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Fiche technique :
Réalisation : Tony Richardson – Scénario : Alan Sillitoe, d’après sa nouvelle – Montage : Anthony Gibbs – Images : Walter Lassaly – Musique : John Addison – Son : Stephen Dalby, N. Bolland – Distribution : Solaris Distribution.

Avec :
Tom Courtenay (Colin Smith), Michael Redgrave (directeur du centre), Alec McCowen (Brown, le majordome), James Fox (Gunthorpe, coureur de Raley), Topsy Jane (Audrey), Julia Foster (Gladys), Avis Bunnage (Mme Smith).

La solitude du coureur de fond (The Loneliness of the Long Distance Runner)

Royaume-Uni, 1962, 104min.

Réalisation : Tony Richardson

Biographie :

Tony Richardson (1928-1991), scénariste, réalisateur et producteur, a fondé avec Karel Reisz et Lindsay Anderson, le « Free Cinema ». Créé en 1956, il est l’équivalent anglais de la Nouvelle Vague française qui naîtra trois ans plus tard. Œuvres majeures : Un goût de miel (1961), La solitude du coureur de fond (1962), Tom Jones, de l’alcôve à la potence (1963), Blue Sky (1991).

Résumé :

Colin Smith est un jeune révolté qui, à la suite d’un vol commis dans une boutique, est placé dans un centre d’éducation surveillée. Sa pratique de la course de fond lui permet de s’évader en rêveries durant ses courses solitaires. Remarqué par le directeur du centre, il gagne en notoriété et accepte de participer à une rencontre sportive de cross-country.

Analyse :

En quelques minutes de film, tout est dit par un raccourci saisissant : le générique montre Colin Smith courir seul sur un long chemin de campagne, la caméra le suit, s’approche de son dos. En voix off : « Courir a toujours été important pour la famille, mais surtout pour échapper aux flics ». Ensuite, première séquence : Colin est cadré en gros plan, le visage fermé et buté. Il vient d’être embarqué avec d’autres jeunes gens dans un fourgon de police, ils sont menottés et enchaînés. C’est le transfert à la maison de redressement, où les premiers contacts avec l’administration seront rudes. Mais Smith sera très vite remarqué pour ses qualités athlétiques. Le directeur cherche donc à l’utiliser pour le renom du centre de redressement, surtout pour sa gloriole personnelle. Il lui donne la permission de s’entraîner seul dans la campagne. Ce sont de beaux moments de respiration, au milieu de la nature. Grâce à de nombreux flash-back, le portrait de Colin et l’origine de sa « rébellion »sont donnés par touches successives : la mort du père faute de soins, l’autoritarisme et l’égoïsme de la mère, la relation avec les filles sans espoir, vol de voiture et casse minable… Colin court, c’est sa manière d’affirmer son individualité, sa soif de liberté mais dans une solitude irréductible. Il refuse de « réussir » dans la société. Les dix dernières minutes sont passionnantes : Colin est en passe de gagner le cross, le directeur jubile, le public du centre est enthousiaste. Mais, par un habile montage, les pensées qui l’assaillent montrent toute la manipulation dont il a été et continue d’être la victime. Son visage change, la contrainte d’avoir à « gagner le course » pour faire plaisir au directeur et à toute la société représentée (échantillon de la société britannique !) devient insupportable. Alors Colin prend la décision de ne pas franchir la ligne d’arrivée, et sourire aux lèvres il affronte la colère du directeur, l’animosité du public! Rebelle il est, rebelle il reste! Il a fait semblant de répondre à l’ambition du directeur, mais les gros plans successifs de l’acteur, de plus en plus accentués, dénotent la révolte intérieure, qui lui interdit de se normaliser dans une société qu’il vomit.

Le « free cinema »ne durera que quelques années, mais favorisera l’éclosion de grands cinéastes comme Ken Loach et Stephen Frears.

Alain Le Goanvic

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