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Les délices de Tokyo



Les délices de Tokyo (An)

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Quand le cinéma restaure

Naomi Kawase nous offre un moment de grâce et d'infinie délicatesse avec ce conte mettant en scène trois personnes, chacune prisonnière à sa manière du destin, de la fatalité ou de la culpabilité. Autant de fatum qui pèsent sur Sentarou, cet obscur confectionneur de pâtisserie dans sa petite échoppe, sur Wakana, jeune collégienne dont la mère se soucie comme d'une guigne et sur Tokue, bonne fée surgie de nulle part.

À travers la cuisson, lente et cérémonieuse, des haricots, c'est tout le mystère de la condition humaine qui se joue.

Lorsque Tokue apprend à Sentarou qu'il faut écouter "ce que les haricots ont à nous dire de leur long chemin du champ jusqu'à nous",  elle lui livre le secret d'une vie bonne. L'écoute du frémissement des haricots et de leur "mariage de raison" avec le sirop de glucose renvoie à la nécessaire présence à soi et à l'attention aux autres qui fait tant défaut à Sentarou. Celui-ci s'oublie dans l'éternel souvenir de sa faute, qu'il cherche désespérément à racheter mais, tel Sysiphe, il découvre que le prix s'alourdit à mesure des caprices de la propriétaire de son échoppe. Il ne peut racheter sa faute, il lui faudra en être délivré autrement, par quelqu'un d'autre, par Tokue qui va lui apprendre à recevoir et écouter le monde tel qu'il se donne. La métaphore christique serait évidente si Tokue était vraiment une fée.

Mais elle aussi a son secret, qu'il importe de ne découvrir que dans le film. Pourtant elle aussi sera délivrée du poids de son destin et de l'avanie subie du fait de l'ignorance de son époque en pouvant exercer son rêve de travailler et donc d'être au contact des gens. Une espérance déçue elle aussi car le monde reste égal à lui-même, dans la même ignorance et le même rejet de ce qu'il craint et ignore. Pourtant elle touche au sublime dans cet instant où, à l'orée de la mort, elle entre en communion avec tout ce qui vit, avec le monde dont elle redevient une parcelle, symbolisée par ce cerisier planté pour son souvenir, elle qui n'a même pas droit à une tombe. La grâce ne peut venir du monde, ce n'est pas là qu'il faut la chercher mais au fond de soi, dans cet instant où Tokue se confond avec la nature qui l'environne.

Enfin Wakana. Elle est des trois personnes de cette trinité, celle qui représente l'avenir, celle qui est à l'aube de sa vie et pourtant déjà confrontée à l'oubli des autres qui se désintéressent de ses désirs, de ses choix et de ses plaisirs. C'est elle qui va sortir Sentarou de sa torpeur et entendre vraiment le murmure de Tokue. Si à la fin du film, elle marche seule et de dos c'est bien qu'elle va vers ce qu'elle aura décidé plutôt que vers là où sa mère et son destin l'auraient choisi pour elle.

De la même manière que l'art de faire des dorayaki est celui d'organiser la rencontre entre les haricots et le sucre, l'art de la vie est celui d'organiser les bonnes rencontres, de rechercher celles qui libèrent et augmentent notre Joie et d'éviter, voire supprimer, celles qui pèsent et réduisent notre condition humaine à n'être que des instruments. Naomi Kawase s'inscrit ainsi pleinement dans une vision spinoziste de l'existence ou, à tout le moins, dans une éthique de la rencontre qui restaure, à tous les sens du terme, chacun dans son intégrité.

pour le groupe Pro-Fil de Mulhouse, Roland Kauffmann

22 février 2016

Roland Kauffmann


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