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Le mythe : introduction au thème du séminaire de Pro-Fil 2006


    Le mythe est construit à partir d’éléments narratifs déployés selon une logique narrative pour former un récit mythique. Par rapport aux autres types de récit, ces éléments ont ceci de particulier que leur statut par rapport à la vérité est ambigu.

    S’ils sont considérés comme vrais, une « mytho-logique » en dégage un sens existentiel. S’ils sont considérés comme faux, le récit est dénoncé comme non-sens ; c’est alors, et alors seulement, qu’il est désigné comme « mythe ». L’évolution dans le temps - d’une vision du monde qui tient les éléments narratifs pour vrais vers leur dénonciation comme faux – va de pair avec une coexistence des deux visions. Cette ambivalence est fondamentale, co-existentielle du mythe.

    Prenons l’exemple de Platon : il veut interdire la lecture d’Homer dans sa République idéale, parce que les histoires de ces dieux moralement douteux peuvent inciter les hommes à la débauche. En même temps il souligne la valeur morale des récits mythiques et crée ses propres mythes « idéologiques ». (Un exemple moderne est Freud avec son mythe de la horde primitive). Platon considère que le mythe est la seule forme adéquate pour exprimer quelque chose de la réalité divine qui dépasse l’homme.

    La critique des mythes est formulée par les philosophes grecques avant d’être reprise par les juifs et plus tard les chrétiens. De même leur interprétation allégorique en vue d’un usage moralisant. Les philosophes païens des premiers siècles après JC dénoncent de la même façon les récits bibliques comme mythes. Chacun construit sa vérité en dénonçant celle de l’autre. La chose se complique quand plusieurs systèmes mythiques se côtoient. Dans ce cas, un système B peut utiliser des éléments du système A, en les recyclant.

    Un exemple en est le récit de la création du premier chapitre de la Genèse qui dénonce comme faux les mythes babyloniens avec leurs astres divinisés et leur lutte contre le monstre primordial, et les insère sous une forme nouvelle dans sa propre logique qui est celle de la foi au Dieu unique, créateur du ciel et de la terre. 

    Si plus aucun système de croyance ne soutient, ni s’oppose, à la réception des mythes, ceux-ci deviennent disponibles pour une utilisation purement esthétique. Il peut y avoir ainsi plusieurs couches de mythes devenus tour à tour disponibles sans qu’aucun élément ne soit validé par une « mytho-logie » - mais il y a toujours une logique sous-jacente qui crée la cohérence de la vision du monde à partir de laquelle les différents éléments sont interprétés. Sans une telle logique nous vivrions dans un monde de non-sens.

    Nous construisons notre propre vision du monde - et partant de là notre identité - 

  • par imitation du système de croyances reçu 
  • par distanciation critique de tous les autres systèmes 
  • par mise en question à partir d’une logique autre (idéologique, philosophique) mais il faut ici souligner le rôle secondaire de ce dernier mode par rapport aux deux précédentes ainsi que le fait qu’il est lui-même modelé par eux. 

    Notre identité est ainsi toujours davantage narrative (modelée par les récits) que conceptuelle. 

    Parmi les formes narratives des mythes (au sens larges) nous pouvons distinguer : 

  • Les mythes au sens restreint : histoires faisant intervenir des dieux dans le monde des hommes ; 
  • Les légendes : histoires qui n’excluent pas le monde surnaturel mais qui sont axées plutôt sur les haut-faits d’humains « légendaires », les héros ; 
  • Les contes de fée : il s’agit ici non de dieux et de démons, mais de fées et de sorcières : un monde surnaturel qu’on n’ose plus affirmer comme réel et dont les enjeux sont édulcorés.

    En conclusion, les éléments mythologiques permettent différents types de réception : 

  • Quand ils sont tenus pour vrais, la logique mythique permet d’en déchiffrer un sens qui aide à conceptualiser et donc à maîtriser d’une certaine façon les problèmes existentiels ; il faut souligner que dans ce cas, les auteurs eux-mêmes ne parlent pas de « mythes » :  → appropriation.
  • Quand ils sont tenus pour faux, ils sont dénoncés comme tels et nommés « mythes »: → distanciation. 
  • Quand plusieurs systèmes mythologiques sont en concurrence, chacun peut utiliser les éléments de l’autre tout en s’en distanciant de façon critique : → recyclage. 
  • Quand plus personne ne soutient leur véracité, ils deviennent indifférents et disponibles: → utilisation esthétique. 

    Devant la présence d’éléments mythologiques, nous pouvons dès lors formuler plusieurs questions : 

  • quelle en est la provenance, de quel système de croyance ? 
  • quelle en est l’utilisation : appropriation, distanciation, recyclage ou utilisation esthétique ? 
  • quelle est la vision du monde sous-jacente à cette utilisation ? Est-il possible de dégager la « mytho-logique » de l’auteur ? 
  • quelle est la nôtre en tant que récepteur du mythe ?
Waltraud Verlaguet

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