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Fiche technique :
Réalisation : Luis Buñuel - Scénario : L. Buñuel et Julio Alejandro (d’après l’œuvre de Benito Perez-Galdós) - Photographie : José F. Aguayo - Montage : Pedro del Rey - Son : Bernardino Fronzetti - Distribution France : Carlotta Films.

Avec :
Catherine Deneuve (Tristana) - Fernando Rey (Don Lope) - Franco Nero (le peintre).

Tristana

Espagne, Italie, France, 1970, 100min.

Réalisation : Luis Bunuel

Biographie :

Luis Buñuel (1900-1983) est un réalisateur et scénariste espagnol naturalisé mexicain. A la fin du cinéma muet, surréaliste d’avant-garde travaillant avec Salvador Dali et André Breton, il réalise un court métrage, Chien andalou (1929). Il réalise ensuite une série de courts, moyens et longs métrages, (34), tournés en Europe et au Mexique, dans tous les genres, dans lesquels se manifeste son caractère iconoclaste et subversif. Il est considéré comme l’un des réalisateurs les plus importants et les plus originaux de l’histoire du cinéma.

Résumé :

Un aristocrate vieillissant tombe amoureux de sa pupille et en fait sa maîtresse. Elle le quitte quand elle tombe amoureuse d’un peintre. Lorsqu'elle est amputée d'une jambe elle revient chez son tuteur qu’elle épouse. Elle le laissera mourir. 

Analyse :

Tristana est un des films les plus discrets du réalisateur, où tout est triste et gris, comme cette ville de son enfance, Tolède, à l’aspect provincial et vieillot, comme ces intérieurs bourgeois austères et sans faste. Une œuvre sur l’innocence corrompue, toute en intériorité, mystérieuse, d’une noirceur malsaine, loin de l’imagination débordante de certains de ses films comme Le charme discret de la bourgeoisie, loin du surréalisme flamboyant de Chien andalou ou du côté iconoclaste de La Voie lactée. Mais on y retrouve la patte du réalisateur. Un faux réalisme derrière lequel se cachent des personnages séduisants, complexes, dérangeants, intelligents et fous, un climat lourd et délétère, l’amour avec la haine. Don Lope incarne ce que Buñuel déteste, une bourgeoisie figée et hypocrite, et en même temps ce qu’il pense quand ce notable désargenté tient les propos d’un libre-penseur, athée, anticlérical et progressiste. Il se dit hostile à toute morale sexuelle, est un coureur de jupons invétéré. Toutefois, comme chez beaucoup d’aristocrates qui se veulent marginaux, il déroge allègrement à ses principes. Il dit ne respecter que deux choses« la femme d’un ami » et « l’innocence virginale » qu’il s’empresse de déflorer. Tristanaest également une œuvre emprunte d’une réflexion pessimiste sur la décrépitude de la vieillesse et la désillusion.

Le personnage de Tristana est également d’une grande complexité. Orpheline, ingénue, belle et pure, elle a la chance d’être accueillie par Don Lope. Mais il succombe à son charme et en fait sa maîtresse. Est-elle consentante ? Elle ne lui résiste pas, ne manifeste aucune sidération et se déshabille spontanément quand il l’amène dans sa chambre. Calculatrice ou victime ? Quand elle part vivre son amour, que le destin s’acharne de nouveau sur elle, elle rejoint Don Lope, se fait épouser, mais le déteste cordialement. Bien que toujours séduisante, elle devient aigrie, calculatrice et froide vengeresse, alors que par un retour de situation, lui, devient un mari sage et attentionné. Qui est victime, qui est bourreau ? Qui est le plus coupable des deux ?

Un film intelligent, d’une grande complexité, d’une parfaite noirceur, qui reflète l’âme tourmentée de son réalisateur.

Marie-Jeanne Campana

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