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Pro-Fil

"Protestant et Filmophile"


JOURNEES CINEMATOGRAPHIQUES EN CEVENNES

GROUPES PRO-FIL MONTPELLIER - Sommières 5-6 avril 2014

Samedi 5 avril

10 h – Ouverture par Simone Clergue : Salutations, remerciements aux participants de leur présence et tout particulièrement de Monique et Frédéric Laville (Toulouse) et Joëlle Meffre (Marseille) qui nous a porté le matériel et accepté d'assurer la partie technique de notre week-end.

INTRODUCTION AUX JOURNEES – Arielle Domon

Les Actes de ce Colloque sont publiés : Emilie Gangant, Anne Lenoble-Bart, Jean-François Zorn (éditeurs.), Mission et cinéma. Films missionnaires et Missionnaires au cinéma, Paris : Karthala 2013, collection “mémoire d'Eglises“, ISBN 978-2-8111-0996-7

 L'inspiration de ces journées est venue de la participation de Pro-Fil à un colloque, tenu en septembre 2012 à Montpellier et organisé par le CREDIC (Centre de Recherches et d'Echanges sur la Diffusion et l'Inculturation du Christianisme), animé par le pasteur Jean-François ZORN, dont le titre était : “Mission et Cinéma, films missionnaires et Missionnaires au cinéma”.
Il y a eu une grande part de recherches historiques et un choix d'exemples sur les représentations, les diffusions et la valorisation des «films missionnaires» depuis les débuts, puis quelques études de films.

Notre fibre pro-filienne s'est portée sur deux titres emblématiques de ces journées et ce fut le point de départ de notre réflexion : ni pro- ni anti-missionnaire mais une volonté d'analyse globale de ce qu'est un film : lieu de rencontre du cinéma et bien d'autres éléments qui n'ont rien de proprement cinématographique (citation de Jacques Aumont in Esthétique du film, Nathan, 2002.

A travers deux films : Tambien la lluvia (Même la pluie) de l'Espagnole Iciar Bollain, datant de 2011 et «Le Grand blanc de Lambaréné» du Camerounais Bassek Ba Kobhio, de 1995, nous vous proposons de confronter ce qui fait l'intérêt de nos rencontres : l'aspect technique d'un film et l'impact critique de deux regards cinématographiques sur une thématique commune. A nous de décliner les pistes qui en découlent, avec toute la richesse de nos points de vue de cinéphiles.
Vous allez donc regarder ces deux films avec une attention toute pro-filienne, guidés ensuite par nos animateurs pour chacun des deux puis je reviendrai devant vous. Nous essaierons de croiser nos impressions en dégageant des comparaisons et des différences de ces deux moments d'analyse.

PRÉSENTATION DU FILM TAMBIEN LA LLUVIA - Hélène Lassale

Cf. dans l'ouvrage indiqué, le compte-rendu de la contribution concernant ce film : Waltraud Verlaguet, « Jeux de miroir entre Mission et Cinéma : También la Lluvia (Même la pluie) d'Iciar Bollain, scénario Paur Laverty », p. 241-248.
La réalisatrice Iciar Bollain est née à Madrid en 1967. D'abord comédienne, elle est dirigée par les plus grands cinéastes parmi lesquels Victor Erice dans Le Sud et Ken Loach dans Land and Freedom. Elle joue avec Paul Laverty, lui même acteur.
En parallèle à son travail d'actrice, elle devient réalisatrice et scénariste et ce en 1995 avec son premier long métrage inédit en France “Hola Esta Sola” plusieurs fois primé lors de la semaine internationale de cinéma de Valladolid. Suivent : Flores otro mondo (sélectionné à Cannes en 1999, grand prix de la critique), Ne dis rien (2004), Matahari (2008) et Tambien la lluvia (2011).

Le scénariste Paul Laverty. Transformer l'écran en un lieu de prise de conscience c'est le credo de ce scénariste et complice de Ken Loach. Dans “Tambien la lluvia”, l'ancien avocat met sa plume au service d'Iciar Bollain, sa compagne, dans une histoire où précisément cinéma et engagement se questionnent.
Palme d'or et neuf scénarios pour Ken Loach, Paul Laverty est un scénariste reconnu et apprécié. Né à Calensta d'un père écossais et d'une mère irlandaise, son intérêt pour les questions sociales l'a amené à travailler pour une organisation humanitaire au Nicaragua. Il anime une association des droits de l'homme.
Il réalise 9 scénarios pour Ken Loach dont Le Vent se lève, palme d'or au Festival de Cannes en 2008.

