← Retour vers la page séminaire ←**← Retour vers la page d'accueil


Excalibur


Introduction 

Le film EXCALIBUR (USA, 1981, 135 min) de John BOORMAN, est emprunté à la ‘légende arthurienne’, ou même mieux, il fait partie du ‘cycle du roi Arthur’. Ce que l’on appelle ainsi, c’est un énorme ensemble d’histoires à la fois universellement connues et multiformes : cela comprend les chevaliers de la Table ronde, Merlin et la fée Morgane, Tristan et Iseut, Lancelot du Lac, Perceval, la quête du Graal… Cet écheveau de légendes orales ont commencé à être transcrites (pour ce que nous en avons reçu) vers l’an 1000, en Bretagne – grande d’abord, puis petite - et se sont ensuite répandues en Europe. Les fondements historiques sont très partiels et incertains, remontant au V° siècle pour les plus anciens : il semble bien qu’il y ait eu un Arthur en Angleterre ancienne. Il n’existe pas de ‘texte canonique’ : ces récits se sont développés par un mélange d’activité poético-littéraire et politico-courtisane (le poête vivant de la bourse des puissants), chacun en prenant, laissant, ajoutant, ou modifiant plus ou moins librement. C’est tout à fait la même situation que pour la mythologie grecque, puis greco-romaine, ou encore pour les textes bibliques avant leur rassemblement vers le V° siècle avant JC. Et comme la création d’œuvres sur les thèmes du cycle ne s’est jamais interrompue, le film Excalibur – c’est le nom de l’épé magique que seul un pur peut manier, et qui le fait Roi – qui est généralement considéré comme la plus belle réussite du genre, appar-tient de plein droit à ce cycle, comme Perceval le Gallois de Rohmer, ou Lancelot du Lac de Bresson, et quantité d’autres. 

Le film de BOORMAN exploite l’ouvrage ‘Le Morte Darthur’, un texte de Thomas MALORY, XV° siècle, qui est une ‘somme’ très complète couvrant tous les épisodes de cette saga. C’est un abrégé bien sûr : le livre de MALORY compte 525 chapitres, le film en reprend moins d’une centaine, particulièrement le début et la fin, qui nous font parcourir les principaux mythes de la légende. 

John BOORMAN est un metteur en scène anglais, né en 1933, dont certains titres fameux sont Délivrance, 1972 ; Zardoz, 1973 ; l’Exorciste II : l’hérétique, 1977 ; La forêt d’Emeraude, 1985… je cite là des titres qui évoquent sa fascination pour « un autre monde », passé, parallèle ou futur, et pour le contraste, le conflit, entre la nature et la civilisation. Il travaille actuellement sur les Mémoires d’Adrien et Histoire de tigre (Tiger’s Tale). 

Le film fourmille de personnages et donc d’acteurs ; j’en citerai un minimum – Nicol WILLIAMSON, un des plus grands acteurs shakespearien de son temps, joue le rôle de Merlin ; Helen MIRREN, récemment primée à Venise pour son interprétation d’Elisabeth II d’Angleterre (The Queen, Stephen FREARS), joue le rôle de Morgane, et il vaut la peine de signaler qu’aussi bien WILLIAMSON que MIRREN, qui se détestent, ne voulaient pas jouer ensemble, mais c’est pour cette animosité justement que BOORMAN a tenu à les associer! Vous verrez aussi la fille de BOORMAN, Katrin, dans le rôle d’Igraine ; et Nigel TERRY en Arthur, Nicholas CLAY en Lancelot, Paul GEOFFREY en Perceval, Cherie LUNGHI en Guenièvre, etc. 

Bonne projection ; et profitez bien, entre autres, de la bande son, où la musique est reprise de Wagner (Siegfried, Tristan et Yseult, Parsifal) et, vers la fin, de Carl ORFF (O Fortuna, Carmina Burana). Le film étant long et les sièges peu confortables, nous ferons une pause au milieu – malheureusement sans esquimaux glacés – pour que vous puissiez vous dégourdir les jambes.

Discussion 

Dans le cadre du thème de notre séminaire, EXCALIBUR est une représentation fort scrupuleuse des mythes d’Arthur (mythes celtiques faiblement christianisés). Cette représentation est située dans un passé qui reflète l’époque où ils ont acquis leur valeur de mythe, postérieure à l’époque plus ou moins historique des faits eux-mêmes. Quel est le monde qui nous est décrit, et comment ? 

Le film s’ouvre dans la confusion totale, impossible de savoir qui se bat contre qui ; puis avec l’avènement d’Arthur le monde gagne en ordre et harmonie, il y a des règles – Lancelot vient le premier en montrer l’importance à ses yeux. 

