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Les critères du jury œcuménique, vus de l’extérieur

A propos de la sélection à l’attention du jury œcuménique de Zlin 2013

par Waltraud Verlaguet

Au cours du festival, huit films étaient sur notre programme. Huit sur des centaines de l’ensemble du festival. Ils étaient choisis parmi trois des sections :

  • La compétition internationale des fictions pour enfants
  • La compétition internationale des fictions pour jeunes
  • Panorama

(Pas de films par contre des sections premiers films européens (suite à une erreur – un film de la sélection jeunesse non reçu à temps a été remplacé par un autre de la sélection  « premiers films européens », et il se trouve que c’est celui-là que nous avons primé…), films d’animation pour enfants, films d’étudiants, journées du film danois, horizons de nuit, jeunes talents, Mille et une nuits, nouveaux films et téléfilms tchèques, films documentaires, Hommage à Rock Demers et Marcela Pittermanova, Ensemble sur la route, reconnaissance pour une mise en scène créative pour enfants et jeunes.)

A Berlin, un processus similaire fait proposer au jury œcuménique des films des sections Panorama et Forum, puisqu’il est impossible de faire le tour de ces sections tout en devant voir l’ensemble de la sélection officielle. Mais il s’agit alors d’une proposition non contraignante et explicitée avant le début du festival par le directeur artistique.

A Zlin, nous avons pu voir d’autres films à côté, mais nous avons dû donner notre prix à un film parmi ceux choisis pour nous. Du coup se posait la question, sur quels critères ce choix avait été opéré.

J’ai alors demandé un rendez-vous à la directrice artistique du festival, Markéta Pasmova, pour en apprendre davantage. Elle m’a reçue très chaleureusement et nous avons bavardé une bonne demie heure. Elle m’a dit que, comme il était impossible de voir toutes les sections, elle nous a choisi quelques films de trois sections différentes pour élargir l’éventail et qu’elle a fait son choix de façon intuitive, retenant des films qui, pour elle, ont une touche spirituelle.

C’est cette affirmation qui nous permet de nous interroger sur ce qui est perçu comme spirituel par des personnes compétentes en matière de cinéma mais non engagées dans nos instances œcuméniques.

Les films

Prenons donc l’un après l’autre les films de notre sélection. Pour chacun je reproduirai les informations du catalogue, puis je tâcherai d’indiquer les valeurs principales mises en évidence dans le film. Je laisserai de côté toute considération artistique.

I. Les films de la sélection

Compétition internationale des fictions pour enfants

  • I give you my word

D’ Alexandr Karpilovskij, Russie 2012, 99 min.
Synopsis: L’histoire se situe dans les années 1970 dans une petite ville russe. Deux écoliers, Deema et Meesha, trouvent une chienne abandonnée du nom de Sava. Sava a sauvé la vie d’un des garçons et ils décident alors de la garder. Leurs parents sont contre et après une série d’événements malheureux, Sava se retrouve dans un refuge. Les enfants doivent la racheter, mais avant d’avoir réuni la somme nécessaire, un trafiquant de fourrures a pris Sava. Pour sauver la chienne adorée les garçons s’engagent alors dans une aventure qui met à l’épreuve leur amitié.

Valeurs :
L’amitié et la fidélité sont au centre du propos. Mais fidélité à quoi ? Le titre le dit, il s’agit de celle à la parole donnée. En l’occurrence, elle est parfaitement justifiée. Les garçons ne sauraient abandonner celle qui les a sauvés. Mais les enfants de cet âge sont aussi censés obéir aux parents. Les adultes ici n’ont pas le beau rôle, ils ne comprennent rien – ce qui correspond au sentiment de tous les enfants de cet âge.  Pour aller plus loin il faudrait poser la question dans quelle mesure et dans quelle situation la désobéissance s’impose. Autre question non envisagée : celle de la possible manipulation de la parole donnée. Ces questions dépassent sans doute l’horizon d’un film pour enfants mais pourraient faire l’objet d’un travail à partir d’un visionnage avec un groupe d’enfants.

  • Pee Wee : The Winter That Changed My Life

D’ Éric Tessier, Canada 2012, 122 min.
Synopsis:  Après la mort tragique de sa mère, Janeau Trudel, un garçon de 12 ans, prodigieux joueur d’hockey sur glace, déménage avec son père vers la charmante ville de Mont Saint-Hilaire. Là il devient ami avec Julie, la gardienne de but de sa nouvelle équipe, une fille talentueuse et très déterminée, dont le seul désir est de participer au plus grand tournoi dans sa tranche d’âge : le tournoi Pee Wee de la ville de Montréal. Malheureusement, quelques uns de ses co-équipiers n’approuvent pas l’arrivée de Janeau dans l’équipe, en particulier Joey, le capitaine, manipulé par l’ambition maladive de son père. Est-ce que l’entraîneur, un nounours au cœur d’or, va réussir de mener l’équipe à la victoire contre la redoutable équipe russe malgré les disputes et les jalousies qu’il doit canaliser dans les vestiaires ?

