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Fiche technique :
Réalisation, photo, son : Rodolphe Marconi - Musique : Stefano Landi et Edvard Grieg - Montage : Mathilde Pelletier - Distribution France : ARP Sélection.

Cyrille, agriculteur, 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, et des dettes (Documentaire)

France, 2020, 85min.

Réalisation : Rodolphe Marconi

Biographie :

Rodolphe Marconi, né en 1976, est un réalisateur et scénariste français. Il s’est initié au cinéma en découvrant l’œuvre de Cassavetes ou de Doillon. D’abord acteur, il décide de réaliser un court métrage : Stop (1999). En résidence à la Villa Médicis il y écrit le scénario de son premier long métrage, Défense d’aimer, réalisé en 2002, et tourne en 2001 Ceci est mon corps, puis Dernier Jour (2004). Lagerfeld confidentiel (2008) a obtenu un grand succès. 

Résumé :

Rodolphe Marconi s’immerge pendant quatre mois dans une petite ferme en Auvergne pour filmer au plus près la vie de Cyrille, éleveur de 20 vaches, dans son quotidien et avec ses difficultés.

Analyse :

Le mal des agriculteurs, des laitiers en particulier, fait régulièrement la une des journaux et des télévisions, car ils relatent leurs grandes difficultés financières et le taux anormalement élevé de suicides dans la profession. Rodolphe Marconi s’est emparé de ce sujet d’une manière très personnelle. Après avoir rencontré Cyrille sur une plage et s’être étonné de ce qu’il ne savait pas nager, il a écouté ce jeune homme de 30 ans lui confier son histoire de petit éleveur dans un petit village d’Auvergne, qui prenait des vacances pour la première fois de sa vie. Touché par sa situation, le réalisateur sans idée préconçue a décidé de lui consacrer un documentaire. Marconi a l’habileté de nous faire entrer doucement dans la vie de Cyrille. Les jours se suivent et se ressemblent. Lever à 6 heures du matin, coucher à minuit ou plus, avec comme seule compagnie ses vaches qu’il connaît pour certaines depuis son enfance, qu’il appelle par leur prénom, ses seules interlocutrices muettes. La traite, les soins et le repas des bêtes, la confection du beurre, le nettoyage des étables, l’entretien du matériel, la boue, le purin, l’inconfort. Du lundi au dimanche, jours fériés compris. Seuls les extras qu’il fait dans un restaurant du village lui permettent d’échanger avec d’autres humains, et il a un ami auquel il peut se confier. Solitude d’autant plus dramatique que Cyrille est homosexuel, ce qui dans les campagnes n’est pas nécessairement compris et facile à vivre. Puis progressivement, par une présence tranquille et émouvante, Cyrille confie à la caméra ses peines, ses difficultés, ses espoirs, sa solitude. Il ne parvient pas à s’octroyer un salaire, il a perdu beaucoup de vaches qu’il venait d’acheter, les dettes s’accumulent et l’on voit venir, inéluctable, le redressement judiciaire qui ne redressera rien du tout, et, au bout, la liquidation. Une progression dramatique qui nous familiarise avec un Cyrille tendre et attachant, paradoxalement sans colère face à l’adversité, qui vit dans le souvenir d’une mère aimante récemment morte, avec un père taiseux qui ne sait que lui adresser des reproches. Il ne peut, à certains moments, retenir ses larmes. Le regard de Marconi est tellement chaleureux et humain, qu’avec sensibilité il réussit à nous communiquer la tendresse qu’il a pour Cyrille, tellement fragile et émouvant. Un beau documentaire juste et maîtrisé, intimiste et poignant. 

Marie-Jeanne Campana

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