Note de la réalisatrice à propos de Tambien la LLuvia:

Les premières versions du scénario écrites par Paul Laverty se déroulent aux 15ème et 16ème siècles. Elles relataient les voyages de Christophe Colomb et ses premières années au Nouveau Monde. Le personnage central était Bartolomé de las Casas. C'était une histoire passionnante mais Paul a eu envie d'aller plus loin, de confronter ce récit à notre histoire contemporaine.
Une nouvelle version a vu le jour, elle mettait en parallèle l'exploitation et la résistance des indiens au 16ème siècle et la situation aujourd'hui en Amérique latine….

Les participants se sont répartis en deux groupes s'intéressant :

  • I - l'un à la technique, le scénario
  • II - l'autre aux thèmes abordés dans ce film

Lors de la mise en commun, chaque groupe a soumis ses réflexions

LES THEMATIQUES

Animation : Jean Domon et Simone Clergue (Ils ont proposé quelques questions aux participants avant la projection du film)

1 – Entre la colonisation du XVIe siècle et l'exploitation des indigènes, peut-on parler d'une répétition de l'histoire ?

On assiste encore à l'exploitation des ressources de la population locale (au XVIe l'or, dans les années 2000 l'eau). Mais la guerre de l'eau qui s'est déroulée en 2000 à Cochabamba en Colombie s'est heureusement soldée par la victoire des insurgés contre les autorités qui avaient livré cette ressource essentielle à des multinationales.
Il y a toujours incompréhension et mépris de la culture et de la civilisation locales par les étrangers, que ce soit Christophe Colomb ou l'équipe venue tourner un film historique sur la colonisation :

  • indiférenciation entre indiens Taïnos/ Quetchuas
  • moindre coût du tournage en Bolivie (Colomb a débarqué aux Caraïbes) et des figurants payés 2 dollars
  • incompréhension devant l'attitude des femmes qui refusent de tourner une scène où elles noieraient leurs bébés.
Le rôle de l'argent est omniprésent, son pouvoir qui entraîne toujours la corruption.

2 – Comment se comportent et évoluent les différents personnages ?

a) Sebastian, le réalisateur du film, est vu comme un artiste, à l'aise au niveau des concepts mais mal à l'aise face à la réalité des évènements dramatiques qui se déroulent au même moment ; il veut aller jusqu'au bout de son rêve, la réalisation de son œuvre (emprise de la création cinématographique).

b) Costa, le producteur, est un homme d'action. Mais il évolue de l'aspect financier du début du film à une prise de conscience au contact de Daniel. Son implication dans les évènements pour sauver Belem la fille de Daniel serait-elle son rachat ?

c) Daniel, l'acteur principal, joue le rôle de Hatuey chef des Taïnos mort sur le bûcher au XVIe siècle et de Oscar Oliveira meneur de la révolte de l'eau qui a su faire reculer les multinationales. C'est la figure du révolutionnaire mais aussi d'une humanité, attentif au respect de sa culture.

d) Maria, l'assistante de plateau est aussi la révélatrice des caractères des personnages principaux par le fait qu'elle tient la caméra et les interroge.

e) Anton, acteur, interprète Christophe Colomb et incarne le paradoxe de l'acteur personnage/personne. C'est un humaniste, ravagé par sa situation familiale mais qui s'intéresse aux figurants et la difficulté de leur situation et qui sera le seul à rester aux côtés de Sebastian à la fin du film.

f) Alberto (Bartolome de Las Casas) et Juan (Antonio de Montesinos), acteurs pleins d'idéalisme dans le film où ils prennent la défense des indiens mais dans la réalité ne pensent qu'à se sauver loin des émeutes.

LA TECHNIQUE

Animation : Hélène Lassale secondée par Marie-Claude Guillemot

1 - Que pensez-vous du scenario de ce film ?
D'un premier regard apparaissent plusieurs scenarii.