Valeurs :
Comment trouver sa place dans la vie, surtout après une blessure majeure ? Telle est la question centrale ici. Le valeureux et très talentueux héros doit affronter la mesquinerie fanfaronne de son adversaire, lui-même victime de l’ambition de son père. La camaraderie et l’allégeance à l’esprit d’équipe finissent par déjouer toutes les manigances de l’hypocrisie. Le sport comme vecteur de ces valeurs est omniprésent.


  • Eskil and Trinidad

De Stephan Apelgren, Suède 2013, 98 min.
Synopsis: Le père d’Eskil répare des stations électriques, ce qui signifie qu’il est souvent en déplacement et qu’il doit déménager souvent. Dès que le garçon se fait des amis quelque part, il doit repartir. C’est difficile de vivre sans sa mère qui les a quittés, refusant de vivre cette vie nomade à travers la froideur du Nord. Heureusement, il y a partout des équipes de hockey sur glace et Eskil peut jouer, au grand plaisir de son père, un ancien joueur professionnel. Mais Eskil n’est pas un champion des buts et il pense que ça ne vaut pas le coup de souffrir de multiples blessures dues au hockey. Il s’intéresse davantage aux voyages en mer et il est particulièrement intrigué par le bateau que Trinidad est en train de construire hors du village.

Valeurs :
Ici aussi, le sport est omniprésent, et ici aussi, un garçon est supposé combler une ambition paternelle. Ici aussi, la mère est absente. Mais la problématique est tamisée : la mère n’est pas morte, mais partie, donc on peut la rejoindre. L’ambition du père est présente, mais non maladive : elle ne pousse pas le garçon à des comportements contraires à l’esprit sportif. Mais surtout, un élément extérieur vient ouvrir une brèche : c’est Trinidad et son rêve d’évasion du vase clos, rêve aussitôt partagé par le jeune héros. N’est-ce pas là aussi un des sentiments les mieux partagés par nombre d’enfants vivant dans une monde feutré et protégé ? En tout cas, Trinidad réussit à réaliser son rêve envers et malgré tout, et la force de cette résistance aux pressions extérieures, en fidélité à son désir, est la leçon mise en scène dans ce film.

Compétition internationale des fictions pour jeunes

  1. The lesser blessed

D’Anita Doron, Canada 2012, 86 min.
Synopsis:  Larry est un Indien Tlicho qui grandit à Fort Simmer, une petite ville du Nord. Il a seize ans, aime la musique heavy metal, le Nord et Juliet Hope, la star du lycée. Quand arrive Johnny Beck, un métisse de Hay River, Larry est prêt à presque tout. Maigre comme un spaghetti, sur les nerfs et en constante autodépréciation, Larry est un mélange attractif entre bravade et vulnérabilité. Son passé est rempli de terreurs : un père violent et un accident dans lequel il a failli périr. Mais à travers l’amitié avec Johhny et son désir pour Juliet, il est prêt maintenant à affronter ses souvenirs – et son avenir.

Valeurs :
Dans les films pour adolescents, les valeurs de l’amitié et de l’amour naissant sont prépondérantes. Elles permettent de surmonter les inhibitions et frustrations propres à l’âge, même si ici elles sont motivées par une histoire particulière. Remarquons que ce film est particulièrement violent, une violence motivée par le passé douloureux du jeune.

  1. Now is good

D’Ol Parker, GB 2012, 99 min.
Synopsis:  Tessa a dix-sept ans et se passionne pour la vie. En phase terminale d’une leucémie, elle est déterminée à vivre pleinement chaque instant qui lui reste. Elle dresse un catalogue de ce qu’une adolescente normale devrait vivre, ce qui inclut la perte de sa virginité et la prise de drogues. Avec l’aide de son amie Zoey, elle met en pratique sa liste. Et pendant que ses parents et son frère  gèrent chacun à sa façon sa peur de la perdre, Tessa explore un nouveau monde, déterminé à vivre chaque journée aussi intensément que possible. Elle tombe amoureuse d’Adam, son nouveau voisin, ce qui n’était pas sur sa liste, mais se révèle comme la plus exaltante de toutes ses expériences.

