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Les fiches de film du groupe de Mulhouse

L'adieu à soi



Stefan Zweig, adieu l'Europe (Vor der Morgenröte)

à propos de Stefan Zweig, Adieu l'Europe de Maria Schrader

Le récit des dernières années de la vie de Stefan Zweig que nous fait Maria Schrader est à l'image du personnage, un mélange d'élégance et de confusion.

Le choix d'une présentation non linéaire ou chronologique mais en six tableaux, représentant chacun une tentative de compréhension à défaut d'explication de l'acte ultime que nous savons que Zweig va commettre, est une belle manière de brosser un portrait tout en nuances, par petites touches. On y découvre un Stefan Zweig perclus de doutes, non pas tant sur l'Europe que sur lui-même, sur sa propre fidélité à ses idéaux humanistes, se demandant toujours s'il sera à la hauteur de ce qu'exige de lui la situation politique en général et humaine de ses amis en particulier.

En exil de lui-même bien plus que de l'Europe à proprement parler, Stefan Zweig apparaît ici tour à tour d'une profonde lucidité et d'une profonde désillusion. Il est en constante contradiction, ne cessant de se chercher dans les multiples jeux de miroirs que la réalisatrice nous tend pour mieux nous donner à voir ce qu'il ressent derrières les apparences. Ainsi chacune de ses joies est accompagnée d'une ombre. C'est toujours à travers le reflet des choses, par l'écho du monde, que Zweig accède à l'incompréhension (!) de ce qui est vraiment en train de se passer. Il faut sans cesse qu'il soit rappelé à l'ordre, à ses devoirs, à ses convictions. Que ce soit par Lotte, sa compagne d'errance ou surtout par Friderike, sa première épouse, qui se révèle être sa véritable conscience, celle qui le rappelle sans cesse à ce qu'il est, à ce qu'il représente.

Mais la confusion permanente de Zweig qui est ici soulignée se retrouve dans le regard du spectateur. Le film prend tout son sens quand on connaît le suicide mais si ce n'est pas le cas, il peut sembler hermétique et donner une image un peu vaine de son héros, voire une image de dilettante alors que le monde brûle. Il est dommage de convoquer ainsi une connaissance a priori du spectateur. À noter justement la manière extrêmement talentueuse de nous présenter ce suicide, tout en délicatesse et en surprise, justement comme une ultime ironie mais courant le risque de nous faire croire que finalement la vie de Zweig ne fut qu'un simulacre.

Roland Kauffmann


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