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"Protestant et Filmophile"


Le 27ème Festival du film britannique de Dinard

Le 27ème Festival du film britannique de Dinard avait lieu cette année du 28 septembre au 2 octobre. Chaque année ce festival donne un aperçu de la production britannique actuelle à travers une vingtaine de films inédits en France, même si beaucoup sont déjà sortis Outre Manche. La sélection met en général l’accent sur des films mettant en scène la société anglaise contemporaine, dans la tradition d’un cinéma britannique dont les icones, bien connues en France, ont noms Ken Loach, Mike Leigh ou Stephen Frears. Souvent, la tonalité des films est assez sombre, représentative d’une société mise à mal par un libéralisme excessif. Pourtant cette année, le ton était plus léger avec un assez grand nombre de comédies et beaucoup de films sur des jeunes.
C’est le cas du film qui a raflé tous les prix, aussi bien celui du Jury présidé par Claude Lelouch que celui du public, Sing Street de John Carney, un réalisateur irlandais de 45 ans qui a débuté comme bassiste dans un groupe pop. Dans le Dublin des années 80, Conor, un lycéen dont les parents sont au bord du divorce, interdit dans l’Irlande de l’époque, est obligé à contrecœur de rejoindre les bancs d’une nouvelle école dirigée par les Frères Chrétiens et réputée pour sa discipline. Pour échapper à cet univers et surtout pour gagner le cœur de la belle Raphina, un peu plus âgée que lui, dont il s’est amouraché, il décide de monter un groupe et de produire des vidéo-clips dont elle serait la vedette. Après quelques péripéties et avec l’aide de son frère, passionné de musique rock et qui regrette de ne pas avoir eu le courage de partir, et d’un camarade de classe homme orchestre, ils y arriveront. Et, au final, les deux amoureux s’embarqueront dans la barque de pêche du grand-père pour gagner les côtes d’Angleterre et rejoindre l’objet de leurs rêves, la capitale de la musique, Londres. Cette gentille comédie musicale ne brille pas par son originalité, mais les personnages sont sympathiques et l’ensemble mélange avec une certaine réussite un peu de réalisme, un peu de romance et un zeste de folie.
Beaucoup plus original, This Beautiful Fantastic, de Simon Aboud, est une comédie qui rappelle, par sa poésie et le côté un peu déjanté des personnages, L’étrange destin d’Amélie Poulain. La jeune Bella qui rêve d’écrire des livres pour enfants a la phobie des jardins et le sien est devenu une jungle. Menacée par son propriétaire, elle va trouver une aide inattendue de son vieux voisin grincheux, qui, lui, est un horticulteur hors pair. Comme dans tout conte de fée, les personnages endossent allègrement leurs bizarreries, les  jardins enivrent de leurs fleurs chatoyantes, et il y a une méchante sorcière sous la forme de la bibliothécaire. Le cinéma accompagne intelligemment la transformation des personnages en passant de plans assez rigides et confinés au début à une écriture beaucoup plus souple et colorée à la fin. Un « feel good movie », mais bien réalisé et agréable à regarder.
Sur le même thème de l’homme âgé aidant une jeune femme, mais dans une version beaucoup plus dramatique, Away, de David Blair, raconte la rencontre improbable d’un veuf aisé et d’une jeune femme dans la mouise. Lui, comme dans Amour de Haneke, a fini par tuer sa femme atteinte d’une maladie incurable et ne pense plus qu’à se suicider, elle fuit un souteneur auquel elle a volé de la drogue. Le film est un peu alourdi par la volonté de laisser le mystère de leurs deux vies se révéler peu à peu par des flash-back incessants et enchevêtrés qui rendent parfois la compréhension difficile mais les personnages sont attachants, elle par son excès de vie, lui par son mutisme bourru. Le réalisateur utilise assez habilement l’univers de Luna Park de Blackpool et distille quelques moments de bonheur dans un film globalement assez noir.
