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Fiche technique :
Réalisation et scénario, Grimur Hakonarson - Image, Mart Taniel - Montage, Kristjan Loômfjörô - Musique, Valgeir Sigurdsson - Distribution France, Haut et Court.

Avec :
Arndís Hrönn Egilsdóttir (Inga), Thorsteinn Bachmann (Reynir), Thorsteinn Gunnar Bjarnason (Bjössi), Daniel Hans Erlendsson (Heiðar), Sigurður Sigurjónsson (Eyjolfur)

Mjölk, la guerre du lait (The County)

Islande, 2019, 90min.

Réalisation : Grimur Hakonarson

Biographie :

Grimur Hakonarson, né en 1977 en Islande, a étudié le cinéma à la fameuse école de Prague (FAMU), comme Forman ou Kusturica. Son premier long métrage, Summarland (2010) était mystique (foi, elfes et nature ); le second, Béliers, (2015), au réalisme rugueux et fougueux, a été primé à Saint-Jean-de-Luz (Meilleur réalisateur) et à Cannes (Un certain regard).

Résumé :

Inga, exploitant avec son mari une ferme laitière dans l'arrière-pays islandais, se retrouve veuve après un accident. Prenant en main ses affaires, elle réalise que la Coopérative qui achète leur lait et leur vend les fournitures, ombre tutélaire pour tous ces campagnards, est aussi une pieuvre qui contrôle et exploite leurs existences...

Analyse :

Une femme d'âge moyen qui part en guerre toute seule contre le système et découvre la force de n'avoir peur de rien, n'avons-nous pas vu cela déjà ? Les actrices Frances MacDormand dansThree Billboards (de Martin McDonagh, 2017) et, en Islande même, Halldora Geirhardsdottir dans Woman at War (de Benedikt Erlingsson, 2018) trouvent ici une succession très respectable avec Arndís Hrönn Egilsdóttir (en Islande, le final s-son désigne le fils-de, ets-dottir la fille) que l'on voit se transformer de brave femme tranquille en pasionaria redoutée.

On peut, à partir de là, trouver qu'il y a bien peu de neuf dans cette Guerre du lait - même les lourds et mutiques paysans sont ceux de Béliers ; mais d'abord, tout le monde n'a pas vu Béliers ou Woman at War. Et il est agréable, de temps à autre, de parcourir une histoire où l'optimisme anime la révolte. On appréciera aussi le caractère non-violent de ces affrontements pourtant vigoureux : c'est à coups de lance à lait qu'Inga badigeonne les locaux de la coopérative, alors que cela aurait pu être du purin ; incarcérée pour dommage au bien d'autrui dans une cellule toute propre et nette, elle est bientôt relâchée, toujours en bon état ; et c'est par l'émouvante évocation de son défunt époux qu'elle désarme le vicieux discours infligé par le président de la Coop - seul beau parleur de la contrée, c'est dire s'il est méchant ! - aux producteurs de lait assemblés pour voter sa déchéance. 

Ce qui fait sortir Inga de ses gonds, c'est bien sûr le monopole exercé jalousement par les dirigeants de la Coopérative sur toute l'activité du 'comté'. Mais l'attribution de cette dérive à quelques individus dévoyés de leur mission 'collectiviste' ne peut cacher le piège économique qui accable ces paysans, et qui donne au film une dimension bien plus vaste. On voit la fermière basculer des efforts physiques intenses d'un vêlage difficile, résolu à la force des bras, à la gestion d'une salle de traite ultra-robotisée où des palpeurs vont chercher les trayons sous les pis : Inga cumule dans son destin la brutalité matérielle des travaux d'autrefois, et le vertige funambulesque du progrès incontournable dont le financement est un tonneau des Danaïdes.

Bel exemple de résilience, Inga transformera sa défaite en rebondissement, à l'unisson de la petite chanson aux accents enfantins qui accompagne son départ vers « tout un monde qui m'attend ».

Jacques Vercueil

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