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PROtestants et FILmophiles

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Le rire pour convaincre !

Méditation à l'occasion du séminaire Pro-Fil octobre 2023

(Introduction musicale: Mahalia Jackson : « down by the riverside »)

Ce Negro spiritual exprime le thème du psaume 137 : les hébreux déportés à Babylone expriment leur peine : « comment pourrions-nous chanter des chants joyeux en plein esclavage si loin de notre pays ? comment rire dans de tels moments de souffrance ? ». C’est bien la question que l’on peut se poser en ce séminaire : le rire est-il pertinent pour convaincre ?

La devise des empereurs romains était :« du pain et des jeux » « donnez du pain au peuple et il sera content ! Menez-le de temps en temps au cirque et il sera heureux… Évidemment dans ce cas il s’agit de faire passer le pain dur de la vie quotidienne sous un peu de confiture : des jours de fêtes !

L’Église aussi a institué des temps de fête, de liesses populaires ; elle allait même jusqu’à accepter sa propre satire critique, comme la fête de l’âne au moyen-âge…

Ces relâchements temporaires permettaient de mieux faire accepter les temps plus durs de jeûnes et de privations… il s’agissait d’ouvrir la soupape du rire pour mieux « soumettre, assujettir, dominer ». Un rire cathartique !

La Réforme protestante combattit la justification par les œuvres comme on la concevait au Moyen Age, avec les pénitences les indulgences, et l’aumône obligatoire…

Mais du coup elle supprima aussi ces soupapes festives qu’elle ne jugeait plus nécessaires : Plus de contrainte pour acquérir le salut, donc aucune utilité à se « lâcher » - Calvin s’autorisait tout juste une partie de boule le dimanche après-midi…

Et depuis, les protestants – ceux qui protestent et qui cherchent à « convaincre » - ne passent pas vraiment pour des rigolos… on les dit rigoureux soit, mais austères surtout.

Heureusement il y a Luther ! Luther, ce moine bon vivant aimait raconter des blagues à ses étudiants, à table. On en a gardé un ouvrage : « propos de table » !

Mais plus généralement, le protestant a acquis une morale de la production : en soi, sa relation au monde, à l’environnement, et aux autres, est tout à fait inspiré par la façon biblique de comprendre sa place dans la société, et sa vocation d’humain. Et là, on ne joue plus ! on ne rit plus ! c’est du sérieux !

A l’enfant qui demande : « pourquoi Dieu a-t-il créé le monde ? » l’adulte croyant mais un peu raisonnable répondra beaucoup de bonnes choses fort sérieuses …

« Après Dieu, l’humain - c’est écrit - doit continuer la tâche en bon jardinier du monde.

 Il doit le cultiver, gérer cette terre à la sueur de son front ! et il n’y a pas de quoi rire ! L’Humain est un homo faber : quelqu’un « qui fait », qui doit laisser sa trace, qui doit vivre pour travailler le talent qui lui est confié…

C’est peut-être vrai, mais un peu injuste tout de même : quid de ceux qui ne peuvent pas ? ou qui ne peuvent plus, ou qui ont déjà donné ? ou qui n’ont plus la force ? ou plus ni les moyens ni le travail ? Ceux qui se sentent en retraits ! il y aurait les créatifs d’un côté, et les inutiles de l’autre !?

C’est le cas de Sarah, dans le livre de la Genèse… elle est déjà très âgée ; elle est de la catégorie dite des « inutiles » … et un ange vient dire à son mari, Abraham (pas à elle en direct : faut pas exagérer), qu’elle sera bientôt enceinte (sic !) et qu’elle enfantera un fils (« Isaac »). Elle entend cela depuis la cuisine (et oui, elle reste à sa place !) et elle éclate de rire ! j’aurais aimé voir la tête de l’ange !!! et celle d’Abraham aussi d’ailleurs ! le rire de Sarah : un rire sarcastique ?

C’est ce texte qui avait retenu l’attention de Waltraud et qu’elle aurait développé si elle avait été à ma place. Et je la comprends !

D’ailleurs (petite parenthèse) dans la bible, il y a pas mal d’histoires plein d’humour qu’il ne faut pas forcément prendre au premier degré ! je vous renvoie à un livre de Raymond Sansen Le sourire de Dieu dans l’histoire des hommes aux éditions du Cerf. On y trouve beaucoup de comiques de situation, souvent de jeux de mots qui prête à sourire sinon à rire ! je ferme la parenthèse.

Mais pour moi, il y a un autre texte dans la Bible qui retient mon attention ce matin… tout aussi curieux ! il est caché dans les pages austères d’un livre de sentences, de maximes populaires, plutôt moralisantes, que la tradition nous a léguées… ! Un livre appelé justement « le livre des Proverbes » et c’est là que l’on trouve une pépite. 

Le personnage central est appelé « la sagesse » ! Mais pas la sagesse comme les grecs se le représentaient : « vieux barbu assis sur un trône ! »

Un texte qui nous dit que la sagesse était à côté de Dieu lorsqu’il créa le monde. 

