logo



PROtestants et FILmophiles

PROmouvoir les FILms dont la qualité artistique et humaine aide à la connaissance du monde contemporain


ACCUEIL - QUI SOMMES-NOUS ? - ACTIVITES - PUBLICATIONS - GROUPES - CRITIQUES DE FILMS - RADIO - EN SALLE - FESTIVALS






Fiche technique :
scénario : Michel Andrieu ; montage : Maureen Mazurek ; son : Laure Budin ; musique : René-Marc Bini ; production : ISKRA ; distribution France : BlueBird Distribution.

Les révoltés

France, 2019, 80min.
Documentaire

Réalisation : Michel Andrieu, Jacques Kebadian

Biographie :

Michel Andrieu, né en 1940, est un réalisateur, scénariste, auteur français. Après ses études à l’IDHEC (aujourd’hui FEMIS), il réalise une dizaine de téléfilms et séries TV. Il est également l’auteur d’un long métrage Bastien, Bastienne, sorti en 1980. Jacques Kébadian, né en 1940 est un réalisateur, acteur, monteur français. Après ses études à l’IDHEC il devient assistant réalisateur de Robert Bresson. En 1967, il réalise son premier film Trotsky. Il rend surtout compte des combats menés par les opprimés : grèves ouvrières, lutte des sans-papiers, lutte des Indiens zapatistes, génocide arménien.

Résumé :

Ouvriers, étudiants et jeunes s’opposent, en mai 1968, a? la morale et au pouvoir en place. Les facultés et les usines sont occupées. Les barricades sont dressées. Les pavés volent. C’est l’affrontement. Ces images nous plongent au cœur des évènements et témoignent des hommes et des femmes qui, indignés, marchent vers leur révolution.

Analyse :

L’an passé nous avons été saturés d’images pour le cinquantenaire de la révolution de Mai 68. Mais celles de Michel Andrieu et Jacques Kébadian nous donnent une vision de l’intérieur, plus fine, plus intelligente de cet évènement. Il n’y a aucun documentaire officiel car la télévision publique, à l’époque aux ordres du Général de Gaulle, avait reçu l’interdiction de filmer. C’est grâce au montage de films amateurs que les réalisateurs avaient pris sur le vif, au sein du collectif ARC 68, et à ceux d’autres collectifs et réalisateurs, en particulier du groupe Medvedkine, qu’ils nous retracent la genèse de ce mouvement et son point de jonction avec les travailleurs, la fameuse convergence des luttes. Ce sont des documents bruts ; aucun commentaire, aucune analyse, ce qui en fait toute leur force. C’est l’histoire pure, telle qu’elle a été vécue, telle qu’elle s’est construite, telle qu’elle a été rêvée par ceux qui l’ont façonnée au jour le jour. On y voit le rôle de jeunes femmes qui, timidement mais avec détermination, prennent la parole, on y voit l’enthousiasme, la générosité, la colère, la lassitude parfois de ces participants, ouvriers et étudiants confondus qui ont en commun l’idéal d’une « société humaine et non une société de profit » et qui enragent de ne pas être entendus d’un gouvernement sourd à leurs revendications. L’actualité s’invite sans préméditation.

Par la vertu du cinéma direct et le dynamisme du montage nous sommes replongés au cœur d’une action brûlante, nous courons, nous tombons avec le cinéaste, nous occupons la Sorbonne, l’Odéon, Citroën, l’usine de Flins, nous participons aux affrontements de rue violents avec les CRS sur des barricades dressées avec le mobilier urbain et des voitures incendiées, nous croyons avec une générosité, une foi inébranlable, joyeuse et turbulente, à cette révolte par laquelle nous voulons changer le monde et qui, vue à cinquante ans de distance, ne manquait ni de candeur ni de naïveté.

Un formidable documentaire qui nous rappelle, si besoin était, que l’Histoire radote.

Marie-Jeanne Campana

Autres articles sur ce film