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"Protestant et Filmophile"


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Andreas Dresen

Rencontre pendant la Berlinale 2014

Introduction

Andreas Dresen fait partie des grands. Malgré le fait que son œuvre soit encore un peu confidentielle en France (deux de ses films ont pourtant obtenu un beau succès dans la section ‘Un Certain Regard’ de Cannes : Septième Ciel / Wolke Neun en 2008 et Pour lui  / Halt auf freier Strecke en 2012), gageons qu’elle s’inscrira dans l’histoire du cinéma comme représentant majeur à la fois singulier et particulièrement pertinent d’une époque charnière.
Cela pour plusieurs raisons qui s’articulent entre elles autour de la question du lien entre l’émergence d’un talent et le contexte particulier dans lequel cette émergence a lieu. Ce lien d’ailleurs est inscrit dans le sous-titre d’un livre d’entretiens :  Glücks Spiel1. Voilà ce qui est déjà typique pour Andreas Dresen : il attribue à la chance ce qu’il pourrait aussi bien considérer comme son mérite. Il dit être arrivé au bon moment : au moment de la chute du mur, il était en fin d’étude (cf. sa biographie). D’un côté, l’Ouest regardait avec curiosité les réalisateurs de l’Est, mais ceux qui étaient déjà au milieu de leur carrière étaient en même temps globalement suspects de collaboration avec le régime déchu. Alors qu’Andreas Dresen alliait origine de l’Est et virginité professionnelle. Une aubaine.

Notes biographiques :

Né en 1963 à Gera comme fils de la comédienne Barbara Dresen et du metteur en scène Adolf Dresen. Le père quitte la famille quand Andreas est encore enfant, pour s’installer à l’Ouest. Andreas grandit auprès de sa mère. Il va à l’école à Schwerin. Depuis 1979 il produit des films-amateur. Après le baccalauréat en 1982 il passe deux ans à l’armée, puis devient technicien du son au théâtre de Schwerin. Il obtient un stage à la DEFA* et travaille comme assistant du réalisateur Günter Reisch. En 1986 il intègre l’école de cinéma ‘Konrad Wolf’ à Potsdam-Babelsberg. En 1990 il est ‘maître-disciple’ de Günter Reisch à l’Académie des Arts de Berlin. Depuis 1992 il travaille comme réalisateur et metteur en scène, il est membre de l’Académie des Arts, de l’Académie Européenne du Film et membre fondateur de l’Académie Allemande du Film. Depuis 2012 il est membre du Conseil constitutionnel du Land de Berlin-Brandenburg en tant que non-juriste et président de la fondation DEFA.

* DEFA: Deutsche Film-Aktiengesellschaft.

Aujourd’hui, alors qu’il est connu et reconnu internationalement, il reste d’une simplicité confondante, sans prétention, et pourtant si profond. Il refuse par exemple de mettre dans le générique à la fin de ses films : « un film d’Andreas Dresen ». Il se contente d’un simple « réalisation : Andreas Dresen », suivi de tous les autres participants, considérant qu’un film est une collaboration de tout un ensemble. Et tout au long du tournage il veille à ce que toute l’équipe se sente bien.
C’est avec cette même modestie généreuse qu’il aborde ses sujets, qu’il met en scène avec une tendre justesse. H.D. Schütt dit de lui :

« Il sanctifie les choses par son courage de se comporter de façon normale, dans tout ce qui se passe devant et derrière la caméra. » 2

Andreas Dresen s’intéresse tout particulièrement aux ‘petites gens’, à leur vie quotidienne avec ses soucis et ses problèmes. D’ailleurs il  affirme que ce qui rend la vie belle, c’est « le quotidien. Simplement le quotidien. »  Et encore : Ce qu’il faut pour faire un bon film, c’est « une honnêteté absolue envers les gens »3.

Cette honnêteté transparaît par exemple à chaque image du documentaire Herr Wichmann aus der dritten Reihe (Monsieur Wichmann du 3e rang), présenté à la Berlinale en 2012. Le film suit l’activité de Henryk Wichmann, membre de la CDU, engagé dans la politique locale d’un district de la région de Berlin. Ce travail est d’autant plus remarquable qu’Andreas Dresen lui-même n’est pas de droite, mais qu’il montre ce candidat, devenu depuis député au parlement régional, avec une telle sympathie qu’il dit lui-même qu’il pourrait voter pour lui.
Dans ses fictions également, ce qui marque le plus ses films, c’est une attention délicieuse aux personnages, marquée d’une grande empathie, et un amour indéfectible du détail – oui, on pourrait dire qu’il filme de façon amoureuse, même les sujets les plus durs, comme Pour lui, le film dont il dit lui-même qu’il le touche au plus près dans ses propres abîmes.

