logo



PROtestants et FILmophiles

PROmouvoir les FILms dont la qualité artistique et humaine aide à la connaissance du monde contemporain


ACCUEIL - QUI SOMMES-NOUS ? - ACTIVITES - PUBLICATIONS - GROUPES - CRITIQUES DE FILMS - RADIO - EN SALLE - FESTIVALS






Fiche technique :

Réalisation, scénario et photographie : Werner Herzog. Montage : Sean Scannell. Musique : Ernst Reijseger. Production : Roc Morin. Distributeur en France : Nour Film.

 

Avec :

Ishii Yuichi : Ishii Yuichi, son propre rôle, le père ( entre autres rôles). Mahiro Tanimoto : Mahiro, la fillette.

 

Family Romance, LLC

Allemagne, 2019, 89min.

Réalisation : Werner Herzog

Biographie :

Werner Herzog, 78 ans, a été le chef de file du nouveau cinéma allemand dans les années 70/80. Auteur de plus de 70 films, il a acquis la notoriété d’un grand metteur en scène en tournant des films hallucinés, emmenés par la folie et la démesure : Aguirre, la colère de Dieu (1972) : César du meilleur film étranger. L’Enigme de Kaspar Hauser (1974). Woyzeck (1979). Nosferatu, Fantôme de la nuit (1979), Fitzcarraldo (1982) : prix de la mise en scène à Cannes. Il prépare déjà son prochain film sur les comètes et les météorites.

Résumé :

Tokyo. Un homme scrute la foule à la recherche de sa fille Mahiro, 12 ans, avec qui il a rendez-vous. Sauf qu’il n’est pas son père, mais Ishii Yuichi, comédien et patron de l’agence « Family Romance LLC », loué par la mère de l’enfant pour jouer le rôle du père manquant que sa fille n’a jamais connu. Douce promenade sous les cerisiers en fleurs. Mahiro, d’abord déconcertée, va s’attacher à celui qu’elle prend pour son père.

 

Analyse :

Werner Herzog s’empare dans son dernier film d’un phénomène de société au Japon, dont il dit qu’il ne va pas tarder à se manifester en Europe : le recours à des sociétés de « location de proches ». Ishii Yuichi joue ici son propre rôle : patron d’une agence qui emploie environ 800 acteurs dont le travail consiste à interpréter sur commande le rôle d’un proche absent, disparu ou inventé. En tant qu’acteur de sa société il va incarner dans le film plusieurs rôles plus ou moins émouvants ou cocasses.

Mais ne nous y trompons pas : ce film qui s’enracine dans une réalité sociale au Japon n’est pas un documentaire ; Herzog le visionnaire nous fait basculer dans une fiction à la fois jubilatoire et glaçante, grinçante, dérangeante et réjouissante. Herzog joue les équilibristes, sur le fil qui sépare réalité et fiction, vérité et mensonge, imposture et bienveillance. Les comédiens sont là pour palier des manques, pour apporter un peu de rêve, un peu de »romance ».

Mais qu’en est-il de la réalité du lien social ? Dans une séquence remarquable, Herzog filme Ishii dans un hôtel tokyoïte qui emploie des robots : à la réception, Ishii est reçu par un humanoïde femelle qui bat des cils en lui souhaitant mécaniquement la bienvenue, tandis que tournent sans fin, dans un immense aquarium, des poissons robots articulés aux couleurs phosphorescentes : comme lui, tous ces robots remplacent des êtres absents ou disparus.

Le point culminant du film est atteint quand Ishii se rend dans une entreprise de pompes funèbres et demande à essayer un cercueil. Serait-ce son prochain contrat ? La scène prend son sens quelques instants plus tard quand se dessine le tragique que vivent ces étranges comédiens : ils sont interdits de sentiments personnels, payés pour jouer un rôle et priés de ne jamais franchir cette frontière : « Chez Family Romance », dit Ishii à la mère de Mahiro, « nous n’avons pas le droit d’aimer ni d’être aimés ». 

Même Ishii est pris de vertige : « Et si ma propre famille avait, elle aussi, été louée, à mon insu ? Personne ne sait… ». Le dernier plan est bouleversant : il voit les mains d’une petite fille (sa petite fille ?) appuyées de l’intérieur contre le verre dépoli de la porte de chez lui.

Un film riche, intelligent, divertissant et sujet à réflexion. A ne pas manquer.

Françoise Lods

Autres articles sur ce film

  • Emission Champ Contrechamp du 22 septembre 2020 Jean Lods et Françoise Lods, Jean Wilkowski,