    Appelons:
  • Film A, l'ensemble du film que nous venons de voir.
  • Film B, la réalisation d'un film sur la conquête de Christophe Colomb, l'exploitation des indiens en vue de récupérer les ressources en or et leur révolte.
  • Film C, le film que tourne, sur le vif, en noir et blanc, une jeune réalisatrice. Le film C est le making off du film B
  • Film D, Pour des questions de coût le film B est tourné en Bolivie à Cochabamba, le producteur du film B estimant que tous les indiens se valent et que là il peut trouver des figurants à bas prix. L'équipe de tournage du film B arrive à Cochabamba en 2000 quand éclate dans cette ville la révolte des indiens contre la privatisation de l'eau. Ces événements réels sont filmés caméra à l'épaule à la manière d'un reportage. Ce film B est tourné de manière classique. Il comporte de grands plans séquentiels extrêmement soignés.

2 - Pourquoi ce titre ? Que peut-on en déduire pour la construction d'un scénario unique ? Quel est le fil conducteur ? Quel est le personnage principal ?
Tambièn la lluvia est une partie de phrase du premier discours de Daniel, le personnage principal, pour appeler à la révolte les habitants de Cochabamba, contre la privatisation de l'eau.

Le fil rouge est l'eau ; elle est présente dans les films A,B,C,D.

3 - Quel est le type de récit ? Historique ? Epique ? Romanesque ? Psychologique ?

Le groupe, après discussion, a choisi le récit épique.

4 - En combien de parties ou actes est composé ce film, sachant que son fil rouge est l'eau, son personnage principal Daniel ?

La structure dramatique d'un scénario repose sur celle du théatre de la Grèce Antique et elle est constituée de trois actes :

  • L'exposition
  • La confrontation
  • La résolution
Traditionnellement pour un film de 90 minutes les trois actes sont d'égale longueur, soit 30 minutes. Quand un film est plus long, les actes 1 et 3 gardent leur longueur et l'acte 2 est prolongé. Cette division en trois parties représente une sorte de canevas simplifié qui ne tient pas compte de la complexité de chaque scénario, des montages parallèles, des flashes-back ou en un mot de l'originalité et des inventions propres à chaque oeuvre. C'est le cas ici.

5 - Comment s'enchaînent les actes, le passage d'un acte à l'autre : quel montage ? quels types de plans ? quel type d'image pour chacune des transitions ? quelles phrases clés à chaque transition ?

Conclusion :

  • Arrive-t'on à un scénario cohérent ?
  • Qu'a permis la construction en abyme du scénario?

Les trois actes du film Même la pluie s'enchaînent de la manière suivante :

  • A 27 minutes : Fin du premier acte : Premier discours de Daniel : Appel à révolte : Ils nous prennent l'eau de nos lacs....et même la pluie qui tombe sur nos têtes
  • A 47 minutes : Milieu du film : Sommet de l'acte 2 ; Paroles de Daniel : Il y a des choses plus importantes que ton film dans la vie. Ceci est dit à la fin de la répétition ratée, les femmes refusant de jouer la scène du sacrifice de leurs enfants. Ces paroles fortes de Daniel sont suivies d'un nouveau discours de Daniel ponctué d'un vote au cri de : L'eau est à nous
  • A 60 minutes : Début du troisième acte. Daniel sort de prison et dit : L'eau c'est la vie
  • A 90 minutes : Ce n'est plus Daniel qui parle ; une voix officielle clame : L'eau est à vous

A chacune de ces charnières entre les trois actes (et même au sommet du film) il y a passage d'une scène de répétition du film B à une scène du film C. On passe d'un type classique de grands plans séquences à un tournage de type reportage, caméra à l'épaule ; cela permet au spectateur de se repérer dans cette construction en abyme.
Autre repère : La dernière image de l'acte 1 est un gros plan sur Sebastian ; même chose au milieu du film et lors du passage de l'acte 2 à l'acte 3.

Nous avons revisionné chacun de ces passages clés du film.
Non seulement le scénario nous apparaît très cohérent mais les différentes manières de filmer le passage des différents actes en cut permettent au spectateur de n'être jamais perdu dans cette construction en abyme.

Nous terminons par cette note de la réalisatrice : Même la pluie est de loin le film le plus compliqué que j'ai réalisé.... Comment faire un film avec autant de figurants, de personnages, d'action ? Plan par plan. C'est comme ça que j'ai pris les choses, en planifiant minutieusement chaque scène, en choisissant et en dirigeant chaque figurant, en travaillant phrase par phrase avec les acteurs qui, pour certains, n'avaient jamais joué auparavant, en me reposant sur des équipes techniques et artistiques espagnoles comme boliviennes remarquables.

