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Pro-Fil

"Protestant et Filmophile"


Swagger

Les aspirations, les rêves, les fantasmes de onze collégiens de banlieue.

Swagger est un documentaire qui nous parle de manière très originale d’adolescents entre 10 et 16 ans de la banlieue, du 9-3, élèves du collège Claude Debussy d’Aulnay-sous-Bois, que le réalisateur a suivis et filmés pendant trois ans. Le regard d’Olivier Babinet est dépourvu de tout cliché, de tout préjugé mais plein de sensibilité, de respect et de tendresse pour ces jeunes qui se disent français mais qui constatent que les 'vrais' Français ont déserté leur quartier. Aucun d’eux n’est Français 'de souche'. « Je sais pas ce que c’est, moi, souche » dit Naïla, petite fille au regard si profond, qui veut construire des maisons plus tard parce que ceux qui ont construit les tours dans lesquelles ils vivent n’ont pas compris leurs besoins. Ils ne manquent ni d’aisance ni d’assurance ni d’ambition ni d’intelligence. Leur sincérité, leur naïveté sont touchantes et le réalisateur laisse parler leurs rêves en émaillant son documentaire de scènes de sciences fiction – des escadrons de drones futuristes qui envahissent les tours – d’un défilé de mode où Régis qui veut être styliste, avec son éternel nœud papillon, est acclamé comme une star, ou de ce long plan séquence où Paul, toujours en costume, amoureux de musique, danse dans la rue avec un parapluie rouge, à la manière des Parapluies de Cherbourg. Ces jeunes s’expriment avec beaucoup de verve, de courage et souvent d’émotion contenue quand ils nous parlent d’eux-mêmes, de leurs rêves, de leurs fanfaronnades, parfois de leurs douleurs. Swagger vient d’une citation du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, donnée en fin de film, « What hempen homespuns have we swaggering here So near the cradle of the fairy queen », (Quels sont ces rustiques personnages qui font ici les fanfarons Si près du lit de la reine des fées). Ce n’est donc pas une vision misérabiliste ni de victimes qui nous est présentée. Mais l’image d’adolescents vantards comme tous les adolescents du monde qui ont trop de désirs inassouvis, joyeux, drôles et pleins de fantaisie ; qui parlent d’amour, d’avenir, de guerre, de racisme avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité, de leur passé, souvent douloureux, avec infiniment de pudeur. Le tout avec beaucoup d’aisance, oubliant visiblement la caméra car le réalisateur a passé beaucoup de temps à leur expliquer comment on fait du cinéma. Un cinéma original, qui enchante l’avenir tout en nous montrant les failles de la politique d’intégration à la française par les questionnements et les incertitudes de ces jeunes qui ne manquent pourtant pas de courage.

Marie-Jeanne Campana

Swagger, France 2016, 124 minutes

Auteur : Olivier Babinet, réalisateur et scénariste françai, connu d'abord parla série télé Le Bidule (1999). Après le court métrage C’est plutôt genre Johnny Walker (2008, nombreux prix), son premier long Robert Mitchum est mort est projeté à Cannes en 2010 dans la sélection ACID et remporte le Grand prix du festival Premiers plans d'Angers. En parallèle, Olivier Babinet travaille avec des collégiens d’Aulnay-sous-Bois, dans un quartier où 50 % des familles vivent en dessous du seuil de pauvreté (réalisation par ces adolescents de 8 courts-métrages et d’un clip par le réalisateur). C’est sur eux qu’il réalise le documentaire Swagger (ACID à Cannes 2016).

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