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Fiche technique :
Réalisation et scénario : Eva Trobish ; Photographie : Julian Krubasik ; Montage : Kai Minierski ; Décors : Renate Schmaderer ; Distribution France : Wild Bunch Distribution. Avec :
Aenne Scharz (Janne), Andreas Döhler (Piet), Hans Löw (Martin)

Comme si de rien n'était

Allemagne, 2019, 90min.

Meilleur prix du premier film, Festival de Locarno 2018

Grand prix du jury, Premiers plans, Angers 2019

 

Réalisation : Eva Trobisch

Biographie :

Eva Trobisch est une actrice, scénariste et réalisatrice allemande, née à Berlin-Est en 1983. Après des études de cinéma, elle réalise quelques courts-métrages, et plusieurs films pour la télévision, de 2005 à 2013. Comme si de rien n’était est son premier long métrage. Il a obtenu plusieurs récompenses à l’international en 2018 et 2019, notamment au festival de Locarno et au festival Premiers plans.

Résumé :

Janne est une femme moderne qui contrôle sa vie et qui sait ce qu’elle veut. Lors d’une réunion entre anciens camarades elle subit un rapport sexuel. Mais elle va persister à faire semblant que tout va bien, refuser de se considérer comme une victime et de perdre le contrôle.

Analyse :

C’est un film d’une grande subtilité, sobre, très maîtrisé que nous offre Eva Trobish. Contrairement à la présentation qui en a été faite, la réalisatrice se défend d’avoir fait un film sur le viol. Elle a plutôt voulu mettre en avant la force de l’héroïne qui ne veut pas laisser quelques minutes d’un rapport sexuel non consenti gâcher toute sa vie. Ce film présente un double intérêt.

D’une part le film met en avant la dynamique du pouvoir dans la vie sexuelle. On pourrait se demander pourquoi Janne (remarquable Aenne Scharz) n’a pas résisté davantage alors qu’elle est une femme indépendante et qu’elle dirige sa vie. Mais est-il toujours facile de résister ? Janne donne plutôt l’impression de laisser Martin devenir un violeur comme pour le punir, pour prendre l’ascendant sur lui. Elle n’est pas une victime. Elle montre au contraire tout son mépris pour l’agresseur qu’elle enjambe, en un geste très symbolique, tandis qu’il roule sur le côté, sa sale besogne accomplie. Et la suite démontre bien que c’est lui qui est penaud, maladroit, pathétique, ne sait que faire pour l’aider. Elle trouve la force de lui sourire « On ne va pas en faire toute une histoire » lui lancera-t-elle, ce qui manifeste toujours son profond mépris. L’originalité du film consiste à montrer une scène de viol loin de celle qu’on imagine habituellement, spectaculaire et brutale. Juste trente seconde de jouissance volée, un viol d’une banalité déconcertante, minable, qui devrait en faire réfléchir plus d’une car se montrer gentille avec certains hommes est interprété comme une invitation au rapport sexuel. Martin est d’ailleurs décrit comme un être banal qui n’a rien du prototype d’un violeur brutal et pervers ; c’est un être poli et bien considéré, qui n’incarne pas le mal.

Le second intérêt du film est que, au-delà de cet acte, la réalisatrice analyse avec finesse et intelligence non pas les conséquences du viol lui-même mais les ravages du déni que Janne s’impose. Cette volonté farouche d’oublier, de minimiser ce qui lui est arrivé finira par provoquer chez la jeune femme un repli sur elle-même qui aura des conséquences fatales dans sa vie. La question que pose ce film est celle de savoir s’il est toujours possible, souhaitable, de nier le traumatisme, de faire en toutes circonstances comme si de rien n’était. La réponse n’est pas évidente et se laisse dévoiler tout au long du film.

Marie-Jeanne Campana

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