SOIRÉE DÉTENTE

Le film Les caprices d'un fleuve de Bernard Giraudeau (1995), en nous faisant changer de continent, nous permet la transition entre les deux journées.

Dimanche 6 AVRIL

MOMENT DE RECUEILLEMENT sous la conduite d'Anne Catherine Terme
Lecture de la Bible, Jean 13/31 à 35 : Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres.
chants, Notre Père et bénédiction

JOURNÉE AUTOUR DU FILM LE GRAND BLANC DE LAMBARÉNÉ Animation par Marie-Christine Griffon et Jacques Agulhon

Cf. dans l'ouvrage indiqué, le compte-rendu de la contribution concernant ce film : Vendelin Abouna Abouna, « L'image du colon missionniare dans le cinéma africain : le cas d'Albert Schweitzer dans Le Grand Blanc de Lambaréné du Camerounais Bassek Ba Kobhui », p. 233-239.

Ils nous proposent plusieurs questions pour aider notre réflexion :

  1. Quelle vision avez-vous de Schweitzer à travers ce film ? Quelle est la vision donnée par le réalisateur Emile Bassek de Schweitzer ?
  2. Le réalisateur Emile Bassek a abordé dans son film la situation politique de l'époque. Comment a-t-il abordé le thème de l'anti-colonialisme ou mieux l'évolution vers l'indépendance ? Comment les personnages reflètent-ils cette évolution ?
  3. Qu'évoque pour vous la scène du repas avec la journaliste ?
  4. Que pensez-vous des intermèdes musicaux et de leur cheminement ?
  5. Y a-t-il un message religieux de Schweitzer. Quel est-il ? Comment se manifeste-t-il ?
  6. A la fin du film, avec les dernières phrases prononcées par Lisa, comment le réalisateur montre Schweitzer ? Est-ce que la rencontre entre les deux cultures : la culture africaine et la culture européenne a intéressé Schweitzer ?

En guise d'introduction, quelques mots sur le réalisateur Bassek Ba Kobhio, né en 1957 au Cameroun, de parents instituteurs. Très tôt, il se passionne pour le cinéma et la littérature. Il s'oriente à l'Université de Yaoundé vers les sciences sociales tout en montant des pièces de théâtre et en participant à une émission littéraire sur Radio Cameroun. Il s'intéresse aussi au cinéma et tourne en 1987 un film sur lequel il est le premier assistant de Claire Denis. Suivent quelques documentaires, préludes à un premier long métrage Sango Malo (1991) qui le fait remarquer à Cannes (Un Certain Regard). Ce n'est donc pas à un débutant que l'on doit “Le grand blanc de Lambaréné”. Il n'est sans doute pas sans intérêt que cette biographie d'un prix Nobel de la Paix, longtemps immergé au cœur de l'Afrique, ait été le fait d'un africain même ; de quoi nourrir ce qui pourra en être dit, en bien ou en mal...

Le film retrace l’épopée africaine d'Albert Schweitzer qui se dévoua au Gabon, dès 1913, pour soigner bénévolement la population locale dans un hôpital qu'il construisit en pleine brousse, près de l'Ogooué, à Lambaréné. Cet être d'exception, à la fois philosophe et théologien de haut niveau, musicien et organiste hors pair, avait répondu à un ‘appel’, au début du siècle, qui le conduisit à entreprendre des études de médecine pour mener à bien son projet humanitaire. Le film ne concerne que la période de 1944 à la mort du docteur en 1965. Entretemps, le Gabon avait obtenu son indépendance en 1960.
Deux visions d'Albert Schweitzer s'affrontent dans le film.

  1. Une vision positive où il est montré comme un homme qui se soucie de la condition sociale et spirituelle des gabonais, dévoué à la tâche, attaché à ses principes et un moralisateur qui veut éveiller la conscience morale des gabonais. Toutes ses paroles sont l'expression de ses idées et de ses opinions marquées par son époque.
  2. L'autre vision est celle de Schweitzer montré comme un homme colérique, un homme orgueilleux critiqué à la fois par les gabonais et par les européens ainsi que l'exprime la journaliste venue l'interviewer.