Valeurs :
Un magnifique hymne à la vie. En regardant la mort en face, qu’est-ce qu’il vaut la peine d’être vécu ? Qu’est-ce qui est important au fond dans la vie ? Ces questions sont traitées ici avec beaucoup de poésie, malgré la gravité du sujet. La lucidité, le courage et la détermination d’aller jusqu’au bout de ses rêves sont les vertus primordiales de la jeune héroïne, doublées d’une beauté et d’un charme qui lui valent l’amour du prince charmant  dont rêve toute jeune fille.

  1. Weil ich schöner bin (Cause I have the Looks)

De Frieder Schlaich, Allemagne 2012, 81 min.
Synopsis:  Charo, treize ans, semble être une adolescente typique de Berlin. Elève entourée de bons amis, secrètement amoureuse du plus beau garçon de l’école, elle a pourtant un secret : même Laura, sa meilleur amie, ne sait pas qu’elle vit depuis des années en Allemagne comme clandestine. Quand sa mère est prise par la police qui veut la ramener en Colombie, Charo  doit avouer son secret à Laura, seul moyen de se battre pour un avenir en Allemagne.

Valeurs :
A travers Charo et son destin malheureusement de plus en plus fréquent dans nos pays, le réalisateur livre une réflexion sur l’identité en situation d’exil. La jeune fille, est-elle allemande ou colombienne ? Ici les liens culturels l’emportent sur ceux de la biologie, mais c’est aussi parce son attachement à son pays « d’accueil » correspond  non seulement à son propre rêve mais aussi à celui de sa mère. Question subsidiaire dans ce film : à qui faire confiance quand on a besoin d’aide ?

On aurait dû voir (comme ma réflexion porte plus sur la sélection préalable que sur nos critères à nous, il est important de l’inclure) :

  1. Touch of Light

De CHANG Jung-Chi, Taiwan, Hong Kong, Chine, 2012, 110 min.
Synopsis:  Il s’agit d’une histoire d’inspiratoin, de découverte et d’amour. Yu Siang, aveugle de naissance, issu d’une famille rurale de Taiwan, est un enfant curieux et précoce. Toucher et ouïe sont son seul univers. Avec l’amour de sa mère et le soutien de sa famille, il grandit sans barrières - jusqu’à ce qu’il dovet affronter la réalité quand il quitte sa ville natale pour aller étudier en ville au même niveau que les étudiants doués de vue. Il croise le chemin de Jie, une vendeuse de boissons fraîche, magnifique mais frustrée qui rêve de devenir danseuse, mais qui doit lutter contre les dures réalités de sa vie qui la rendent sans défense. Mais, quand elle voit la détermination courageuse de Yu Siang et qu’elle comprend son optimisme et sa paix intérieure, elle est inspirée et déterminée à réaliser son rêve.

Valeurs :
Même s’il n’est pas évident de s’exprimer sur un film qu’on n’a pas vu, on peut comprendre à partir du synopsis que dominent ici la détermination d’aller jusqu’au bout de son rêve, envers et malgré tout, et de l’amour et de l’amitié comme puissants soutiens dans cette démarche.

Panorama

  1. Believe

De  David Scheinmann, GB 2012, 94 min.
Synopsis:  En 1984 à Manchester, un garçon de onze ans, extraordinairement doué pour le football, s’attire souvent des ennuis en commettant de petits larcins. Quand Sir Matt Busby (inspiré de la vie du légendaire entraîneur de Manchester United)  le traque après que Georgie ait tenté de voler son portefeuille, il découvre son talent et quitte sa retraite pour l’entraîner ainsi que son équipe d’amis qui se préparent pour participer à la coupe de Manchester Junior. Quand le grand match approche, Georgie doit faire des choix entre les priorités scolaires et son amour du football ; il apprend à être fidèle à lui-même sans décevoir sa famille ni ses amis.

Valeurs :
Comme dans Pee Wee, le jeune héros est un surdoué dans un sport, ici le football. Mais il ne doit pas se battre contre un adversaire retors, mais contre lui-même. Prêt à toutes les bêtises, il doit composer avec l’amour de et pour sa mère qui voudrait qu’il soit un enfant modèle dans une école respectable. La complicité du vieil entraîneur va lui apprendre à mettre de l’ordre dans sa vie intérieure et à concilier des désirs opposés.

