 en Angleterre. Artiste plasticien de renommée mondiale, il a toujours utilisé la pellicule ou la vidéo comme support. Ses oeuvres ont été montrées dans les galeries et les musées. C'est par des courts métrages noir et blanc (Five easy pieces en 1995, Deadpan en 1997) que Steve Mcqueen s'est d'abord fait remarquer. Hunger a été son premier long-métrage. Présenté au Festival de Cannes dans la sélection "Un certain regard", il avait été récompensé par la "Caméra d'or". Shame, son deuxième long-métrage a obtenu à Venise le prix d’interprétation masculine et le prix de la critique internationale.

Résumé :

Brandon est un trentenaire new-yorkais, vivant seul et travaillant beaucoup. Son quotidien est dévoré par une seule obsession : le sexe. Quand sa sœur Sissy, chanteuse un peu paumée, arrive pour s’installer chez lui, Brandon aura de plus en plus de mal à dissimuler sa vraie vie.

Analyse :



Ce film en choquera plus d’un. Car le thème lui-même oblige à ne rien cacher (ou pas grand chose) des différents moyens par lesquels Brandon cherche à satisfaire ses pulsions sexuelles. Déjà, dans Hunger, le réalisateur avait fait preuve d’audace en montrant de manière très réaliste tout ce à quoi conduisait, en fait de violence et d’abjection, la grève de l’hygiène et de la faim décidée par les prisonniers politiques en Irlande du Nord, en révolte contre le pouvoir britannique. Dans Hunger les corps étaient nus et en déchéance. Dans Shame, le corps est nu et beau. Ici point de révolte… mais un abandon au sexe, sans complexe apparent : masturbation, recours aux prostituées, aux sites porno sur internet, aux bas-fonds gays… Et tout cela est clean, sans émotion, ni relation humaine. Témoin ce message enregistré sur le répondeur de Brandon, message répété et qu’il semble ne pas entendre. Témoin également ce refus d’accueillir sa sœur lorsqu’elle débarque dans sa vie et l’appelle à l’aide. Témoin enfin son incapacité à entrer vraiment dans une relation amoureuse avec une collègue, alors qu’on pourrait croire à un début d’attachement.

C’est de solitude que traite ce film et de vide humain : ces espaces d’habitation en sont le reflet, ouvrant sur le vide par leurs grandes baies vitrées, ainsi que les espaces urbains filmés la nuit. Ce film traite aussi de honte, comme le dit Steeve McQueen citant Milan Kundera : «La honte n’a pas pour fondement une faute que nous aurions commise, mais l’humiliation que nous éprouvons à être ce que nous sommes sans l’avoir choisi, et la sensation insupportable que cette humiliation est visible de tous»… C’est la sœur de Brandon qui le révèlera à lui-même.

La puissance de ce film est visuelle et sonore à la fois. Les paroles y sont le plus souvent inutiles. Ainsi dans la scène introductive : un homme, une femme, des échanges de regard, sur fond de bruit mécanique, et peu à peu le désir monte… Ainsi aussi lorsque Brandon court, de nuit, dans les rues de New-York rythmé par la musique de Bach… Steeve McQueen parvient admirablement à nous faire sentir, sans discours, combien le mode de vie de Brandon, représentatif de celui de bien de ses contemporains, est une impasse.

(Maguy Chailley)