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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Une bouteille à la mer

(France – 2011 – 1h39)

Réalisation : Thierry Binisti – Scénario : Thierry Binisti d’après le roman « Une bouteille dans la mer de Gaza » de Valérie Zenatti, (Ecole des loisirs 2005) – Photographie : Laurent Brunet – Ingénieur du son : Erwan Kerzanet/Olivier Dandré – Montage : Jean-Paul Husson- Musique originale : Benoit Charest - Distribution Diaphana
Interprétation : Agathe Bonitzer – Mahmud Shalaby – Hiam Abbass
Auteur :

Thierry Binisti est né à Créteil en 1964. Commence par réaliser des courts- métrages pour la Vidéothèque de la Ville de Paris. Devient ensuite assistant de différents réalisateurs (Régis Wargnier , Diane Kurys, Jean-Jacques Zilbermann). Réalise quelques séries télévisées dont La bicyclette bleue. Son premier long-métrage sera L’outremangeur, en 2002, avec Eric Cantona dans le rôle principal.

Résumé :

Tal, une jeune française de 17 ans installée à Jérusalem avec sa famille, est témoin d’un attentat terroriste. Traumatisée elle écrit une lettre à un palestinien imaginaire dans laquelle elle exprime ses interrogations et son refus d’admettre que seule la haine puisse régner entre les deux peuples. Glissée dans une bouteille cette lettre sera jetée à la mer. Quelques semaines plus tard Tal reçoit une réponse d’un mystérieux « Gazaman »…

Analyse :



L’impression de naïveté que procure ce film provient sans doute du roman pour la jeunesse dont il est l’adaptation. Mais il faut dépasser ce sentiment et se réjouir que des films s’attachent à décrire, à travers quelque prétexte fictionnel que ce soit, le quotidien des habitants de Gaza. En 2011 déjà Le cochon de Gaza (de Sylvain Estival), sous le masque de la comédie frisant le burlesque, nous montrait comment vivent les gazaouis ordinaires. L’intérêt de Une bouteille à la mer est de s’intéresser en même temps aux deux côtés du conflit, ne négligeant ni les épreuves de ceux qui ont été pilonnés à Gaza lors de l’opération « plomb durci », ni celles des israéliens atteints lors d’attentats terroristes ou de tirs de rocket.    
Et l’on se prend à rêver qu’une compréhension mutuelle puisse se développer comme celle qui s’installe peu à peu entre Tal et Naïm et qu’ainsi soit peut-être favorisé le processus de paix. D’autres films comme My land (documentaire franco-marocain de Nabil Ayouch) laissent moins d’espoir, mettant à nu la persistance des incompréhensions, particulièrement chez les jeunes israéliens.  Et ce n’est pas par hasard si dans le film de Thierry Binisti, ce mouvement vers « l’ennemi » pour mieux le connaître et le comprendre, vient d’une jeune française dont la famille vient d’accomplir son Aliya. Venant d’ailleurs, Tal n’est pas engluée dans les représentations figées israéliennes et peut porter sur les événements un autre regard que celui de ses camarades de classe. Elle peut passer outre le portrait habituel de l’arabe nécessairement ennemi implacable et aveugle, ennemi absolu. Elle peut aussi renvoyer à son père une interrogation sur le bien-fondé de sa démarche. Quant à Naïm, ce n’est pas non plus par hasard si c’est lui (parmi les quatre compères qui ont repêché la bouteille) qui va engager cet échange par internet. Ses parents ont vécu en Europe, sa mère ne porte pas le voile…. Et la fascination pour la France va devenir chez lui un encouragement à l’émancipation.

A travers ce récit « épistolaire » modernisé le réalisateur lance un appel à la reconnaissance mutuelle et à la compréhension. Est-ce seulement une utopie ? 

(Maguy Chailley)