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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Toutes nos envies

(France – 2011 – 2h)

Réalisation : Philippe Lioret – Scénario : Philippe Lioret, Emmanuel Courcol d’après le roman d’Emmanuel Carrère D’autres vies que la mienne - Photo : Gilles Henry – Montage : Andréa Sedlackova – Mise en scène : Yves Broyer – Son : Jean-Marie Blondel - Musique : Flemming Nordkrog – Production : Fin Août Production
Interprétation : Vincent Lindon – Marie Gillain – Amandine Dewasmes – Yannick Rénier – Pascal Arbillot – Isabelle Renauld – Laure Duthilleul
Auteur :

Philippe Lioret est né à Paris en 1955. D’abord ingénieur du son, il passe à la réalisation en 1994 avec Tombés du ciel, une comédie primée au Festival de San Sebastian. Après deux films avec Sandrine Bonnaire (Mademoiselle et L’équipier), il obtient la consécration avec Je vais bien, ne t’en fais pas (neuf nominations aux César). En 2009 il obtient le prix Europa au Festival de Berlin ainsi que le prix du jury œcuménique et d’autres récompenses pour Welcome, dans lequel joue déjà Vincent Lindon.

Résumé :

Claire, jeune magistrate auprès du tribunal de Lyon, rencontre Stéphane, lui aussi magistrat expert mais désabusé, en le contactant pour résoudre le cas d’une jeune femme surendettée. Ensemble ils vont rechercher tous les moyens juridiques pour sortir cette jeune femme des griffes des sociétés de crédit. Pendant cette quête Claire apprend qu’elle est atteinte d’un cancer très grave.

Analyse :



Librement inspiré du roman d’Emmanuel Carrère D’autres vies que la mienne, ce film en conserve le sujet principal partant de faits réels : comment deux juges de la région de Valence ont réussi à mettre la loi du côté des surendettés. Les modifications apportées au récit qu’en avait fait Emmanuel Carrère se justifient sans doute : le thème du surendettement, peut-être trop abstrait, prend chair à travers le cas de Mina (et de ses deux enfants), avec laquelle Claire se liera d’amitié. Et aussi par le fait que Claire, enfant, et sa mère, auraient connu les affres du surendettement. Le film rend bien compte de ces situations ubuesques où les sociétés de crédit poussent les consommateurs à emprunter, tout en rendant illisibles les clauses abusives qui vont les amener à ne pas pouvoir rembourser. Et l’habileté et la persévérance des deux juges sont également bien mises en valeur, soutenues en cela par un excellent jeu d’acteurs.

Ce film est aussi le récit d’un cancer du cerveau au développement foudroyant chez une femme qui le cache à son entourage, faits réels également présents dans le roman d’E. Carrère. Mais pourquoi avoir transformé Stéphane, le deuxième juge, boiteux en réalité, en une force de la nature (incarnée par Vincent Lindon), entraîneur d’un club de rugby….. Pourquoi le mari de Claire, qui avait une autre consistance chez E. Carrère, est-il devenu dans le film ce brave cuistot, naïf ? Et pourquoi enfin avoir esquissé une rivalité amoureuse entre lui et Stéphane ? On sent dans ces détails romanesques une volonté d’accrocher le spectateur par des artifices qui, s’ils pourront séduire beaucoup de spectateurs, décevront les lecteurs de D’autres vies que la mienne. Comme si le thème du surendettement et le traitement intéressant qu’en fait Philippe Lioret ne se suffisaient pas à eux-mêmes.

(Maguy Chailley)