Autre forme de solidarité entre générations, la solidarité entre parents et enfants était traitée par plusieurs films. Dans You’re Ugly Too, de Mark Noonan, un oncle un peu immature et parfois violent bénéficie d’une libération conditionnelle pour s’occuper de sa nièce qui vient de perdre sa mère. L’histoire, dans la veine du cinéma réaliste, se déroule dans un camping de mobile homes pour travailleurs pauvres. Une situation difficile mais beaucoup d’humour et une évocation sensible des relations entre l’oncle et sa nièce. Moon Dogs, de Philip John, reprend le triangle amoureux de Jules et Jim ou des Valseuses. Un jeune musicien,  qui ne s’entend pas avec son père, et son beau-frère, du même âge, qui veut entrer à l’université, quittent leur île des Shetland et leurs parents pour entreprendre un périple qui doit les emmener à Glasgow. En cours de route, ils rencontrent une jeune serveuse dégourdie et le trio, après quelques aventures, ralliera Glasgow à temps pour participer à un concours de musique et remporter un prix. Mais à Glasgow, des déceptions sentimentales les attendent et ils reviendront se jeter aux cous de leur père et mère respectifs. Enfin, dans Adult Life Skills, de Rachel Tunnard, une jeune femme de presque 30 ans, traumatisée par la mort de son frère jumeau, refuse de grandir et vit dans une cabane au fond du jardin de sa mère. Elle enchaîne des petits boulots et passe le plus clair de son temps à faire des vidéos mettant en scène des petits personnages qu’elle joue avec ses pouces. Il lui faudra quelques déconvenues et surtout un événement dramatique qui l’amène à s’occuper d’un enfant dont la mère est très malade pour qu’elle accepte son état d’adulte et considère que le gentil garçon qui lui tourne autour depuis longtemps pourrait faire un agréable compagnon. Une analyse assez fine et non dénuée d’humour de cette sorte de Tanguy mal sans sa peau.
Enfin, dernière forme de solidarité, la solidarité entre jeunes. Chubby Funny, de Harry Mitchell, met en scène un jeune homme qui débarque à Londres et cherche à percer dans le milieu du spectacle. Complètement égocentrique, Oscar croit être un génie et pense que ses échecs successifs ne sont jamais de sa faute. Il vit aux crochets de son ami colocataire et finit par lasser ce dernier et tous ses amis par ses incessantes jérémiades. Le spectateur admire d’ailleurs leur patience devant cet enquiquineur, éternel victime. C’est assez féroce comme analyse mais  souvent très drôle et le film est une bonne peinture de ce Londres des artistes fauchés. Love is Thicker Than Water, de Ate de Jong et Emily Harris, nous plonge aussi dans le Londres des jeunes artistes. Vida est violoncelliste et issue d’une famille bourgeoise londonienne, Arthur est fils d’ouvrier gallois et livreur à vélo en espérant devenir photographe. Tout les sépare et pourtant ils sont amoureux fous et ils vivent dans le bel appartement que ses parents ont offert à Vida. La rencontre des deux familles sera évidemment difficile, des décès les rapprocheront puis les éloigneront. Mais le plus intéressant du film est l’attitude du jeune homme devant cette différence de situation : tantôt il est très heureux du confort que leur apporte l’argent de Vida, tantôt il rejette violemment une situation qui lui semble être de sa part un reniement de sa famille ouvrière, ces changements d’humeur ayant bien sûr un impact sur leur relation amoureuse. Cette hésitation entre acceptation facile et rejet orgueilleux est bien analysée par cette comédie qui n’évite pas complètement certains clichés mais qui est souvent très drôle.
Que conclure de tout cela ? Que la vie n’est pas forcément facile pour les jeunes Britanniques d’aujourd’hui (on pourrait sans doute en dire autant des jeunes Français) mais qu’ils trouvent presque toujours quelqu’un pour les aider ? Conclusion pessimiste sur l’état de la société ou optimiste sur la solidarité et la fraternité entre les individus ? A chacun de juger.

Jacques Champeaux

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