Ainsi en témoignent les remarques suivantes :
Le jeune Koumba s'est vu vertement rabroué, lorsqu'il exprime le désir d'être un jour médecin : “Vous, africains, êtes faits pour la terre ou le bois”.
Pourtant, Koumba deviendra un jour et médecin et député...
Koumba refuse de se faire traiter de primitif et d'indigène et lorsqu'il réunit le personnel de l'hôpital, il déclare :Vous n'êtes rien sans les malades et les africains. Ici tout appartient à l'Afrique. Votre problème docteur n'est pas l'émancipation de ce peuple. Vous avez voulu partager notre enfer en espérant gagner le ciel
Quant aux blancs qui pratiquent le commerce, ils sont avinés, libidineux et brutaux, à l'image du patron de la factorerie. . et la ‘mère patrie’ est propice aux pantalonnades.
Le soldat Mikendi qui revient de la guerre (14-18 en France) : Les blancs, c'est de la roublardise - Chef, les blancs, je les hais Quant à la religion, lors d'une prédication, Schweitzer gratifie ses ouailles d'une formule à ‘’’emporte pièces »’ d'où il ressort qu'à défaut de la Foi, ils ne sauraient être sauvés que par le travail. C'est le salut par les œuvres : «Ce n'est pas le sacrifice de Jésus qui nous sauve mais le fait de suivre Jésus par un engagement actif»
Il va d'ailleurs chercher les africains qui travaillent à l'hôpital et à la factorerie : e soigne vos malades. Vous devez travailler pour l'hôpital, gagner de l'argent pour l'hôpital, que vous le vouliez ou non,
Tout se passe comme si Albert Schweitzer était passé à côté de l'Afrique, et réciproquement :
A la fin du film, lors de la dernière nuit de Schweitzer, Lisa, la gabonaise, met le médecin devant une réalité. Schweitzer est un homme pris dans ses convictions qui n'a pas voulu apprendre la langue du pays, qui a refusé la musique africaine. Tu étais si près du but, grand blanc, comme aucun autre blanc ne l'a jamais été avant toi. La piste qui mène au cœur de ce pays t'était largement ouverte et tu as préféré le bord du chemin,
La rencontre entre la culture africaine et la culture européenne ne s'est pas faite, mais l'oeuvre caritative d'Albert Schweitzer demeure indiscutée.

CONCLUSION DES SÉANCES DE TRAVAIL par Arielle Domon

COMPARAISONS ET DIFFERENCES

1. Les deux écoles cinématographiques :

a) Le film ‘occidental’ (Tambien la lluvia) : avec une production et une distribution France, Espagne, Mexique, ce n'est pas la superproduction américaine mais il y a de gros moyens (financiers et techniques) grâce au nom de la réalisatrice, connue et bien soutenue par ses pairs (Ken Loach et son scénariste).

  • A-t-il pour autant une estampille (nationale) identifiable ? La frontière géographique dont parle Vincent Pinel, Ecoles, genres et mouvements au cinéma, Larousse,2000 : déséquilibre entre d'un côté le cinéma hollywoodien qui codifia les grands genres et les imposa au monde entier et de l'autre côté le cinéma européen (de l'Atlantique à l'Oural) qui est à l'origine de la plupart des Mouvements et des Ecoles. 
  • Dans quel genre ou mouvement cinématographique le classer, il peut être dans plusieurs ? C'est un repère pas un jugement de valeur; exemple : action, historique, drame, politique etc. …
On peut même parler d'épopée ! (de l'eau).

