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"Protestant et Filmophile"


The Lost City of Z

Auteur : James Gray est un réalisateur, scénariste et producteur américain né à New York en 1969. Sa famille, d’origine juive russe a émigré aux Etats-Unis en 1920. Très tôt il s’intéresse au cinéma et aux grands réalisateurs américains et français ; Il lit aussi énormément, en particulier la littérature russe. Il étudie à l'école de cinéma de l'Université de Californie du Sud. Il réalise son premier long métrage en 1994, à 25 ans, Little Odessa, quartier de New York où il a habité dans sa jeunesse. Son film remporte le Lion d’argent à La Mostra de Venise. En 2000, son deuxième long métrage, The Yards, qui est un échec commercial. Il doit attendre 2007 pour réaliser son troisième long métrage, La nuit nous appartient, dont le succès lui permet de réaliser en 2008 Two Lovers,  puis en 2013 The Immigrant. Ses quatre derniers films ont été sélectionnés à Cannes.

Résumé : James Gray est parti du récit de David Grann qui relate l’histoire vraie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateurs du début du XXe siècle. Percy est un colonel de l’armée britannique. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d'Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie qui se disputaient la production de caoutchouc. Il part sans enthousiasme mais sur place l’homme se prend de passion pour l’exploration et découvre des traces de ce qu’il pense être une cité perdue très ancienne qu’il appelle Z. De retour en Angleterre, Fawcett n’a de cesse de penser à cette mystérieuse civilisation et de vouloir repartir, tiraillé entre son amour pour sa famille et sa soif d’exploration et de gloire…

Analyse : C’est un film somptueux que nous offre James Gray, loin de son champ habituel d’investigation, la ville de New York, différent aussi du genre de ses œuvres précédentes mais qui reprend la gamme de ses thèmes de prédilection. On serait tentés de qualifier ce nouveau long métrage de film d’aventure. S’en serait une vision réductrice car il est riche en sujets abordés. Certes, les aventures de cet explorateur dominent et ses expéditions en Amazonie occupent une bonne partie d’un film comme Hollywood n’en fait plus. Avec l’aide de son excellent chef opérateur, le franco-iranien Darius Khondji, ils ont, avec audace, travaillé en 35 mm, et nous donnent de la jungle et des fleuves des images et une lumière d’une grande beauté, d’une densité telle qu’elle existait avant le numérique. La navigation sur les fleuves n’est pas sans rappeler Aguirre ou la colère des Dieux, de Werner Herzog. Et qui a connu les longues heures de descente de fleuves sur des pirogues, en Guyane ou au Brésil, est replongé dans cette langueur de la nature et du rythme, cette chaleur écrasante, ce silence surprenant, ces incessantes piqures d’insectes, cet ennui fascinant. Le réalisateur a su nous rendre très présent ce monde à la fois hostile et attirant, fait d’une végétation étouffante, où tout menace, les serpents, les piranhas, les flèches des indiens qui rodent, la folie, la mort. On ressent physiquement la moiteur, l’odeur et la vénéneuse angoisse que suintent ces lieux somptueux. L’arrivée dans une clairière où se joue un opéra dans un théâtre de brousse est un net clin d’œil à Fitzcaraldo du même Herzog. On pense aussi parfois à Apocalypse now de Coppola ; références qui n’empêchent pas la vision toute personnelle de James Gray de s’exprimer.

Mais ce film n’est pas qu’un film d’aventure. Le réalisateur y aborde des thèmes qui lui sont chers et qui irriguent toute sa filmographie. La complexité de la relation filiale y est très présente, lui-même ayant été orphelin de mère à 19 ans. La quête inextinguible d’aventure de Percy Fawcell se fait au détriment de sa famille qu’il aime mais qu’il délaisse pourtant, le cœur déchiré, pour assouvir sa passion ; ce que ne manque pas de lui rappeler son fils ainé dans une scène d’une grande densité dramatique. Mais la fin du film amène un apaisement dans un fils retrouvé qui va vouloir partager la passion de son père, ce qui donne lieu à des scènes émouvantes d’une grande tendresse retenue. Les fils subissent l’héritage des pères.

Il aborde ensuite le thème du désir, celui qui ronge les hommes jusqu’à la déraison. L’explorateur écrit à sa femme : « Rêver. Chercher l’inconnu. Voir, car la beauté se suffit à elle-même. Il faut vouloir saisir plus qu’on ne peut atteindre. » Cette quête est symbolisée par les premières scènes du film qui figurent une belle chasse à courre où Percy est totalement focalisé sur le but qu’on lui a demandé d’atteindre et qui nous donne la mesure du personnage. Mais ce désir est ambigu chez Percy. Certes, il s’agit de se surpasser, d’aller au bout de soi-même mais c’est pour lui également une quête de pouvoir et de gloire ; pour effacer auprès de cette société britannique corsetée, pleine d’arrogance, de conscience de classe et de préjugés sur la race et le genre, la tâche originelle, celle d’un père buveur et joueur. Un des personnages de cette société n’a-t-il pas dit de Percy qu’il a été « plutôt mal avisé quant au choix de ses ancêtres »…

C’est un autre thème abordé par le film. Celui de cette société bornée, injuste, consciente de sa supériorité de classe et de race, pensant qu’elle seule est la civilisation, face à ces sauvages sans âme. Et les images brutales du premier conflit mondial auquel Percy doit participer, montrent les atrocités et la sauvagerie de ceux qui prétendent apporter leur civilisation au monde. Percy, en homme en avance sur son temps, malgré les rires et les quolibets de la bonne société des scientifiques d’alors, défend ces sauvages car ils ont une grande civilisation dont il demande à pouvoir prouver l’existence en retrouvant cette cité perdue dont il a rapporté quelques vestiges. Propos qui ont un retentissement actuel, à l’heure de Trump.

Enfin, autre thème récurrent de la filmographie de Gray, la place des femmes. La femme de Percy est un personnage admirable, intellectuelle avide d’indépendance et de liberté, ce qui n’est pas très « de son temps », qui tente de comprendre son mari sans entraver sa passion. Elle souhaite même le suivre dans une des ses expéditions (si le film en montre trois, Percy Fawcett en a accompli huit en réalité). Mais elle est brimée par lui et par la société.

C’est donc un film riche, très talentueux, qui mêle récit intimiste et d’aventure, dont on gardera longtemps les images en tête.

Marie-Jeanne Campana

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