Sa vie

(Ce chapitre cite largement le livre Andreas Dresen. Glücks Spiel ; chaque fois, les pages correspondantes sont alors indiquées entre parenthèses. Pour lire la suite, cliquer sur le triangle.)

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L’entretien

(Extraits. L’entretien a eu lieu à l’hôtel Marriott le 8 fév. 2014. Voir la vidéo. Pour lire la suite, cliquer sur le triangle.)

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Conclusion

Je remercie infiniment Andreas Dresen pour cet entretien. Et plus largement pour ses films et les émotions et les réflexions qu'ils engendrent sur la vie. Pour les questions qu'ils posent sur la façon juste de vivre en ce monde, surtout quand la vie ne fait pas pleuvoir que des roses. Et les réponses qu'ils suggèrent, tout doucement et sans jamais violer la conscience du spectateur. Car la beauté du cinéma, c'est aussi de participer à cette vaste aventure humaine, commencée avec les récits autour du feu, puis tous les écrits de l'histoire de l'humanité, mais dans un film de façon plus intense encore par la force des images, à savoir l'aventure de l'émancipation de l'homme du réel par la transmission des histoires vécues par d'autres et par l'invention encore d'autres histoires seulement possibles - voire impossibles. Cet élargissement de notre compétence à comprendre la vie humaine au-delà de nos propres vies, à imaginer une vie autre, à transformer le monde pour y vivre mieux, c'est la dignité particulière de l'art. Et Andreas Dresen est un grand artiste.

Waltraud Verlaguet

 

 

Andreas Dresen, source: Wikipedia.



Extraits de sa filmographie :

(CM= court-métrage ; D= documentaire ; Filmographie complète avec le détails de tous les très nombreux prix obtenus sur le site de la DEFA)


1979 Unser tägliches Brot (CM)
1985 Der kleine Clown (CM)
1987 Schritte des anderen (CM)
1988 Was jeder muss... (CM)
1988 Nachts schlafen die Ratten (CM)
1989 Jenseits von Klein Wanzlebe (D)
1989 Zimbabwe – Dreams of the Future
1990 Zug in die Ferne (CM)
1991 Es bleibt alles ganz anders (D)
1991 So schnell geht es nach Istanbul (CM)
1911 Die Narren sterben nicht aus (D)
1992 Stilles Land
1993 Krauses Kneipe (D)
1994 Kuckuckskinder (D)
1994 Das andere Leben des Herrn Kreins (TV)
1995 Heimatgeschichten - Sprung ins Glück (TV)
1999 Nachtgestalten
2001 Die Polizistin
2002 Halbe Treppe
2004 Herr Wichmann von der CDU (D)
2005 Willenbrock
2006 Sommer vorm Balkon
2008 Wolke 9 (Septième Ciel)
2009 Whisky mit Wodka
2011 Halt auf freier Strecke (Pour lui)
2012 Herr Wichmann aus der dritten Reihe (D)

Théâtre :
1996 Urfaust – Cottbus
1999 Herr Puntila und sein Knecht Matti – Cottbus
2001 Akte Böhm – Leipzig
2002 Zeugenstand – Deutsches Theater Berlin
2006 Don Giovanni – Bâle
2006 Kasimir und Karoline - Deutsches Theater Berlin
2011 Le Nozze di Figaro – Potsdam




Notes :
1 Hans-Dieter Schütt, Andreas Dresen. Glücks Spiel, Berlin : be.bra Verlag 2013.
2 Op.cit. p.10.
3 Op.cit. p. 122 et 130.
4 Spur der Steine de  Frank Beyer (1966), produit par le groupe artistique ‘Heinrich Greif’ des studios DEFA, d’après le roman éponyme de Erik Neutsch. 
5 De Heiner Carow, 1973, un des plus grand succès des films de l’ex-RDA.
6 Solo Sunny de Konrad Wolf et Wolfgang Kohlhaase, produit par le groupe ‘Babelsberg’ de la DEFA en 1980.

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