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Fiche technique :
 – Scénario : Adilkhan Yerzhanov, Roelof-Jan Minneboo - Photographie : Aydar Sharipov - Montage : Yedige Nessipbekov - Compositeur : Nurassyl Nuridin - Production : Kazakh Shorts Brothers et Arizona Productions - Distribution France : Arizona Distribution

Avec :
Dinara Baktybayeva (Saltanat), Kuandyk Dussenbaev (Kuandyk)

La tendre indifférence du monde (Laskovoe Bezrazlichie Mira)

Kazakhstan, France, 2018, 99min.

Réalisation : Adilkhan Yerzhanov

Biographie :

Adikhan Yerzhanov est né en 1982 à Djekazgan (Kazakhstan). Il est diplômé en 2009 de la Kazakhstan Academy of Art, puis a une bourse pour continuer sa formation à New-York. Après des séries d’animation dans son pays, il crée des longs métrages qui seront remarqués dans différents festivals internationaux. Ce film a été présenté dans la sélection « Un certain regard » à Cannes 2018. 

Résumé :

Dans la campagne kazakh, la famille de la ravissante Saltanat est ruinée. Après le suicide de son père, sa mère l’envoie à la ville pour voir un oncle en vue d’un riche mariage, au bénéfice, plutôt égoïste, de sa mère et ses frères ! Sultanat part, accompagnée de Kuandyk, son chevalier servant de toujours. Très vite, ils sont confrontés aux turpitudes de la ville, à la mafia locale, à l’oncle véreux et à des prétendants impossibles. 

Analyse :

Ce film est une sorte de conte romanesque qui se passe dans un milieu de corruption et de violence. Cela pourrait être une sordide descente aux enfers, mais les deux héros semblent flotter dans des images superbes, annoncées par le beau plan fixe du départ avec Sultanat en robe rouge et ombrelle. Bien sûr, ils sont happés par tous les problèmes de la ville, le refus du mariage arrangé, le manque d’argent, des petits boulots pour survivre… Mais dans leur pauvre chambrette, les deux vivent comme dans un cocon qui les tient à l’écart du monde et ils échangent sur la littérature française et sur la peinture dont on retrouve des tableaux sur les murs. La narration évolue avec beaucoup d’ellipses, allant à l’essentiel : le drame annoncé de ce couple qui se cherche et un avenir impossible. Bien représentatives de la vie à la ville, les scènes de travail et de bagarres de Kuandyk ainsi que celles montrant ses relations avec le parrain local mettent une touche d’humour, bienvenue. Une merveilleuse scène montre ce que chacun aurait aimé vivre et ce qu’ils ne vivront que par le rêve. Le voyage imaginaire dans les grands musées parisiens est un chef d’œuvre de finesse : un long plan fixe et des croquis naïfs sur des conteneurs qui se terminent par l’envolée dans le ciel de la mariée de Chagall annonçant l’envolée finale. D’autres signes annoncent leur chute : Kuandyk dénonce l’ami qui l’avait aidé et couvre un meurtre tandis que Sultanat se livre à un de ses prétendants. Sa robe rouge vire au noir. Autres indices de la chute : trois fleurs blanches récurrentes qui s’étiolent peu à peu, le bocal dans la maison familiale où est enfermé un papillon, etc. Il faut noter un art du cadrage, avec des symétries, des jeux de lumière, de reflets entre des portes et des miroirs, et la beauté des images rappelant Monet, Le Douanier Rousseau ou Magritte. Quant aux dialogues, le film a des allures de cinéma muet : les personnages échangent peu, souvent en chuchotant et il n’y a aucune musique, sauf quand Kuandyk emmène Saltanat en voyage imaginaire. Dans la dernière image, le retour au paysage de jardin d’Eden du début nous fait douter de la réalité de l’histoire. Tendresse pour les personnages, indifférence des gens, du monde et même de la nature : ‘comme si cette grande colère m’avait purgé du mal, vidé d’espoir devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrai pour la première fois à la tendre indifférence du monde’, écrit Albert Camus dans L’Etranger.

Anne-Elisabeth Schnell

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