logo

Pro-Fil

"Protestant et Filmophile"


Décalogue Huit

Tu ne mentiras pas

La première séquence est en noir et blanc : Une main d’homme tient une main d'enfant. Ils cheminent dans une rue pauvre puis passent sous un porche.

La couleur de la séquence suivante provoque presque un choc : les fleurs et les feuillages luxuriants d'un parc où Zofia, la soixantaine passée sans dommages, fait son jogging. Professeur de philosophie à l'Université, elle anime un séminaire, l'Enfer éthique, en faisant commenter aux participants des histoires vraies que ceux qui le souhaitent mettent sur le tapis. Ce jour-là, Elzbieta, une jeune américaine déjà rencontrée par Zofia dans des colloques internationaux, vient assister à la séance et raconte sa propre histoire. En 1943 une organisation clandestine avait trouvé pour Elzbieta, petite fille juive orpheline de six ans, un abri dans la famille d'un tailleur. Zofia (dont elle tait le nom), un maillon de la chaîne, avait alors refusé sa collaboration sous le prétexte que, catholique pratiquante, elle ne pouvait accepter de mentir sur l'authenticité du certificat de baptême.

L'enseignante invite alors Elzbieta à dîner et la conduit (en Trabant au bruit caractéristique) dans les lieux qui la concernaient, lui faisant progressivement comprendre que le mensonge résidait dans les motifs invoqués pour son refus et que, toute sa vie, elle s'était reproché d'avoir choisi la sécurité de son réseau en abandonnant l'enfant à son sort.

Il est intéressant de constater que Kieslowski a soigneusement glissé des clins d’œil entre chacun des films du Décalogue. Un vieux collectionneur, rencontré par Zofia devant son immeuble, lui confie sa joie d'avoir acquis la série de timbres dont il sera question dans le Décalogue Dix. On reconnaît aussi, dans un problème soulevé par une étudiante, le récit du Décalogue Deux.

Quelques scènes sont particulièrement réussies. Pendant leur visite à l'ancien immeuble où Elzbieta avait renconté Zofia pour la première fois, la jeune femme se cache ; Zofia s'affole et, de retour à la voiture, lui en fait le reproche. Faut-il y voir une allusion à la période où la culpabilité destabilisait la philosophe et au soulagement retrouvé à sa rencontre ? Au cours de son jogging du lendemain, Zofia s'intéresse à un contorsionniste qui s'exerce : « Trop tard, vous n'apprendrez plus » lui répond le jeune homme quand elle le questionne sur ses méthodes ; ceci pour rappeller que personne ne peut revenir en arrière pour corriger ses erreurs. Lorsque Elzbieta vient visiter le tailleur qui aurait dû l'héberger quarante ans auparavant, celui-ci ne peut plus parler de la guerre et, sourd à ses questions, il n'utilise que des expressions d'artisan à une cliente. Le trait est tiré sur un passé trop douloureux.

Le mensonge a empoisonné les vies des deux femmes. Mais il ne sagissait pas du même mensonge.

Nicole Vercueil

Fiche technique:

Image : Andrei J. Jaroszewicz
avec : Maria Koscialkowska (Zofia), Teresa Marczewska (Elzbieta)

Retour à l'article principal
Tous les articles pour ce thème

Mentions légales

Vie privée

Siège social, 40 rue de Las Sorbes, 34070 Montpellier - -

Secrétariat national, 390 rue de Font Couverte Bât. 1, 34070 Montpellier - 04 67 41 26 55 - secretariat@pro-fil-online.fr