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Cinéma

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The Master

(Etats-Unis – 2013 - 2h17)

Réalisation : et scénario : Paul Thomas Anderson Anderson - Image : Mihai Malaimare Jr. - Musique : Jonny Greenwood - Montage : Peter McNulty - Costumes : Mark Bridges – Production : Annapurna Pictures - Distribution France : Metropolitan Film Export.n
Interprétation : Joaquin Phoenix (Freddie Quell), Philipp Seymour Hoffman (Lancaster Dodd), Amy Adams (Peggy Dodd), Laura Dern (Helen Sullivan), Rami Malek (Clark).
Auteur :

Paul Thomas Anderson naît en 1970 à Studio-City, Californie. A 23 ans, il tourne son premier court métrage Cigarettes and Coffee, en 1996, le polar Hard Eight, puis en 1997, Boogie Nights qui le fait connaître. En 2000, Magnolia obtient l’Ours d’Or à Berlin. Une comédie déjantée en 2002, Punch-drunk love. En 2007 There will be blood reçoit 8 nominations aux Oscars. Puis vient The Master, Lion d’argent du meilleur réalisateur à Venise en 2012.

Résumé :

Freddie Quell revient de la guerre très abîmé. Il vit d’expédients, se marginalise, tombe dans l’alcool et maîtrise de plus en plus difficilement la violence qui l’habite. Son parcours chaotique l’amène sur un bateau, où il rencontre Lancaster Dodd et sa famille. Une sorte d’amitié se noue entre eux, qui cache une manipulation programmée d’un côté et une dépendance rassurante de l’autre.

Analyse :



L’église de Scientologie s’est émue de ce film, y retrouvant des similitudes avec la biographie de son gourou. S’ils se sont reconnus, ce n’est pas neutre. Sur le plan humain, The Master est passionnant. Il nous montre une galerie de portraits édifiants : en arrière-plan, présents en permanence, ombres inexistantes faisant tapisserie, les adeptes convaincus, victimes officielles, ceux que le Maître a déjà séduits. Ils ne parlent jamais, sauf une fois, une adepte qui pose une question sur la doctrine et se fait remballer comme un enfant désobéissant. Les autres restent présents pendant tout le film, exemples à ne pas suivre, preuve concrète qu’en adoptant les théories du Maître, on devient un zombie.
Puis viennent la famille et les proches du gourou : ses fils et sa belle-fille, qui ont tout compris, acceptent la tromperie, et l’utilisent pour monter dans la hiérarchie sociale.
Plus près du gourou, un personnage étonnant, sa femme. Au début, soumise et discrète, bien élevée et donnant le ton, elle se révèle l’âme noire de la secte. Elle est le vrai gourou, elle tire les ficelles de sa marionnette d’époux. Elle le manipule sans que personne ne le sache. Et sans doute même pas lui.
Lui, il se contente d’inventer ses théories, sans même s’obliger à la cohérence. Pacha adulé, il se prend réellement pour un dieu et utilise magistralement son charisme et son sens inné de la psychologie. Il est finalement très seul, et sa relation avec Freddie en devient plus riche parce qu’ambiguë. Il semble réellement s’attacher à lui, son élève le plus complexe. Il est vrai que Freddie lui pose un problème, il ne se laisse pas manipuler malgré sa bonne volonté. Difficilement contrôlable, il apparaît imprévisible, attachant et vraiment asocial. Il parcourt le film avec espoir, désirant profondément grâce à l’aide de son grand ami Lancaster, réussir à comprendre sa vie et ses enjeux, rêvant de devenir enfin un homme bien. Tout l’enjeu du film est là : Lancaster Dodd réussira-t-il à « capturer » Freddie, réussira-t-il à maîtriser cet être indomptable ?

Le film est long, très long, trop long. Parfois on s’y perd un peu. Le film est beau, très beau, trop beau. Images léchées, décors parfaits, jeu des acteurs remarquables. Phoenix et Seymour-Hoffman sont magnétiques, la caméra ne voit qu’eux, tout le reste n’est que leur écrin. Joaquin Phoenix est bouleversant, physiquement incarné dans le personnage, on souffre pour lui, jusqu’à cette fin glaçante en Angleterre qui nous montre à quel point le mal est en marche, et pas près de s’arrêter

(Catherine Forné)