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Fiche technique :

Réalisation : Todd Haynes - Scénario Matthew Michaël Carnaban, Mario Correa, d’après un article de Nathaniel Rich paru dans The New-York Times - Dir. photo : Edward Lachman - Montage : Affonso Gonçalves - Musique : Marcelo Zarvos - Producteur : Mark Ruffalo, Pamela Koffler, Christine Vachon - Cie de production : Killer Films, Participant. Distr. Fr :Avec :

Mark Ruffalo : Robert Bilott. Anne Hathaway : Sarah Bilott. Tim Robbins : Tom Terp. Victor Garber : Phil Donnelly. Bill Camp : Wilbur Tennant.

 

Dark Waters

Etats-Unis d'Amérique, 2020, 126min.

Réalisation : Todd Haynes

Biographie :

Todd Haynes, 59 ans, est un réalisateur, scénariste et producteur américain de films indépendants. Il est l’auteur de plusieurs longs-métrages, dont Loin du Paradis (2002), Carol (2015) et le Musée des Merveilles (2017).

Résumé :

Fin des années 90. Richard Bilott est avocat d’affaires dans un grand cabinet de Cincinnatti, spécialisé dans la défense des industries chimiques. Ceci jusqu’au jour où un fermier vient l’interpeller et exiger son aide pour mettre fin aux exactions du tout-puissant groupe chimique américain DuPont de Nemours : ses vaches meurent les unes après les autres, empoisonnées, semble-t-il par l’eau qu’elles boivent. A la grande stupéfaction de son entourage, Bilott va risquer sa carrière, sa famille, sa vie, pour instruire cette dramatique affaire de pollution. 

Analyse :

Nous sommes bien loin de l’univers habituel de Todd Haynes. En effet le niveau de réalisme attendu pour traiter ce sujet de société, proche du documentaire, pouvait poser problème à un réalisateur qu’intéresse avant tout la complexité des êtres et des âmes. Dark Waters est un film de commande : il s’agit d’une demande faite par Mark Ruffalo, acteur et producteur, à Todd Haynes, après la parution en 2017 d’un article choc du New-York Times : on y lit que de grandes entreprises chimiques américaines enfreignent impunément la loi depuis des décennies au mépris de la santé publique. Robert Bilott, jusque là très investi dans son métier d’avocat au service de la défense des industries chimiques, se voit confronté à un choix éthique : ou bien une carrière sage dans les bureaux protégés du Cabinet Law Taft ou bien un revirement suicidaire, en conformité avec sa conscience civique. Ses hésitations sont vite balayées devant le désarroi d’un fermier venu l’appeler à son secours : ses 190 vaches sont mortes, empoisonnées affirme-t-il. Bilott ne tarde pas à découvrir le scandale : le géant industriel DuPont de Nemours, en toute connaissance de cause, enfouit depuis des années ses déchets toxiques dans les sous-sols de la région. Déchets ultra-nocifs : le PFOA, que le corps ne peut pas évacuer, un composant du fameux teflon, ce produit prétendument miracle, jusqu’à son interdiction. Nous suivons le combat obstiné de Bilott, année par année : les années passent, scandées à l’écran par le calendrier. Les obstacles s’accumulent : « ces gens ont un temps et un argent illimité », dit Bilott. Et nous aussi, spectateurs, faisons l’expérience de la durée infinie de ce combat. Nous sentons ce temps long qui s’écoule. Si lentement. De plus on grelotte: c’est l’hiver là-bas, la lumière est froide, sombre. L’écran est bleu dur, bleu acier, un bleu d’orage. Ou alors blanc sale quand il a neigé. Les flaques d’eau sont troubles, moirées, luisantes de graisse : dark waters. 

Ce n’est pas un film confortable, mais c’est un film juste, austère, exigeant. Un choc de conscience.

Françoise Lods

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