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Fiche technique :
 - Anne Fontaine, co-scénariste avec Pascal Bonitzer - Image, Yves Angelo - Montage, Annette Dutertre - Distribution France, Gaumont.

Avec :
Lou de Laâge (Claire), Isabelle Huppert (Maud), Charles Berling (Bernard)

 

Blanche comme neige

France, 2019, 112min.

Réalisation : Anne Fontaine

Biographie :

Anne Fontaine, née Fontaine Sibertin-Blanc en 1959 au Luxembourg, danseuse de formation, fait ses débuts au cinéma en tant qu'actrice : Si ma gueule vous plaît...(Michel Caputo 1981, 1h30) ; P.R.O.F.S. (Patrick Schulmann 1985, 1h35). Philippe Carcassonne, qui l'épousera, produit son premier film Les Histoires d'amour finissent mal... en général, prix Jean Vigo en 1993. Elle réalisera ensuite une quinzaine de longs métrages dont plusieurs ont été remarqués (par exemple Coco avant Channel, 2008 ; Gemma Bovery, 2014 ; Les innocentes, 2015).

Résumé :

La jeune et belle Claire est victime d'un attentat au fond d'une sombre forêt. Elle est sauvée par un farouche paysan qui l'accueille dans sa Thébaïde. D'autres hommes sont séduits, tandis que Maud sa belle-mère se met à sa recherche.

 

Analyse :

Impossible d'échapper au titre de ce film qui en annonce la trame, la coquetterie 'comme' soulignant l'innocence de Claire que les brûlantes effusions amoureuses n'écornent même pas. On s'amusera donc à retrouver les ingrédients du conte si connu, comme très tôt dans le film une pomme Pink Lady et un miroir où Maud se compare à Claire ; puis à relever les infidélités aux frères Grimm et à Walt Disney, par exemple ces nains que leurs baisers transforment en princes charmants... mais Anne Fontaine est assez habile pour égarer parfois ses spectateurs et leur faire oublier momentanément le trop ressassé.

Le contexte des forêts et montagnes de la légende est superbement rendu par quelques grandioses sites du Vercors (corniche de Combe Laval, col de la Bataille, village de Pont-en-Royans...) ou autres, notamment le sanctuaire de la Salette; et la simplicité de l'intrigue est compensée par une galerie de personnages savoureux, fort bien rendus par un groupe d'acteurs qui y prennent un plaisir communicatif. Confrontée à l'exubérance de mademoiselle de Lâage, la sobriété d'Isabelle Huppert en reine-marâtre oblige par moments à faire appel au conte pour sentir percer la menace... Mais un final jovial couronne astucieusement ce brillant divertissement.

On pourra se demander alors ce qu'il y a derrière le conte — s'il y a quelque chose... Anne Fontaine s'était plu déjà à recycler un texte fameux pour en remoudre le sens (Gemma Bovery). Au delà de l'interprétation classique du conte des Grimm comme protocole d'initiation pubertaire d'une adolescente œdipienne, la réalisatrice offre ici une version libertaire de l'apprentissage sexuel auquel la jeune fille se soumet avec enthousiasme. Quant au miroir, bien plus efficace que celui de la réception s'avère l'homme aimé, Bernard à qui Maud s'adresse pour savoir le vrai en lui disant le faux. Mais ce sera peut-être vers l'étonnante galerie des célibataires racornis que doit se tourner notre curiosité, englués qu'ils sont chacun dans son piège misogyne... et voilà revisités d'un œil cruel la vie en nature, le bain de culture, les secours de la musique ou de la religion, qui se révèlent tous de pauvres dispensateurs de paix, à l'exemple du sanctuaire aux cierges brûleurs de sorcières !

Jacques Vercueil

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