b) Le film ‘africain’ (Le Grand Blanc de Lambaréné) :
- d'abord une petite présentation de l'économie du cinéma africain : en Afrique, la production et la diffusion des films sont peu développées. L'Afrique a connu le Cinéma avec la colonisation mais les films africains existent depuis les années 70 (1963 pour le précurseur qu'était Sembene Ousmane, au Sénégal). Il y a des cinéastes gouvernementaux et des cinéastes qui s'appuient sur des structures occidentales pour les financer. Par exemple le Ministère français de la Coopération aidait les jeunes cinéastes africains à terminer leur film en échange de 25 copies destinées aux Centres culturels français en Afrique. Ici c'est l'Agence intergouvernementale de la Francophonie, située à Paris, qui mène des actions de coopération multilatérale dans tous les domaines y compris culturels. L'objectif est de diffuser ces films dans les zones rurales pour permettre au public de voir des films de réalisateurs originaires du continent.
Est-ce que cette caution conditionne le message du récit ? Le politiquement correct doit-il correspondre à une censure inavouée ?
La particularité du cinéma africain c'est que la technique (pellicule, matériel de tournage, laboratoire et techniciens) il faut venir la chercher en France et donc le cinéaste travaille sans voir les rushes, sans voir les défauts et sans pouvoir retourner les scènes en cas de pépin, bref il travaille sans filet et vient finaliser le tout à Paris. Ces conditions précaires font que le produit n'est pas forcément de bonne qualité.
Il y a quand même une évolution sociale qui voit apparaître une certaine indépendance du cinéma : des réalisateurs tels que Bassek ba Kobhio deviennent aussi producteurs et c'est ainsi qu'il a créé sa société Les Films Terre Africaine en 1994.

2. La mise en image d'un pays colonisé :

  • Le paysage : on peut prendre un élément du langage cinématographique comme le paysage et définir sa fonction, son identité dans l'univers (en tant que structure cohérente) du film. On va faire passer cet élément de l'inconscient (des vues agréables, ou pas) à l'expression directe d'une nécessité de représenter ce paysage ainsi pour l'auteur.
    Essayons de capter ce paysage à travers :
    • le cadrage
    • les mouvements de caméra
    • le montage
    • les sons, la musique
    • la lumière, les couleurs
    Comment est-il retranscrit par l'auteur dans chacun des films ?
    Sur ce sujet lire Damien Ziegler : La Représentation du paysage au cinéma, Bazaar and co, 2010 : parle de la subjectivisation du monde du cinéaste.
  • La représentation des personnages historiques : une reconstruction sous-entendant un point de vue personnel (du scenario, de l'auteur, de l'acteur)
    • a) la distanciation (l'acteur joue un personnage) : Dans “Même la pluie” l'interview des acteurs jouant Bartolomé de Las Casas et Antonio Montesinos, puis le tournage de la scène du sermon de Montesinos. La double ambiguïté de Christophe Colomb.
    • b) l'appropriation (l'incarnation fidèle) : l'image physique, le look vestimentaire de Schweitzer, ses traits psychologiques (détails dans le bon et le mauvais)..... voulus par le réalisateur et réussi par l'acteur.
    - Est-ce une performance ou trouvez-vous son jeu outré, faux, manipulateur/manipulé par le réalisateur ?
    A cette question beaucoup ont répondu que l’interprétation était forcée, presque caricaturale, en tout cas théâtrale !

3. La sensibilité d'un réalisateur sur deux thèmes liés : la colonisation et l'évangélisation

  • a) Une Espagnole parle de la Conquête, des conquérants missionnaires :
    • La mauvaise conscience occidentale,
    • la dénonciation de l'injustice raciste,
    • changer soi-même pour changer le monde comme le dit l'argumentaire de l'affiche !
  • b) Un Camerounais parle de la colonisation en Afrique, du médecin missionnaire :
    • La reconnaissance pour un grand homme qui s'est dévoué à l'Afrique, qui a apporté la médecine ;
    • la dénonciation politique de la colonisation

Dans les deux cas les personnages ont une dimension mythique : comment ces représentations ont modifié (ou pas) votre perception ou l'idée que vous vous en faisiez ?
Avis divers et contrastés, mais toujours critiques !

En conclusion j'ai relevé deux phrases qui se ressemblent dans chaque film et qui prêtent à méditer sur le rôle de notre religion chrétienne dans la colonisation :
Dans Même la pluie Daniel/Hatuey dit aux conquistadors : Si les Chrétiens vont au paradis, je préfère aller en enfer !  Dans Le Grand Blanc de Lambaréné Kumba, le petit protégé devenu politicien dit à Schweitzer : Vous avez seulement partagé notre enfer en espérant gagner le Ciel ! 

EVALUATION DU WEEK-END PAR LES PARTICIPANTS

Appréciations, critiques sur le fond, la forme mais aussi les conditions d'hébergement. Puis départ. Unanime satisfaction d'avoir, grâce à l'animation de l'ensemble, vécu un week-end agréable et détendu.

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