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Fiche technique :

Réalisateur : Yórgos Lánthimos ; Scénario : Deborah Dean Davis et Tony McNamara ; Musique : Johnnie Burn ; Photographie : Robbie Ryan ; Costumes : Sandy Powell ; Distributeur France : Twentieth Century Fox France

Avec :

Olivia Colman (la reine Anne) ; Rachel Weisz (Lady Sarah) ; Emma Stone (Abigail Hill).

La favorite (The Favourite)

Royaume-Uni, Etats-Unis d'Amérique, Irlande, 2019, 119min.
Lion d'Argent à Venise

Réalisation : Yorgos Lanthimos

Biographie :

Yórgos Lánthimos né à Athènes en 1973 est un réalisateur reconnu internationalement. En 2009 il emporte le prix Un certain regard au festival de Cannes pour son troisième long-métrage Canine. Son film Alps (2011) obtient le prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise. The Lobster (2015) reçoit le Prix du jury au Festival de Cannes et Mise à mort du cerf sacré (2017) le Prix du scénario. La Favorite (2019) a déjà obtenu de très nombreux prix et est en course pour les Oscars.

Résumé :

Nous sommes dans l’Angleterre du début du XVIIIe siècle. La reine Anne, notoirement instable et physiquement fragile, laisse littéralement sa confidente et amante Lady Sarah gérer les affaires politiques du pays (notamment un conflit avec les Français). La cousine de cette dernière, Abigail Hill, arrive au château en tant que servante. Rusée et ambitieuse, elle va peu à peu se rapprocher de la souveraine …

Analyse :

On retrouve dans La Favorite la férocité, le goût de Yórgos Lánthimos pour étudier la noirceur de l’âme humaine. Cette fois-ci il s’ancre dans la réalité historique. Nous sommes à la cour d’Angleterre sous le règne de la reine Anne. Dans une reconstitution fidèle de l’époque, avec décors et costumes somptueux, le réalisateur nous brosse, non sans humour, une fresque terrifiante, au vitriol, de cette société grotesque, triviale, élégante et grossière, qui vit en vase clos dans ce château. Il s’attache surtout à décrire la férocité qui règne autour de cette reine pour la lutte du pouvoir, à laquelle se mêlent sexe et sentiments. Ce qui est particulier ici c’est que cette lutte est menée par deux femmes, Lady Sarah Marlborough et Abigail Hill, autour d’une troisième, la Reine. Les hommes sont insignifiants, bouffons, serviles et puérils, passant leur temps à jouer à la course aux canards et au lancer d’oranges. Ils sont d’ailleurs souvent filmés en gros plans, avec une certaine cruauté. En revanche les femmes sont fortes, intelligentes, ambitieuses, calculatrices, perfides, manipulatrices. Ce qui n’est pas nécessairement à leur avantage car elles usent des mêmes armes que les hommes dans ces circonstances. Avec une différence toutefois. On apprend en effet qu’Abigail Hill n’est pas d’origine modeste, mais que son père, noble désargenté, l’a vendue pour éponger ses dettes. Ce qui en dit long sur la condition des femmes à cette époque ; ce qui éclaire également d’un jour particulier sa soif de réussir, de sortir de sa condition, au besoin en piétinant sa cousine qui l’a mise en place. Quant à la reine elle est dépeinte comme un être à la limite de l’idiotie, certainement pas faite pour le rôle qui devrait être le sien et qu’elle laisse à Lady Sarah. Elle est grossière, geignarde, consternante ; elle mange de manière dégoûtante et n’a rien de bien aimable. Mais subtilement tout au long du film on se prend à la voir sous un angle plus humain, à comprendre son immense solitude et sa touchante mélancolie.

Dans une mise en scène riche et efficace, Lánthimos utilise tous les procédés cinématographiques pour accentuer son propos, utilisation du grand-angle, distorsions optiques par l’utilisation de l’objectif fisheye, qui n’est pas sans rappeler Stanley Kubrick. Il écrase les personnages, en particulier la reine et ses favorites, dans d’interminables couloirs ou des salles immenses pour mieux souligner leur solitude et leur enfermement. Une photographie magnifique, des lumières douces et sensuelles donnent à ce film une réelle beauté formelle.

Marie-Jeanne Campana

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