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Cinéma

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Sugar Man

(Suède, G-B - 2012 - 85 minutes)

Réalisation : et scénario : Malik Bendjelloul - Photographe : Camilla Skagerström – Montage : Malik Bendjelloul - Musique : Sixto Díaz Rodríguez – Production : Red Box Films - Distribution : ARP Sélection.
Interprétation : Malik Bendjelloul (lui-même), Sixto Diaz Rodriguez (lui-même), Stephen Segerman (lui-même), Dennis Coffey (lui-même), Mike Theodore (lui-même).
Auteur :

Né en Suède, en septembre 1977, d’un père médecin algérien et d’une mère suédoise traductrice et peintre, Malik Bendjelloul a d’abord été un enfant- acteur. Il est documentariste pour la télévision suédoise. Searching for Sugar Man est son premier long métrage, à ranger dans la catégorie des documentaires.

Résumé :

En 1971, un jeune chanteur latino, Sixto Rodriguez, enregistre à Detroit un disque qui n’a aucun succès aux Etats-Unis. Sa voix, son style se situent dans la sphère de Bob Dylan et Leonard Cohen. Quelques années après, on raconte qu’il s’est suicidé sur scène à la fin d’un concert particulièrement peu apprécié. Près de trente ans plus tard, deux fans sud-africains cherchent à découvrir la vérité sur sa mort. C’est le début d’une quête passionnante qui les amènera à une découverte inattendue.

Analyse :



Documentaire étonnant que ce Sugar Man, en forme d’enquête rythmée par la musique de Rodriguez, sa voix chaude et juste au vibrato émouvant, ses accords de guitare minimalistes à l’honneur dans les années 70. On suit la quête des journalistes, découvrant en même temps qu’eux cet artiste mystérieux dont les gens savent très peu de choses : un chanteur qui ratait ses concerts, qui ne vendait pas de disques, semant la perplexité chez ses producteurs, chez ses quelques fans inconditionnels. Pourquoi n’a-t-il pas réussi à percer dans son propre pays ? Peu à peu on s’attache à ce personnage disparu dont on conserve peu de traces, juste une photo sur la pochette de son disque. Sa voix envoûtante, les paroles engagées de ses chansons, tout le destinait à une carrière extraordinaire. Et on découvre alors que le succès, il l’a rencontré, mais sans le savoir, en Afrique du sud, où il est devenu l’icône de toute une jeunesse, inspirant des chanteurs devenus célèbres là-bas, inspirant les opposants à l’apartheid qui scandaient ses chansons avec ferveur.

Soudain, le film bascule quand les deux journalistes découvrent que Sixto Rodriguez est vivant, qu’il survit dans une banlieue de Détroit, modeste ouvrier qui adore s’épuiser au travail manuel, contre-image de l’idole friquée et revenue de tout que sont aujourd’hui ses égaux devenus célèbres. Lui a gardé intacte la fraîcheur de sa jeunesse, avec en plus une humilité, une profondeur humaine, une hiérarchie des valeurs qui le rendent terriblement attachant. L’exemplarité réelle de son parcours lui donne droit désormais au statut d’icône, qu’il ne sera sans doute jamais, hélas. Il a choisi d’être, envers et contre tous, choix à méditer par nos contemporains qui succombent sans retenue au leurre du paraître et de l’avoir.

Les images d’archives se mêlent aux reportages, de Detroit à Johannesbourg, et la frêle silhouette de Sixto arpentant les rues s’appuie sur la bande son inoubliable, dominée par cette voix qui nous poursuit longtemps après que les lumières se sont éteintes. Un artiste véritable.

Un film à contre-courant des modèles actuels, et qui fait du bien, beaucoup de bien à l’humain idéal qui sommeille en nous.

(Catherine Forné)