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Entre désir et réalité

Discours lors de la réception de la 42ème Assemblée générale d’INTERFILM par l’Eglise luthérienne d’Hanovre dans la Kreuzkirche le 8 juin 2013

Celles et ceux fréquentant assidument les festival ont vécu cela maintes fois : on rencontre quelqu’un qu’on connaît, on se salue, on demande « comment ça va ? »

Mais on a peu de temps, le film suivant attend. A peine s’est-on salué que l’on prend congé. « A plus* … », voilà la formule standard. Non pas : « bye-bye » ou « au-revoir » ou encore « adieu ! » Non : « A plus ».

Le cinéma est une culture du voir, une culture du regard. Pas étonnant donc que les « accros » du film aient développé leur propre formule de départ  que je n’ai trouvé que rarement ailleurs. Mais ce qui m’intéresse ici n’est pas la mise en avant du « voir ». Ce que je voudrais mettre en évidence c’est la ligne floue entre l’expression d’un désir et une formule qui en repousse la réalisation, entre feinte et promesse. Car il est assez improbable qu’on se retrouve dans cette foule festivalière, ou que, lors d’une prochaine rencontre, on ait plus de temps pour se parler. Mais ça serait bien quand même, si…
Je voudrais élargir cette expérience personnelle : en ce qui concerne la relation entre Eglise et Cinéma, Interfilm me paraît se situer précisément à cette articulation si fragile entre désir et réalité. Cela vaut la peine d’en dire quelques mots.

Côté Eglise

 Quand on commence à parler de cinéma et de festivals dans des cercles de nos Eglises, les yeux commencent à briller. « Cela doit être passionnant ! S’il vous plaît, continuez ! » Mais j’attends toujours une œuvre théologique de référence qui, comme souvent chez les philosophes français, parlerait de cinéma et tirerait une partie de sa force argumentative d’une connaissance approfondie des films. Je pense que la plupart des fonctionnaires ecclésiastiques, du moins en Allemagne, ignorent jusqu’à l’existence d’une institution comme « Interfilm ». Sans parler du manque de soutien financier. Et le fait que la meilleure revue cinématographique d’Allemagne provienne du milieu de notre Eglise, mais soit lue surtout par des gens hors de l’Eglise, ne manque pas de marquer le contenu et la structure d’epd-film.

Côté Cinéma

Entre désir et réalité donc. Du côté du film et des institutions cinématographiques c’est un peu pareil me semble-t-il. Autrefois je n’avais guère à me plaindre d’un manque d’intérêt de ces milieux pour nos activités. Je suppose que cela n’a pas trop changé ces dix dernières années. Les gens du cinéma qui ont fait l’expérience d’une Eglise moralisatrice ne sont plus là. J’ai un souvenir-clé dont je voudrais vous faire part.

C’était en mai 1994. Le jury œcuménique de Cannes fête ses vingt ans. Notre délégué pour Cannes, Maurice Terrail, avait réussi, avec beaucoup de diplomatie, que les présidents respectifs d’OCIC et d’INTERFILM puissent monter les marches côte à côte. Le grand moment arrive. Le haut-parleur annonce : le président d’INTERFILM, Hans-Werner Dannowski, et… les caméras tournent, les appareils de photos font clic, nous montons les marches. Monsieur Viot, le directeur du festival, se tient en haut des marches et nous tend la main. Mais il ne nous regarde pas, son regard passe loin au dessus de nous. En pensées il est ailleurs.

La force des images intérieures

« A plus »…La position de l’Eglise au cours surtout des grands festivals comme Cannes, Venise ou encore Berlin n’est pas simple. Elle doit se battre pour être reconnue. Les représentant(e)s d’Interfilm auprès de ces festivals en savent quelque chose.

Pourtant, Eglise et Cinéma travaillent presque sur le même terrain.

Il y a deux semaines, j’ai dû prêcher, à l’occasion de mon dernier culte « culte et art »1 au musée Sprengel de Hanovre, à propos du tableau « Le fils prodigue » de Max Beckmann, sur « la force des images intérieures ».  Ces images intérieures ne structurent pas seulement notre passé, nos souvenirs. Ce sont des visions de vie et du monde qui donnent forme aussi à notre avenir. L’Evangile et le Cinéma participent à la construction  de ces images intérieures, de notre compréhension de la vie. I have a dream. Pour les deux, le danger de servir de simple consolation, de fabrique de rêve, est toujours présent. Mais dans les deux cas on peut sentir également la force créatrice de ces images intérieures, celle d’utiliser leur potentiel de sens pour créer et explorer une nouvelle réalité.

Un jeu d’éuilibriste

« A plus »… Les femmes et les hommes d’Interfilm sont d’important(e)s passeurs de frontières entre Eglises et Cinéma2. Ne vous laissez surtout pas décourager ! Je suis fier d’avoir été pendant quelques années le président d’Interfilm et porte avec plaisir le titre de président d’honneur. J’y ai rencontré des personnes formidables, il faut que je cite à cet endroit mon successeur Hans Hodel3. Je remercie notre évêque, Ralf Meister, ainsi que notre déléguée à la culture, Petra Bahr4, pour l’hommage généreux qu’ils ont rendu à mon travail. Et je suis heureux qu’avec notre nouvelle présidente, Julia Helmke, nous pourrons, à nouveau à partir d’Hanovre, continuer à maintenir cet équilibre fragile entre Eglise et Film. Et tant que mes forces me le permettront, je veux bien encore participer à ce jeu d’équilibriste.

Hans-Werner Dannowski (Traduction Waltraud Verlaguet)


* Mot-à-mot « on se voit ». Inspiré de l’anglais « See you », la formule exprime l’espoir de se revoir. La formule usuelle en français ne fait pas explicitement référence au fait de « se revoir », mais elle sous-entend : « à plus tard, quand nous aurons plus de temps pour nous voir… »

Photos prises lors de l'Assemblée générale d'Interfilm à Hanovre en juin 2013



De gauche à droite: Hans Hodel, président sortant, Julian Helmke, présidente nouvellement élue, Hans-Werner Dannowski, prédécesseur de Hans Hodel et président d'honneur d'Interfilm.



De gauche à droite: Alain Le Goanvic, président de Pro-Fil, Hans Hodel, Hans-Werner Dannowski.


  1. Ces manifestations "culte et art", selon la devise "l'Eglise vient au musée", ont attiré un large public. Selon la presse, 600 personnes s'étaient déplacées pour cette dernière prédication.
  2. Voir aussi l'article de Hans-Werner Dannowski, «Il n’y a pas de médiation par la parole sans médiation par l’image.», paru dans Vu de Pro-Fil n°1, pages 8 à 9.
  3. Voir différentes contributions de Hans Hodel disponibles sur notre site.
  4. Voir différentes contributions de Petra Bahr disponibles sur notre site.

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