« Le Seigneur m'a créée, principe – projet - avant toutes ses œuvres ! » et lors de la création du monde… je suis là à ses côtés… objet de délice chaque jour jouant en sa présence dans son univers terrestre (on peut aussi traduire avec son univers terrestre) (cf Proverbes 8 v 22 et v 30)

La première chose que ce texte veut dire contrairement à d’autres textes de l’époque, c’est que Dieu n’a pas créé ce monde par hasard ou pour son malheur. Une certaine « sagesse » a présidé à la construction du monde nous dit l’auteur : Notre monde n’est pas une absurdité totale ; pas plus qu'il n'est un caprice de Dieu ou un moment de folie comme dans d’autres traditions religieuses. Une certaine cohérence y est conçue par une architecte donc : « la Sagesse ».

Et la « sagesse » en hébreu, ce n’est pas un concept philosophique abstrait, c’est le « savoir-faire » de l’artisan qui aime peaufiner son œuvre, le savoir-faire de celui qui prend le risque de donner du temps à son travail. Elle évoque la pâte de l’artiste… le goût du travail bien fait… 

Pour convaincre - puisque c’est un des termes du titre de notre séminaire - il faut avoir des convictions ! (C’est une lapalissade) … mais où ancrer ces convictions, pour ne pas se balader d’une vérité toute relative à une autre au gré du vent et des complotismes ambiants ? il faut un savoir-faire créatif en gardant un cap, un sens… une cohérence…

Oui, mais vous avez entendu comment elle s’y prend dans cette création du monde, cette sagesse à côté de Dieu ?

« je faisais les délices de Dieu chaque jour EN JOUANT en sa présence ! »

Ici encore on est loin de l’image du vieux barbu créateur, par exemple celui de Michel Ange à la chapelle Sixtine, assis sur son nuage… 

Dans Proverbes, l’image est celle d’une petite fille qui joue avec le monde comme avec une boule de pâte à modeler : mon professeur d’ancien testament, Daniel Lys, un homme un peu malicieux, interprétait ainsi ce texte : « au commencement du monde, la petite Sophie (sagesse en grec) jouait avec la terre … et c’était pour la joie de son Père !»… 

Oui ici la création du monde est imaginée dans la joie, la danse… et pourquoi pas : le rire ! un papa, ou un papi riant aux éclats devant sa petite fille qui danse et joue avec le globe terrestre comme avec un ballon.

Le théologien Jürgen Moltmann a intitulé l’un de ses ouvrage : « Dieu est le Seigneur de la danse ! » Nous sommes dans la même idée ! 

Voilà pourquoi j’aime ce texte des proverbes si coloré, si enjoué… Il nous propose un Dieu qui crée le monde non pas à la sueur de son front, les sourcils plissés, l’air concentré sur une tâche difficile… mais comme un enfant qui joue à la balle…

Voilà aussi comment une vocation aussi louable que le désir de « convaincre » selon le titre de notre séminaire, et même pour une cause la plus juste qui soit, peut se faire sans crispation dans la joie de la création artistique, cinématographique par exemple…. 

On pourra me rétorquer : « Comment pourrions-nous rire alors que la situation du monde ne prête vraiment pas à rire ? « comment chanterions-nous des cantiques du Seigneur sur une terre étrangère ?» (Psaume 137).

Il est bon alors de relire le psaume 126 qui lui répond en quelque sorte : « quand le Seigneur libérera les captifs de Sion nous étions comme dans un rêve, alors notre bouche s’emplit de rire ».

La délivrance, la libération comme espérance pour tous ceux qui la réclament… voilà ce qui motive nos convictions et nos combats… mais nous pouvons le faire en gardant une « insoutenable légèreté de l’être » ! (Milan Kundera)

« Voir les choses en farce est le seul moyen de ne pas les voir en noir. Rions pour ne pas pleurer. » Savez-vous de quel texte biblique est tirée cette vérité ? Non ? c’est normal… c’est un texte de Gustave Flaubert (Lettre à Louise Colet). Pardon pour ce trait d’humour !

Reste que pour convaincre qu’une espérance existe aujourd’hui, et malgré l’apparence … il s’agit de rester dans les pas de la petite Sophie qui crée le monde en riant !

Se battre avec sagesse et discernement, avec un vrai « savoir-faire » soit, mais en retrouvant une vraie acuité visuelle, celle de l’enfant. Il s’agit de toujours discerner, avec joie, ce royaume qui vient… Et cela exige une vraie conversion de nos mentalités…

Rions… mais rions d’espérance !

 

Prions…

Seigneur,
Accorde-moi la grâce de rire souvent,
d’un bon rire clair et sans réserve.
Mets dans mon rire la tendresse du père et de l'époux,
la cordialité de l'ami,
la joie du convive,
la sollicitude de l'hôte,
la charité du chrétien.

Donne-moi des rires à partager, des rires à propager
des rires pour pardonner, des rires pour apaiser.
Donne-moi l'intelligence de rire d’abord
de mes manies, de mes erreurs,
et de mes prétentions,
avec bonne humeur et simplicité.

Fais-moi rire aussi des travers de ce monde,
et de ses dérisoires prétentions,
de ses stupides illusions.

Mais préserve-moi du rire
qui blesse, qui méprise, qui humilie.
Epargne moi du rire lâche et complaisant,
du rire vengeur, du rire suffisant.

Que mon rire sonne comme une prière d'actions de grâces,
et proclame autour de moi
le bonheur simple
d’avoir été créé par Toi, sauvé par Toi,
et tellement aimé par Toi !

Amen

Joël Baumann

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