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Je vois rouge

Réalisé par Bojina Panayotova, France, Bulgarie, 2019, 83min.

Autrice : Bojina Panayotova, née en 1978, est une réalisatrice, scénariste, Directrice de la photographie, française d’origine bulgare. Elle a fait ses études à la FEMIS. Elle est l’autrice de plusieurs films, À domicile (2009), Cosmonautes, un documentaire (2014). Elle co-écrit le scénario de Not KO de Xavier Sirven (2016). Son documentaire Je vois rouge a été primé cette année par le jury de l’INALCO.

Résumé : Après 25 ans passés en France, Bojina retourne en Bulgarie avec un soupçon vertigineux : et si sa famille avait collaboré aux services secrets du régime communiste ? S’ouvrent en Bulgarie les archives de la redoutable police secrète. Caméra au poing, elle part à la recherche de la vérité, embarquant ses parents dans une quête effrénée qui menace de tourner à la catastrophe. Une odyssée tragi-comique qui mêle film de famille et film d’espionnage.

Analyse : Dans ce documentaire qui mêle politique et vie intime et familiale (mais les deux sont parfois étroitement liés) Bojina mène une quête courageuse et insistante sur les traces du passé de ses parents, qui est aussi le sien. Comme elle le dit justement, connaître l’histoire de ses ancêtres aide un enfant à se construire. Nous portons tous en nous, sourdement, les traces de ce qu’a été la vie de ceux qui nous l’ont donnée.

En assistant à une manifestation à Sofia où fleurissent les pancartes « Ordures rouges » de bulgares venus protester contre la dérive mafieuse et la politique de leurs dirigeants issus de la nomenklatura communiste, Bojina réalise que ses grands parents avaient de hautes fonctions, qu’ils ont voyagé comme ils le voulaient dans un pays pourtant très fermé. Son interrogation est donc légitime : faisaient-ils parti de ces « ordures » qui ont envoyé à la mort tant de leurs concitoyens. Elle mène son enquête tambour battant, harcelant son père de questions, au point de le fâcher, obligeant sa mère à demander son dossier auprès de la police qui a ouvert les archives, avec des méthodes peu éloignées de celles qu’elle entend dénoncer. Elle déclenche une tempête familiale, ponctuée de doutes, de drôleries parfois. Sa recherche frénétique de la vérité la transforme en justicière. « J’avais besoin de ranimer les fantômes rouges. De chercher la faute en nous pour m’expliquer les blessures du pays ». Au vu des résultats du dossier de sa mère dans lequel elle apparaît non comme une victime mais comme une indicatrice, celle-ci remet violement en cause sa fille, lui interdisant de diffuser son histoire à des centaines de gens qui ne comprendront pas. Pourtant le film existe et pose plusieurs questions. D’abord quel est le rapport entre l’éthique et le cinéma. Peut-on tout montrer, tout dire pour réaliser une œuvre cinématographique ? En reconnaissant qu’elle a été une fille « imparfaite » dans l’épilogue où elle questionne sa démarche et se livre à une autocritique ne cachant pas ses méthodes inquisitoriales, elle répond partiellement à la question et touche par la sincérité de sa démarche. Ensuite le film met en avant le conflit des générations, entre les enfants qui veulent (légitimement) savoir et les adultes qui veulent oublier.

Avec audace Bojina Panayotava utilise toutes les techniques du cinéma, des images d’archives, des photos de souvenirs, des prises de vues d’échanges sur Skype, sur téléphones portables, des images de caméras de surveillance ; elle joue avec les cadrages, tantôt très étroits ou en écran « splitté », avec de multiples images.

Un documentaire intelligent, très maîtrisé, récit familial et film d’espionnage, qui capte totalement l’attention, passionnant.

Marie-Jeanne Campana

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