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Cinéma

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Traviata et nous

sous-titre

Réalisation : et scénario : Philippe BÉZIAT - d’après l’œuvre de Giuseppe Verdi - Direction photo : Raphaël O’Byrne - Montage : Cyril Leuthy – Musique : Verdi - Son : Laurent Gabiot - Production : Philippe Martin, les films Pelléas - Distribution : Sophie Dulac Distribution.
Interprétation : Nathalie Dessay (Violetta), Jean-François Sivadier (le metteur en scène), Louis Langrée (le chef d’orchestre), Véronique Timsit (collaboratrice à la mise en scène), Nicolas Krüger (Nicolas Krüger), Charles Castronovo (Alfredo), Ludovic Tézier (Giorgio Germont), Adelina Scarabelli (Annina).
Auteur :

Philippe Béziat, passionné d’art, est diplômé de l’École Supérieure de Commerce de Paris. Il tourne de nombreux documentaires sur la musique, l’opéra, pour la télévision, participe sur France-Culture à des portraits de peintres. En 2009, il réalise un premier long métrage sur l’opéra Pelléas et Mélisande monté par Olivier Py. En 2011, c’est Noces. Traviata et nous est son troisième film.

Résumé :

Nathalie Dessay, Ludovic Tézier, J-F Sivadier montent l’opéra de Verdi, La Traviata, dont le livret est tiré de La dame aux camélias. Peu à peu les éléments se mettent en place, jusqu’à la représentation donnée au festival d’Aix-en-Provence en 2011.

Analyse :



On connaît la musique de Verdi, on connaît le livret tiré du roman d’Alexandre Dumas fils, mais ce qu’on découvre avec saisissement, c’est la mise en œuvre, la mise en vie, la mise en scène du drame. En une heure et demie, le ténor, d’abord un peu coincé, se transforme en Alfredo. Son corps, sa gestuelle, sa voix se mettent en place, et il devient l’amoureux désespéré de Violetta. Elle, elle existe déjà depuis la première scène. Elle attend sur le plateau gris et vide, observe avec gourmandise la préparation de l’écrin qui la mettra en valeur. Nathalie Dessay, tour à tour petite fille rieuse et jeune première tragique, chante son amour et sa tristesse avec une passion qui vous prend au cœur et au corps. Elle se donne à fond dans les répétitions comme si c’était le grand jour, elle illumine le film, accompagnée, suivie et guidée, imbriquée dans le désir de Jean-François Sivadier, le metteur en scène. Qui mieux que cet homme peut nous faire comprendre l’importance de la mise en scène. Il porte à lui seul tous les autres réunis. Son corps, son visage, son regard évaluent les performances, il vibre à chaque mouvement des acteurs-chanteurs, à chacun de leurs accents. Tout son être tendu vers l’accomplissement de sa vision, il en dévore ses mains, en commençant par les ongles. Cet homme habité nous fait redécouvrir la Traviata à travers son regard. Il est partout présent, déambulant entre les chanteurs, mimant une action, un détail de la chorégraphie, rien ne lui fait peur.
Nous découvrons l’envers du décor, l’opéra prend forme comme un puzzle constitué du chœur, des danseurs, des machinistes, de la couturière, etc. : pour chacun, un petit mot et quelques images. Une scène inoubliable, la plus belle peut-être, Violetta apprend à mourir en imitant sa coach, elles tombent dix fois de suite, genoux tremblants et corps épuisé, et on les accompagne, le souffle court, fascinés. Les images sont à l’avenant, belles, respectueuses. La musique, pourtant entrecoupée, garde toute son intensité. Un grand moment d’émotion musicale et humaine, la sensation d’une chance unique : assister à la naissance d’une œuvre d’art.

(Catherine Forné)