Un monde primitif, sauvage, sans maisons ni villages, nous sommes en pleine nature – une nature vierge de la trace de l’homme, sauf les chateaux ! Forêts sombres, enchevêtrées, branches en premier plan ; l’eau (Viviane, Excalibur), ambiance de mystère à force de brumes, de fumées, de bois obscurs, de torches, de voûtes… 

Un combat de crabes dans leurs carapaces ! Une constante de tous les films arthuriens, ‘la peau de métal’. 

Quelles valeurs sont portées par ce mythe arthurien ? Comment les personnages les manifestent-ils ? Quel peut être leur écho dans notre temps, et la motivation de BOORMAN à les représenter ?

Dans le livre de MALORY, pas un seul dialogue – des actions, des actions. 

Les valeurs transmises sont celles de la chevalerie : courage et pureté, mais pas la chevalerie courtoise des troubadours ! Deux illustrations frappantes et extrèmes : 

  1. l’adoubement d’Athur par Urien dans les douves du château de Léodegrance – Arthur s’offre vulnérable à son ennemi, qui se rend devant tant de courage et de noblesse. Merlin : je n’ai jamais rien vu de tel ! 
  2. le combat entre Arthur et Lancelot – mauvais usage du pouvoir d’ EXCALIBUR – suivi de la repentance d’ARTHUR. 

Pourquoi Merlin tombe-t’il dans l’eau après l’arrivée de LANCELOT ? 

Valeurs : Merlin qui définit pour Arthur le rôle du roi ; Uther qui rêve de bonté et de bonheur devant son fils nouveau né ; Lancelot qui sybolise dans son armure d’argent la pureté ; Merlin qui définit les valeurs de la chevalerie (la vérité avant toute chose).

La Table Ronde introduit l’égalité, donc le respect, entre tous ceux qui le méritent. 

Le mal est introduit par des êtres mauvais – Morgane puis Mordred – mais aussi par « ceux dont on l’attend le moins », l’idylle entre Lancelot et Guenièvre qui décompose ce cénacle de pureté qu’est la Table Ronde, et la quête du Graal – un quête sans objet, en fait -– sera la recherche d’un retour à la pureté perdue. 

Morgane et Mordred semblent être pétris de mal, Arthur, Lancelot, Perceval cherchent à être purs, mais Merlin ? Lui paraît être le messager, de la fatalité plus que de la divinité, agissant toujours au nom de principes et buts dont lui seul est informé, et qui le dépassent… Comment ces messages sont-ils transmis ? 

Le mal des mauvais – Morgane, Mordred – moins tragique que le mal des bons – Arthur, Lancelot – qui souffrent de se voir le faire. 

Merlin exprime à plusieurs reprises que cette histoire est celle de la disparition des dieux multiples des temps anciens devant le dieu unique des temps nouveaux. Quels signes voyez-vous qui illustrent ou symbolisent cette transformation ? 

Une thèse est que le film évoque la transition de l’Angleterre du paganisme druidique (Merlin) au christianisme. 

Les évocations du Christ, du Tout Puissant, sont de pure forme. 

Excalibur en forme de crucifix, plantée sur son rocher où elle évoque une croix sur un Crâne – un Golgotha. 

Dans la main de Viviane, à sa première apparition Excalibur est un Glaive, la pointe vers le haut, la garde sur la main de Viviane – à sa dernière apparition, à la mort d’Arthur, c’est une Croix brandie ; entre temps, après elcombat contre LANCELOT, c’est une croix inclinée … Et en final, le glaive sombre dans l’eau. 

Arthur sur la nef (Arthur, c’est l’Angleterre : Un roi, Une terre) part pour une vie meilleure, gardé par trois femmes qui évoquent les Marie au tombeau. 

Elements : l’eau… 

  • d’où nait et où disparaît Excalibuer ; 
  • qu transporte Arthur vers le monde meileur ; 
  • qui purifie Perceval avant qu’il obtienne le Graal ; 
  • où baigne Arthur à son « baptème » dans les douves de Tintagel ; 
  • et lieu de la chute de Merlin … 

…et le brouillard, souffle du Dragon 

  • évoqué par Merlin pour venir en aide à Uther 
    • Merlin mettre neuf mois à s’en remettre ;
  • évoqué par Morgane provoquée par Merlin 
    • Morgane en sera détruite.
Jacques Vercueil

↑ Vers le haut de la page ↑

Pro-Fil, siège social: 40 rue Las Sorbès, 34070 Montpellier; secrétariat national: 390, rue de Fontcouverte, Bât. 1, 34070 Montpellier; 04 67 41 26 55; ; président: Jean Lods
ta