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Fiche technique :
Réalisateur : Sébastien Lifshitz - Musique : Tindersticks - Photographie : Antoine Parouty et Paul Guilhaume - Montage : Tina Baz - Distribution France : Ad Vitam.

Adolescentes

France, 2019, 135min.

Réalisation : Sebastien Lifshitz

Biographie :

Sébastien Lifshitz né en 1968 est un acteur, scénariste, réalisateur français. Après un passage à l’École du Louvre et en Histoire de l’art, il réalise en 1993 un court, Il faut que je l’aime, puis un documentaire sur Claire Denis (1995). Son moyen métrage, Les Corps ouverts, obtient le Prix Jean Vigo 1996. Après un téléfilm, un documentaire et des fictions, il revient au documentaire, Les Invisibles (2012), sur les gays et lesbiennes des années 1950, Bambi (1951) portrait d’une femme transgenre, Les Vies de Thérèse (2016) sur les combats de la féministe Thérèse Clerc, en fin de vie.

Résumé :

Emma et Anaïs sont inséparables. Le film suit leur parcours depuis leurs 13 ans jusqu’à leurs 18 ans, cinq ans de vie capitaux pour leur devenir d’adultes. A travers cette chronique de la jeunesse, le film dresse aussi le portrait de la France de ces cinq dernières années.

Analyse :

Avec ce documentaire, Sébastien Lifshitz a réalisé une véritable prouesse technique. Pendant cinq années il a planté sa caméra, quelques jours par mois, auprès de deux adolescentes, de 2013 à 2018. Il a choisi une sous-préfecture de province, neutre, tranquille, de la France dite profonde, Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Son but a été d’explorer la zone grise de l’adolescence, cette période de mutations profondes entre l’enfance et l’âge adulte, où les personnalités se forgent, où les choix et les chemins empruntés seront déterminants pour toute une vie. Anaïs et Emma n’ont à priori rien de commun mais les affinités de la jeunesse sont sans préjugés. Anaïs appartient à un milieu social défavorisé. La mère, facilement déprimée, fait ce qu’elle peut engluée dans des problèmes de santé et de misère sociale. On comprend qu’elle a déjà placé sa fille en famille d’accueil. Mais cette dernière est rieuse, enjouée, remuante, plantureuse et affable. Emma appartient au contraire à une moyenne bourgeoisie aisée, elle est filiforme, ombrageuse, réservée, plutôt première de classe tandis qu’Anaïs n’est pas très motivée par ses études. Mais elles partagent outre une révolte contre la famille et un caractère bien trempé, tous les bouleversements intimes de l’adolescence : premiers émois, premiers désirs, premiers flirts, premières amours, premières ivresses, premières expériences sexuelles, premiers chagrins d’amour, premières désillusions. C’est également le moment plein de doutes où il faut choisir une orientation professionnelle qui engagera l’avenir. Le talent du réalisateur a été de réussir à faire oublier sa caméra. Sans aucun voyeurisme, une caméra toujours à bonne distance qui filme avec pudeur, discrétion, empathie et générosité, sans aucun jugement. Ce portrait juste de la jeune France d’aujourd’hui entraîne le spectateur dans une histoire à la fois intime et collective. Les attentats de Charlie Hebdo et le massacre du Bataclan de 2015 se sont invités dans les familles où l’on voit la sidération des jeunes et l’analyse juste qu’ils en font, comme le discours d’Anaïs pour défendre les musulmans.

Un magnifique documentaire, subtil, passionnant, lumineux.

Marie-Jeanne Campana

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