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Cinéma

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Superstar

(France 2012, 1h52)

Réalisation : Xavier Giannoli – Scénario : Xavier Giannoli, Marcia Romano, librement adapté du roman de Serge Joncour « L’idole » (2004) – Image : Christophe Beaucarne – Montage : Célia Lafite-Dupont - Son : François Musy, Gabriel Hafner – Musique : Mathieu Blanc-Francard - Production : Rectangle Productions – Distribution : Wild Bunch
Interprétation : Kad Merad (Martin) – Cécile de France (Fleur) – Louis-Do de Lencquesaing (Lencquesaing) – Cédric Ben Abdallah (Alban l’animateur) – Alberto Sorbelli (Alberto)
Auteur :

Né en 1972, Xavier Giannolli a débuté sa carrière en réalisant de nombreux courts métrages et documentaires, dont L'interview en 1998, avec Mathieu Amalric, qui remporte la Palme d'or du court métrage. Son premier long métrage, en 2003, Les Corps impatients, réunit Laura Smet et Nicolas Duvauchelle. Il réalisera ensuite Une aventure (avec Ludivine Seigner) en 2005, puis en 2006 Quand j'étais chanteur (avec Cécile de France et Gérard Depardieu), qui sera sélectionné en Compétition au Festival de Cannes, comme A l'Origine en 2009. Superstar a été présenté à la Mostra de Venise en septembre 2012.

Résumé :

Un matin, dans le métro, Martin Kazinski, voit des gens qu’il ne connaît pas lui sourire. Des inconnus se mettent à le photographier, à lui demander des autographes, à l’appeler par son prénom…. Martin ne comprend pas ce qui se passe : pourquoi on parle de lui à la radio, pourquoi on montre des photos de lui sur Internet. Il finit par accepter de participer à une émission de TV dans l’espoir de clarifier ce qui lui arrive. L’engrenage infernal commence….  

Analyse :



Ce refus de la célébrité qu’incarne Martin est une des choses qui séparent le propos de Giannoli de celui de Serge Joncour dans « L’idole ». Dans le roman, le héros trouve un certain bénéfice à ce qui lui arrive alors que Martin, lui, est terrifié par sa célébrité soudaine. Et son refus va faire de lui à la fois un héros et une victime. Un héros de la « banalité », qui ne demande qu’à faire son travail et à y trouver des relations humaines à sa mesure, avec ces jeunes handicapés dont il a la responsabilité. Une victime car personne ne comprend son refus ni ne veut croire qu’il est pour rien dans ce qui lui arrive. Cela ira jusqu’à provoquer des désirs de vengeance envers celui qui semble mépriser ce que tant d’autres désirent. L’univers des médias télévisuels tel que le présente Giannoli est plein d’allusions à des personnages connus de la TV. Le cynisme de certains fait froid dans le dos. Chacun est réduit à l’image qu’il donne (ou qu’on lui vole). Et les manipulations d’images sur Internet rendent possibles tous les mensonges.        
On ne peut rêver meilleure adéquation des images et du montage au propos du film. Partout des écrans, des écrans dans les écrans, que ce soit ceux de la régie de l’émission de TV, ceux des photos publiées sur internet…. Toutes ces images, et images d’images, alternent et s’enchaînent sur un rythme trépidant qui crée efficacement une sensation de danger. La musique contribue à la montée de l’angoisse ressentie par Martin, mais aussi par le spectateur. Témoin cette scène où l’on accompagne Martin sur le plateau de l’émission de TV, tel un boxeur hésitant à monter sur le ring ou un condamné offert aux jeux du cirque. Et tous ces portables harcelant Martin pour le photographier évoquent les  oiseaux d’Hitchcock.

Lorsqu’interviendra le renversement de situation en deuxième partie du film le public apparaîtra comme totalement crédule et versatile, prêt à brûler ce qu’il a adoré, sans mise à distance. C’est peut-être une des faiblesses du film que de ne donner d’épaisseur psychologique et de perspective de réflexion sur soi-même qu’à Fleur, merveilleusement interprétée par Cécile de France. Martin lui-même reste dans l’abasourdissement et une sorte de résignation malgré son cri sur le plateau de l’émission. Ce n’est pas le tour de passe-passe de la fin (parution d’un livre écrit par lui) qui ouvre la perspective d’une vraie révolte.

(Maguy Chailley)