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Cinéma

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The Artist

(France 2011, 1h40)

Réalisation : et scénario, Michel Hazanavicius  ; Image, Guillaume Schiffman – Montage : Anne-Sophie Bion et Michel Hazanavicius - Distribution, Warner Bros France
Interprétation : Jean Dujardin (George Valentin), Bérénice Bejo (Peppy Miller) , John Goodman (le producteur)
Auteur :

Michel Hazanavicius vient de la télévision, où il débuta en 1988, et de la radio. Sur grand écran, il a d'abord joué (1994) puis écrit (1996), avant de réaliser (Mes amis, 2004), mais ce seront ses pastiches réussis du roman d'espionnage OSS 117 (Le Caire nid d'espions, 2006; Rio ne répond plus, 2008) qui le feront connaître. Dans The artist son héros y est joué par Jean Dujardin qui obtiendra l'hommage de Cannes en 2011 en obtenant le Prix d'interprétation.

Résumé :

Hollywood 1927. George Valentin est une vedette du cinéma muet en plein succès, mais l'arrivée des films parlants le fait sombrer dans l'oubli et le désespoir alcoolique. Peppy Miller, jeune figurante à qui il avait mis le pied à l'étrier, devient quant à elle vedette du parlant. Elle lui témoignera sa reconnaissance.

Analyse :



Le défi, non pas de réaliser, mais de faire un succès d'un film muet et noir et blanc en concurrence avec les débuts du cinéma 3D était audacieux ; il a été réussi. Michel Hazanavicius, cinéphile averti, prend manifestement plaisir à ré explorer les voies parcourues avant lui par ceux qu'il admire, sans négliger pour autant les outils de son époque. Il a réalisé The Artist avec beaucoup de soin, et la qualité de l'image et des éclairages, le léger accéléré (obtenu en tournant à 22 images/seconde), les astucieux intertitres souvent à double sens, ainsi que le jeu très élaboré de Jean Dujardin, aux mimiques expressives sans exagération, recréent de façon agréable et convaincante l'ambiance et le style recherchés. On ne peut qu'applaudir la performance, qui commence avec l'emblème noir et blanc de la Warner années 30, mais rendu en qualité numérique. Cela ne suffit pas forcément à faire un film intéressant : l'histoire est celle de la déchéance de John Gilbert, grande vedette du muet – l'égal de Rudolf Valentino – dont bien peu se souviennent aujourd'hui , contrairement à sa jeune partenaire Greta Garbo ; et celle-ci eut en effet l'élégance, utilisant son pouvoir de star, de le remettre sur un plateau après qu'il eût été déclaré inapte au service parlant (ce qui était très probablement injuste : il a parlé au cinéma, sans problème, mais on voulait sa peau). Les problèmes du passage au parlant ont suscité d'excellents films, comme le réjouissant Chantons sous la pluie, ou le bouleversant Boulevard du Crépuscule, et le croisement des trajectoires d'artistes en route vers le succès, ou le rejet, a été traité dans trois versions d'Une Etoile est née, pour ce citer que ce titre. Pas de surprise donc à attendre dans cet Artist. Mais le public n'est pas composé uniquement de cinéphiles collectionneurs des vieux succès. Pour beaucoup, cette historiette divertissante plus qu'émouvante en vaudra bien une autre, et il faut se réjouir de voir cette réalisation à contre-courant raviver l'intérêt pour une façon de faire des films qui, née sous la contrainte de moyens techniques limités, a su créer des procédés et des styles de valeur universelle, même au temps des bonbons qui sortent de l'écran pour tenter votre main.

(Jacques Vercueil)