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Anne Fontaine née en 1959 à Luxembourg, est une réalisatrice, scénariste, dialoguiste et actrice franco-luxembourgeoise. Danseuse de formation, elle débute au cinéma comme actrice dans les années 1980. Elle apparaît dans des comédies en 1981 et 1985, notamment P.R.O.F.S. Elle passe ensuite à la mise en scène en 1986 en collaborant avec Fabrice Luchini à l’adaptation d’une pièce, Voyage au bout de la nuit. Elle réalise 16 films au total. Dans les principaux on peut citer son premier long-métrage Les histoires d’amour finissent mal… en général (1992), puis un moyen-métrage, Augustin (1994), où elle met en scène son frère cadet Jean-Chrétien Sibertin-Blanc dans le personnage atypique d’Augustin Dos Santos, qu’elle retrouvera dans les longs-métrages Augustin, roi du kung-fu (1999) et Nouvelle chance (2006). Elle réalise également un thriller Nettoyage à sec (1997). En 2001, elle tourne Comment j’ai tué mon père. Elle écrit et réalise le drame psychologique Nathalie… (2003), ainsi que Entre ses mains (2005). Fin 2010, elle tourne Mon pire cauchemar. En 2015, son film Les Innocentes est particulièrement remarqué.


MARVIN

ou la belle éducation

Martin Clément, né Marvin Bijou, fuit son village et sa famille intolérante et bornée. Il fuit le regard de la société qui lui révèle ce qu’il ne sait sans doute pas encore lui-même, son homosexualité. Malgré son désespoir il arrive à se faire des alliés, notamment la proviseur de son lycée qui l’incite à faire du théâtre. Ce sera son salut.

Ce film a suscité une polémique à sa sortie. Anne Fontaine s’est inspirée d’un roman d’Édouard Louis En finir avec Eddy Bellegueule. Mais avec son co-scénariste Pierre Trividic bien connu, elle s’est sensiblement éloignée du roman qu’elle a en quelque sorte prolongé, au point qu’Édouard Louis n’a pas voulu figurer au générique. Disons que c’est une libre adaptation. Peut-on lui reprocher d’avoir exercé sa liberté d’artiste ?

Ce film parle « d’un mauvais départ ». Marvin Bijou est élevé dans une famille rurale d’un petit village des Vosges, milieu extrêmement défavorisé, avec un père qui hurle, éructe, qui n’a d’horizon que les bouteilles de bière qu’il va acheter au super marché du coin, et une mère indifférente et résignée. Ces gens ne sont pas méchants mais ils semblent incapables d’amour et d’attention. A tel point qu’au début du film j’ai pensé qu’il était dans une famille d’accueil. Le problème de Marvin est qu’il est un être délicat, visiblement peu attiré par la violence ou la virilité, ce qui dans ce milieu où l’on parle avec mépris des pédés, le met particulièrement en porte à faux. D’ailleurs son frère ainé, très violent, veut s’en prendre à lui physiquement en le traitant de tapette. Son drame est qu’il est, en plus, victime à l’école de harcèlement de la part d’une bande de grands qui le traitent de « petit pédé », lui maquillent les lèvres de force et l’obligent à les caresser avant de lui cracher dessus. Scènes d’une grande violence. Marvin va vivre ce drame sans trouver, dans un premier temps, auprès de personne le réconfort nécessaire.

Ce sera grâce à l’art que Marvin va finalement sortir et de sa condition et accepter ce qu’il est. Les cours de théâtre qu’il suit, avec l’aide de la proviseur du lycée qui le prend sous son aile, seront sa lumière. Progressivement, au contact des rencontres qu’il fera dans ce milieu cet écorché de la vie va s’accepter totalement et devenir ce qu’il est. Sa véritable renaissance se fera lorsque Abel, le professeur de théâtre, raconte son enfance qui est le calque de la sienne. Malvin, bouleversé, trouve la force de lui dire avant d’éclater en sanglots « je suis comme vous ». Elle se fera aussi par l’écriture théâtrale lorsque Malvin écrit et joue sa propre histoire

Anne Fontaine nous donne un film bouleversant, sensible et intelligent, une ode à la différence assumée et à la résilience, telle que l’a définie le psychiatre Boris Cyrulnik. Le propos n’est ni lourd ni appuyé, mais d’une grande sobriété, comme l’est le jeu du remarquable Finnegan Oldfield qui commence une très belle carrière.

Certes la structure du film est complexe et pourrait désarçonner. Pourtant c’est ce qui fait sa force. Très habilement la réalisatrice travaille sur deux niveaux : le présent de Marvin mêlé de séquences sur son passé lointain de l’enfance qui remonte constamment à son esprit, et sur son passé récent lors de son arrivée à Paris. Ce montage complexe lui permet de rester au plus près de son personnage en nous montrant ses états d’âme successifs qui passent par la douleur de l’humiliation, l’incompréhension, la culpabilité, la volonté de s’affirmer et d’avancer dans la vie en devenant lui-même. Il faut noter également les cadrages des visages, les gros plans sur les corps et des dialogues précis et intelligents qui renforcent le propos.

Marie-Jeanne Campana

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