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Fiche technique :
Réalisation, scénario, photographie : Suhaib Gasmelbari ; Montage : Nelly Quettier ; Son : Jean Mallet ; Production : Agat Films & Cie ; Distribution France : Météore Films.

Talking About Trees (*En parlant d'arbres) (Documentaire)

France, Soudan, Tchad, Allemagne, Qatar, 2019, 94min.

Réalisation : Suhail Gasmelbarri

Biographie :

Né en 1979 Suhaib Gasmelbari est un directeur de la Photographie, réalisateur et scénariste soudanais. Il n’a connu le cinéma qu’après avoir quitté le Soudan, d’abord pour l’Égypte, puis pour la France où Il étudie à Paris VIII. Il réalise des courts métrages tout en menant des recherches d’archives du cinéma soudanais qui l’amèneront à son premier long métrage, Talking About Trees, Prix du meilleur documentaire aux festivals d’Istanbul et à la Berlinale 2019.

Résumé :

Quatre vieux cinéastes soudanais, facétieux et idéalistes, tentent de réhabiliter un vieux cinéma abandonné à Khartoum, capitale d’un Soudan obscurantiste sous la férule d’un dictateur et de la religion. Cinéma qui a pour nom La Révolution …

Analyse :

Les papys font de la résistance ! Ibrahim Shaddad, Suleiman Mohammed Ibrahim, Manar Al-Hilo et Al-Tayeb Mahdi, quatre vieux amis, ont fait leurs études de cinéma en Russie, à Berlin ou en Égypte. Ils ont, entre 1960 et 1980, réalisé d’importants courts métrages, oubliés puis redécouverts et restaurés en 2018 à Berlin par l’Institut de cinéma et d’art vidéo. Au moment de la dictature d’Omar el-Bechir en 1989 ils ont été contraints à l’exil avant de revenir chez eux, à Khartoum, où ils ont formé le Sudanese Film Group (SFG), sorte de cinéclub itinérant qui, bravant la censure, parcourt les villages à bord d’un van souvent en panne pour projeter auprès des populations rurales des films comme Les Temps modernes qui font hurler de rire enfants et adultes. 

Le début du film donne le ton. Un écran noir parce qu’il y a une énième coupure d’électricité et l’on entend « lumière ! ». Les quatre amis jouent alors à faire du cinéma à la lueur d’une lampe de poche, en mimant les tours d’une manivelle de caméra, et rejouent en riant et en nous faisant rire une scène de Sunset Boulevard de Billy Wilder en attendant que la lumière revienne ! Ils sont drôles, facétieux, nostalgiques mais joyeux.

L’idée folle de ces quatre papys idéalistes et optimistes : restaurer le vieux cinéma, La Révolution, pour y projeter Django Unchained, de Quentin Tarantino. Ils ne doutent de rien ! Le film nous montre les démarches kafkaïennes qu’ils doivent entreprendre pour réaliser ce rêve fou de lever une interdiction qui n’a aucune existence officielle dans un pays où le cinéma est totalement sinistré. Ils sont philosophes, savent attendre avec un fatalisme très africain. Un fatalisme, une bonhomie qui donnent au film un rythme lent qu’il faut savoir accepter, comme eux-mêmes ont accepté leur sort. 

Ce documentaire est un chant d’amour au septième art. Un beau film politique, éloge du cinéma comme arme de liberté, ode à la résistance et à la désobéissance civique. Depuis le tournage en 2015 les circonstances politiques au Soudan ont changé. La dictature de El-Bechir a été renversée en avril 2019 par un gouvernement de cohabitation qui permet quelque espoir. Le cinéma La Révolution retrouvera-t-il enfin une seconde vie ?

Marie-Jeanne Campana

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