II. Les films que nous avons vus, mais qui n’étaient pas dans notre sélection

Panorama

  1. Nono, the Zig Zag kid (Soirée d’ouverture)

De Vincent Bal, Pays Bas 2012, 95 min.
Synopsis: Nono va avoir treize ans. Conformément à la tradition juive, il fêtera bientôt sa Bar Mitsvah. Son père, le meilleur policier de toute la police néerlandaise, montre à son jeune fils fervent tout ce qu’il faut connaître de son métier. Il répond à toutes les questions – sauf à celles sur sa mère. Elle est morte quand Nono était encore petit et il ne possède d’elle qu’une photo sans visage. Sa famille dit qu’il a beaucoup hérité d’elle, surtout quand il n’est pas sage. Son espièglerie amène son père à l’envoyer chez son oncle Simoel pour apprendre à bien se comporter. Mais en route il est détourné de son but par un homme mystérieux qui l’amène pour un voyage vers le passé.

Valeurs :
La quête des racines, le droit de l’enfant de connaître ses origines, sont ici traités sur le mode d’une enquête policière pleine d’humour et de charme.

Premiers films européens

  1. Schuld sind immer die anderen (Shifting the blame) (Film vu en remplacement de Touch of Light)

De Lars-Gunnar Lotz, Allemagne 2012, 93 min.,
Synopsis:  Un jeune délinquant très violent et sa victime se retrouvent face à face dans cette étude bien ficelée autour des notions de faute et de rédemption. Le problème c’est que Eva, qui gère avec son mari un centre expérimental de réhabilitation pour jeunes délinquants, ne se rend pas compte tout de suite que Ben Graf, un de ses jeunes du centre, est celui qui l’a agressée sauvagement autrefois, lui conférant des blessures psychologiques qui risquent de ne jamais guérir. Effrayé à l’idée d’être reconnu par sa victime, Ben doit affronter les démons qui alimentent son agressivité et éprouver probablement pour la première fois dans sa vie profondément troublée des sentiments de culpabilité et de remord.

Valeurs :
Admettre sa faute pour être délivré de l’agressivité qui l’a causée, voilà un thème éminemment chrétien. Le passage obligé par l’aveu  pour accéder au pardon, et le pardon comme passage obligé vers la paix intérieure, aussi bien de l’agresseur que de la victime  sont mis en scène avec une force peu commune. La parole vraie comme source d’une solution possible n’est nullement bradée, mais chèrement conquise au risque de faire éclater les personnages. Mais c’est la seule voie.

III. Conclusions
Dans les films choisis pour nous, ce qui me semble revenir le plus souvent, c’est la valorisation de la détermination d’aller jusqu’au bout de ses rêves. Surmonter les blessures du passé, se faire une place dans le monde, acquérir de la confiance en soi, le tout à l’aide d’une amitié dont la valeur s’éprouve dans la difficulté, tels sont les défis à relever pour nos jeunes héros. Les adultes sont tantôt des obstacles, ils ne comprennent rien ou ont des attentes déplacées, tantôt ils agissent en catalyseurs, selon la notion de résilience de Boris Cyrulnik. Chez les enfants, l’apprentissage de la bonne conduite passe souvent pas le sport et l’amitié, chez les adolescents plus volontiers par l’apprentissage de l’amour.
Mais dans presque tous les cas, il s’agit d’une foi en soi qu’il convient de cultiver. Un des films le dit dans son titre : « Believe ». L’entraîneur explique aux enfants, et surtout à Georgie, qu’il faut « croire » : croire que ce qu’on désire est possible, et cela se réalisera.
C’est donc la réalisation de soi qui apparaît comme la valeur majeure des films de notre sélection. Qu’ils aient été choisis selon ce qui apparaît comme spirituel, nous permet la conclusion que l’affirmation et la réalisation de soi sont les valeurs spirituelles dominantes du monde actuel. L’échantillon est trop petit et il convient de vérifier cette assertion à partir d’autres panels. Mais l’assimilation de la foi en soi à la Foi tout court donne en tout cas à réfléchir (voir aussi Matrix !).
Remarquons aussi que le film que nous avons primé parce qu’il correspond à une des valeurs fondamentales du christianisme, n’avait pas été inclus dans notre sélection. (Je précise que j’avais demandé à Markéta Pasmova si nous pouvions lui décerner le prix malgré tout, elle a répondu par la positive.) Est-ce à dire que le pardon n’est plus reconnu comme valeur chrétienne ? Ou peut-être le film paraissait trop violent pour un jury œcuménique. Ou, encore plus simplement, comme on ne peut pas voir tous les films, celui-ci était passé à la trappe.
Peut-être un travail similaire sur les films de la présélection qui est faite pour le jury œcuménique à Berlin dans les sections Forum et Panorama permettrait de vérifier ou infirmer mes réflexions.

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