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Fiche technique :
Réalisation et Scénario : Rabah Ameur Zaïmèche - Photographie : Irina Lubtchanski, Camille Clément - Montage : Grégoire Pontecaille - Décoration : Tony Delattre - Son : Bruno Auzet, François Meynot - Production : Sarrazink et Films du lendemain - Distribution : Potemkine films

Avec :
Ramzy Bedia (le docteur), Amel Brahim Djelloul (Hazia), Slimane Dazi (Moh), Salim Ameur-Zaïmèche (le chauffeur de bus), Nabil Djedouani (le rédacteur en chef)

Terminal Sud

France, Algérie, 2018, 96min.

Réalisation : Rabah Ameur-Zaïmeche

Biographie :

Né en 1966 en Algérie, il grandit ensuite dans la cité des Bosquets à Montfermeil. Après un prix Louis Delluc en 2001 pour son 1er film Wesh-WeshBled number one et Dernier maquis sont sélectionnés à Cannes et il obtient avec Les chants de Mandrin un prix Jean Vigo tandis que Histoire de Judas en 2015 reçoit le prix du Jury oecuménique à Berlin.

Résumé :

Dans un pays plongé dans un climat d’insécurité et de conflit armé, un médecin tente malgré tout d’accomplir son devoir au sein d’un centre hospitalier, jusqu’au jour où son destin bascule...

Analyse :

Il s’agit d’un film choc, d’un cauchemar éveillé qui lui est venu, nous dit le réalisateur, du sentiment d’impuissance ressenti à l’époque des années noires en Algérie, prélude à d’autres catastrophes qui se sont produites depuis, notamment sur les rives de la Méditerranée, et pourraient bien, telle une peste, gagner de nombreux pays. Plus qu’un scénario bien construit ou l’analyse d’une société violente, ce film déploie des sensations et donne à ressentir le bouleversement émotionnel des personnages. Dans un univers évoquant autant Orwell que Kafka, l'atmosphère d’effondrement de l’état de droit et d'une société dont tous les membres possèdent des armes de guerre, est remarquablement rendue de même que la disparition des frontières entre militaires, terroristes, policiers, et gangsters. Le spectateur ne comprend pas ce qui se joue - guerre civile, insurrection, contre-révolution - dans ce pays imaginaire en proie à un chaos politique et moral. Ce qui prévaut alors est la perte de tout repère géographique et temporel, et l’immersion dans une angoisse diffuse qui va même finir par gagner le personnage qui paraissait initialement le plus sûr de lui. La présence physique et l’ascendant du docteur - qu’interprète le talentueux Ramzy Bedia - s’impose dès le début dans le rôle d'un homme énergique et convaincu de sa mission soignante, exerçant son métier jusqu’au au péril de sa vie. Puis le film décrit sa lente descente aux enfers lorsque, poursuivi par des mercenaires, pris en étau entre factions terroristes et pouvoir totalitaire, abattu par la fatigue, le sentiment d’impuissance et le dégoût, il mesure le règne de l’absurde et l’omniprésence de la terreur, qui culmine avec l’insoutenable séance de torture hors-champ mais audible, et dont on voit les traces sur le visage du docteur. Proche du dernier film du philippin Lav Diaz, Halte, et prémonition inquiétante d'un futur terrifiant, Terminal Sud est une fable politique qui nous oblige à nous interroger sur ce qu’il subsistera de notre humanité dans un univers dominé par la violence.

Jean-Michel Zucker

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