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AUFSTIEG UND FALL DER STADT MAHAGONNY
Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny
Opéra en trois actes
Créé le 9 mars 1930 au Neues Theater de Leipzig

Direction musicale : Esa-Pekka Salonen

Mise en scène : Ivo van Hove

Scénographie et lumière : Jan Versweyveld

Costumes : An d’Huys

Vidéo : Tal Yarden

Dramaturgie : Koen Tachelet


Le populisme selon Kurt Weil et Bertolt Brecht

Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny

Que vient faire cet article sur le site ? Il n'est pas question de cinéma ! Eh bien si... Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny (1930) de Bertolt Brecht et Kurt Weill, reprenant un spectacle musical des mêmes auteurs, trois ans auparavant, est devenu un opéra en trois actes. Mais, dans la mise en scène d'Ivo van Hove au Festival d'Aix-en-Provence 2019, la part belle est donnée à la vidéo.

En véritables acteurs, de larges écrans déployés sur la scène, déplacés, évacués, ramenés, connaissent une riche vie, chacun reflétant même souvent plusieurs personnages : un cameraman discret, caméra à la main, alimente les écrans avec des images prises sur le vif quelquefois retravaillées en effets spéciaux, gros plans sur des visages émus, en colère, apeurés, détails touchants comme la manipulation d'une boule à neige en verre qui renvoie au dur travail des bûcherons d'Alaska, mouvements de foule décuplés, transparences suggestives sur fond fixe etc. Par cette utilisation saisissante de la vidéo sur grand écran, Ivo van Hove a renouvelé cette œuvre qui avait connu une histoire chaotique : Otto Klemperer qualifia sa première création à Leipzig d'« échec total » et refusa de la monter à Berlin. Puis le parti Nazi, au pouvoir, interdit définitivement le spectacle.

L'opéra débute avec la panne, au milieu du désert, d'un camion en fin de course. Ne pouvant ni avancer ni reculer, les trois truands qui l'occupent décident de bâtir une ville où les chercheurs d'or et les bûcherons de l'Alaska ayant touché leur paye pourront se reposer plaisamment en dépensant sans compter leurs économies. Un publicité menteuse et adéquate amène les naïfs dans ce nouvel Eden. Soudain la ville se trouve menacée par un terrible typhon qui finalement l'évite de justesse. Les habitants, soulagés d'avoir survécu, ne pensent alors qu'à repousser les frontières de ce qui est autorisé et se lancent dans une recherche effrénée du plaisir : manger, faire l'amour, se battre et boire. A ce rythme certains meurent, les autres perdent leurs économies. Les trois fondateurs de la ville, cumulant aussi les fonctions de législateurs et de juges, arrêtent Jim, le bûcheron héros de l'histoire, qui ne peut pas payer la tournée générale offerte à ses amis. Lâché par tous, le jeune homme sera condamné à mort.

« Vous le valez bien ! », « Vous avez droit au meilleur », leitmotiv des publicités actuelles et des manipulations sur les réseaux sociaux, est un argument bien connu du populisme qui flatte les individus un peu trop crédules et leur attribue une prétendue supériorité. Avoir tous les droits n'est pas sans conséquences. La chanson Comme on fait son lit on se couche, chantée après l'alerte du typhon à la fin de l'acte deux, est une superbe expression de l'égoïsme ambiant.

Dépoussiéré par la mise en scène d'Ivo van Hove cet opéra retrouve une brûlante actualité.

Nicole Vercueil

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