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Fiche technique :
Réalisation et scénario : Mamadou Dia - Direction de la photographie : Sheldon Chau - Montage : Alan Wu - Producteur : Maba Ba - Distribution : JHR Films.

Avec :
Saikou Lo (Ousmane), Alassane Sy (Tierno), Penda Daly Sy (Rakia), Aicha Talli (Nafi), Alassane Ndoye (Tokara), Abdou Yerim Ndiaye (Alfa), Coumba Dia Sall (Binta), Dondé Kassé (Ogo).

Le père de Nafi (Baamun Nafi)

Sénégal, 2019, 109min.

Réalisation : Mamadou Dia

Biographie :

Journaliste pendant dix ans, Mamadou Dia a obtenu son master en Réalisation/Écriture à New York. Après 4 courts métrages -dont Samedi cinéma, projeté à Venise et à Toronto en 2016 - ce 1er long métrage a remporté en 2019 le prix de la meilleure première œuvre et le Léopard d'or de la section "cinéastes du présent » à Locarno. L’auteur explore dans ses films la fine frontière entre réalité et fiction en puisant dans ses expériences personnelles et professionnelles.

Résumé :

Dans une petite ville du Sénégal, deux frères s’opposent à propos du mariage de leurs enfants. Deux visions du monde s’affrontent, l’une modérée, l’autre radicale. Les jeunes Nafi et Tokara rêvent, eux, de partir étudier à Dakar, la capitale, et de vivre avec leur époque. A la manière d’une tragédie, et alors que s’impose la menace extrémiste, les amoureux doivent trouver un chemin pour s’émanciper des conflits des adultes.

Analyse :

Parlé en langue peule et inspiré de scènes vécues en Afrique -notamment au Nigéria et au Mali-, ce premier film d’un admirateur du Mauritanien Abderrhamane Sissako et du néoréalisme italien a obtenu de nombreux prix. Issu d’une famille d’imams et élevé dans le soufisme, le réalisateur dit avoir été inspiré par ses visites à Tombouctou, avant et après l’invasion des djihadistes, pour l’écriture de son scénario. Complexe, celui-ci tisse avec habileté liens familiaux, tradition, politique, argent, amour, sur la toile de fond d’une montée de l’extrémisme dans la vie quotidienne d’une petite ville du nord du Sénégal. C’est là que deux frères - Ousmane, wahhabite qui s’est radicalisé en Europe, et Tierno, un imam tolérant qui défend un islam tempéré par les traditions animistes - vont affronter leurs visions du monde à propos du mariage de leurs enfants, Tokara et Nafi. En réalité Ousmane est un frustré enrichi qui compte se faire élire à la mairie, soutenu par un groupe de fondamentalistes qu’il entreprend de séduire, tandis que Tierno, qu’on va suivre au fur et à mesure que la communauté qu'il dirige devient celle contre laquelle il se bat, ne songe qu’à la protéger des divisions qui la menacent. Cet antagonisme tourne à la tragédie shakespearienne lorsque le totalitarisme religieux fait éclater une structure familiale que tentent de préserver le pouvoir discret mais sûr des femmes, et que cherchent à fuir les 2 amoureux qui rêvent de partir étudier à Dakar. Mesuré mais sans lenteur, le déploiement du film est d’une intensité, d’une pudeur et d’une profondeur remarquable. Souvent au plus près des visages, il prend son temps, et sait, dans l’intrigue, faire une place aux silences et aux pauses, tandis qu’une splendide photographie magnifie les décors et les paysages. En dehors des deux pères, tous les acteurs sont non professionnels et, très bien dirigés, ils ne font pas basculer le film dans le mélodrame. Digne héritier du grand Ousmane Sembène, l’un des pères du cinéma africain, Mamadou Dia donne, avec les réalisateurs Alain Gomis et Mati Diop, de belles promesses au cinéma sénégalais. 

Jean-Michel Zucker

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