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"Protestant et Filmophile"


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Hippocrate

T. LILTI, qui est lui-même médecin, a voulu ce scénario et l'a mis en scène pour nous parler de l'éthique médicale aujourd'hui.

En effet le serment d'Hippocrate, toujours d'actualité (même s'il se présente sous plusieurs versions), sert seulement de cadre à la relation entre un médecin et un malade... Or aujourd'hui l'appareil hospitalier est devenu un monde, une société recomposée qui parasite la relation médecin/malade. Dans ce monde le malade fait irruption et l'institution (« une grande famille » nous dit le patron du service !) tente de trouver une solution, un compromis qui lui permette de durer, de rester crédible et efficace.

Nous suivons donc Benjamin (V. Lacoste), jeune interne et fils du patron, au cours de son « initiation » dans le service de son père.

Au plan formel, T. Lilti nous présente bien l'image d'un monde fermé (les caves, les gros plans sur les visages, très peu d'extérieurs, les grilles...) où le rythme de vie est constamment bousculé, fractionné en séquences courtes mais qui englobent toute la vie du personnel : la vie en dehors du métier semble quasi inexistante, l'évocation d'un autre monde...

Les questions soulevées sont multiples et contradictoires :

  • S'occupe-t-on du corps ou de la personne ?
  • Faute professionnelle et responsabilité (individuelle ou collective ?)
  • Logiques contradictoires entre divers services hospitaliers
  • Lieux, moments et conditions de « récupération » pour le personnel
  • Syndicalisme et grève à l'hôpital
  • Gestion de l'enveloppe budgétaire et choix économiques
  • La violence à l'hôpital
  • Dire la vérité ?
  • Conflits de personnes et hiérarchie
  • La prise en compte du milieu d'où vient le malade... la famille
  • Soins palliatifs et euthanasie
  • etc.

Avec Abdel (Reda Kateb), médecin algérien obligé de refaire son internat pour pouvoir exercer en France, on peut se demander si la médecine est un métier ou une malédiction !

Le choix du metteur en scène est clair : Benjamin devient vraiment médecin en transgressant les tabous de l'institution : aller dire la vérité à la femme de celui qui est - peut-être - mort par sa faute, se saouler et venir faire un esclandre dans le service (hôpital-silence !!), jeter les dossiers médicaux, insulter le médecin-chef et finalement se mettre en danger et nécessiter pour lui-même le recours aux soins hospitaliers pour sauver son collègue Abdel...

C'est au travers de cette crise que l'hôpital retrouve la santé !

Yves Ellul