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Fiche technique :
Réalisation : Sharuna Bartas. Scénario: Sharuna Bartas, Aušra Giedraitytė. Photographie : Eitvydas Doskus. Montage : Simon Birman. Son : Fabrice Osinski, Vladmir Golovnitski, Simon Apostolou. Musique : Jakub Rataj. Production : Studija Kinema, KinoElektron, Sirena Film, Biberche Productions, Terratreme Filmes, Mistrus Media. Distribution: Shellac.

Avec :
Marius Povilas, Elijas Martinenko (Unte), Arvydas Dapsys (Jurgis Pliauga), Alina Zaliukaite-Ramanauskiene (Elena Pliaugiene), Valdas Virgailis (Ignas), Vita Siauciunaite (Agne).

Au crépuscule (Dusk)

Lituanie, France, Serbie, République tchèque, Lettonie, 2020, 100min.

Réalisation : Šarunas Bartas

Biographie :

Né en 1964 et diplômé à Moscou, il crée en 1989 le premier studio de cinéma indépendant de Lituanie. Son cinéma, proche de Bela Tarr et de Sokhourov, est influencé par Tarkovski et tente de concilier formalisme et épure par une approche radicale qui révèle une angoissante interrogation existentielle. En 2017 à la Quinzaine des Réalisateurs Frost son 8e long métrage offrait une plongée implacable et glaçante au cœur de la guerre.

Résumé :

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, en 1948, dans un pauvre village isolé en Lituanie, alors que la misère ne laisse place à aucune liberté, le jeune Unte et le mouvement des Partisans dans lequel il s’est engagé, font acte de résistance face à l’emprise de l’occupation soviétique qui reprend après la parenthèse de celle des nazis. De cette lutte désespérée dépend l’avenir de tout un peuple.

Analyse :

Au croisement du documentaire et de la fiction, ce cinéma pessimiste n’est certes pas un cinéma de divertissement, mais l’envoûtement sombre et désespéré qu’il déploie incite cependant à le rencontrer. Pour conserver leur identité, de nombreux habitants qui ne voulaient ou ne pouvaient émigrer ont cherché à résister contre ce nouvel ordre en s’engageant dans un mouvement en réalité très hétérogène de partisans - vrais patriotes, propriétaires dépossédés, marginaux divers-, réfugiés loin des villes : les «Frères de la forêt». Le propos du réalisateur -pour qui la tristesse est le plus authentique des sentiments- est d’évoquer ce douloureux pan d’histoire à travers les yeux candides d’un jeune adolescent, Unte, qui vit dans une ferme avec son père et découvre simultanément l’ambiguïté de sa propre filiation et l’ampleur des mensonges, des trahisons et des violences qu’engendre la situation politique. Alors qu’il cherche à y voir plus clair dans ses origines et à vivre son engagement auprès des partisans, il va, déstabilisé par les non-dits de leurs comportements et la cruauté de la lutte, perdre définitivement son innocence. Plus que les méandres de la narration ou l’extrême sobriété des dialogues c’est la mise en scène qui fait la puissance de ce film, et la grande beauté plastique des images qui font se répondre de gros plans de visages souvent éclairés à la bougie et des plans larges de paysages gris verts enneigés. Dès le début nous sommes, avec Unte, immergés dans la vie farouche des partisans et leurs motivations contradictoires. La perception constante d’un danger imminent s’installe que nourrit la lenteur du rythme et de longs plans fixes qui fouillent les regards et les réactions corporelles des personnages, véhicules privilégiés de leurs émotions. Dans ce climat oppressant, le spectateur restera longtemps hanté par le visage meurtri et émouvant de ce jeune garçon, confronté à des paroxysmes de violence parfois insoutenables.

Jean-Michel Zucker

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