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Fiche technique :
 - Scénario : Radu Jude - Image : Marius Panduru - Montage : Catalin Cristutiu - Distribution France : Meteore Films.

Avec :
Iacob Ioana (Mariana Marin), Alexandru Dabija (Movila), Alexandru Bogdan (Traian)

Peu m'importe si l'Histoire nous considère comme des barbares (Îmi este indiferent daca în istorie vom intra ca barbari)

Roumanie, France, Allemagne, République tchèque, Bulgarie, 2019, 140min.

Réalisation : Radu Jude

Biographie :

Radu Jude, né en 1977 à Bucarest, est diplômé de la Media University de Bucharest (département Réalisation). Assistant de Costa-Gavras pour Amen (2002) et de Cristi Puiu pour La mort de Dante Lazarescu (2005), son court métrage Lampa cu caciula (*Lampe à chapeau, 2006) fut primé à travers le monde. Ses premiers longs métrages furent La fille la plus heureuse du monde (2009), prix CICAE et FIPRESCI dans plusieurs festivals ; Papa vient Dimanche (2012), primé à Namur et Sarajevo ; et surtout Aferim ! (Bravo !, 2015), meilleur réalisateur à Berlin, conte rabelaisien contre l'injustice et l'intolérance.

Résumé :

Mariana Marin prépare la mise en scène d'une grande reconstitution historique au centre de Bucarest. Mais elle veut y évoquer des épisodes collectivement honteux de l'Histoire roumaine pendant la Seconde guerre mondiale : les autorités font tout pour l'en dissuader.

Analyse :

La première partie du film, où Mariana s'occupe aux mille exigences de la préparation de son spectacle, met en lumière un contexte historique très mal connu chez nous : au début des années 1940, la Roumanie de Ion Antonescu, alliée à l'Allemagne nazie, étend son territoire vers l'est et entreprend d'éliminer ses minorités, tziganes et surtout juifs ; d'où la citation qui sert de titre au film, énoncée alors par Mihaï Antonescu (homonymie de hasard), second personnage du régime. Parmi ces faits pour la plupart insoupçonnés des spectateurs ouest-européens, le massacre des juifs d'Odessa par l'armée roumaine sera l'élément controversé de la reconstitution.

La confrontation entre Mariana et son censeur Movila, responsable de la fête auprès du pouvoir politique, met en avant des questions que les débats 'mémoriels' de notre société soulèvent en mainte occasion : peut-on être sûrs de ces faits ? Pourquoi s'appesantir sur ce qui fait mal ? N'y aurait-il pas bien d'autres crimes à dénoncer ? Et à quoi cela sert-il, réellement ? L'éloignement du terrain d'où ces questions surgissent crée pour nous un recul favorable à la catharsis : tandis qu'émerge la conscience qu'au fond, c'est de nous aussi qu'il s'agit, le jugement si facile à porter sur des faits et des comportements qui semblaient 'exotiques' s'avère finalement bien plus pertinent, mutatis mutandis, à notre propre condition. 

Lorsque le spectacle enfin prend place, les signes que les démons du passé sont toujours vivaces se multiplient à travers les réactions de nombreux spectateurs, rejoignant les attitudes de certains participants du spectacle (« Pourquoi ces tziganes à nos côtés ? Nous n'en voulons pas... »). Ces manifestations effrayantes, que l'actualité immédiate en France (pour ne parler que de nous) reproduit à sa façon, confirment l'urgence d'aller voir un film tel que celui-ci (si peu distribué, hélas !). Passionnant, instructif, efficace.

Jacques Vercueil

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