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Fiche technique :
Réalisation et scénario : Lucas BelvauxDirection photo : Guillaume Deffontaines – Montage : Ludo Troch Décors : Frédérique Belvaux – Son : Nicolas Waschkowski, Béatrice Wick Distribution : Ad Vitam.

Avec :
Gérard Depardieu (Bernard/Feu de Bois), Catherine Frot (Solange),Jean-Pierre Darroussin (Rabut), Yann Zimmer (Bernard jeune), Felix Kysyl (Février) , Edouard Sulice (Rabut à 20 ans), Ahmed Hamoud (Idir), Mohammed Elfaki (grand-père d’Idir).

Des hommes

Belgique, France, 2020, 100min.

Réalisation : Lucas Belvaux

Biographie :

D’origine belge, il décide de devenir acteur et tournera dans de très nombreux films. Devenu réalisateur, il est remarqué avec sa trilogie Un couple épatant, Cavale et Après la vie, racontant les mêmes évènements en mélangeant les genres. En 2013, il réalise un thriller passionnant, 38 témoins. Des hommes, son huitième long métrage, a reçu le label « Festival de Cannes –Sélection Officielle 2020 » (sans Palmarès pour cause d’annulation)

Résumé :

Ils ont été appelés en Algérie au moment des "événements" en 1960. Ils s’appellent Bernard, Rabut, Février. Ils sont rentrés en France, quarante années se passent. Ils ont vécu leurs vies et surtout ils se sont tus. Mais parfois il suffit de presque rien, d'une journée d'anniversaire, d'un cadeau qui tient dans la poche. Le passé fait irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir tout oublier. Et là tout bascule.

Analyse :

Peut-être se souvient-on de rares films français évoquant la guerre d’Algérie (1954-1962). Avoir vingt ans dans les Aurès de René Vautier (1972) est un percutant film de militant. Alain Resnais avait montré dans Muriel (1963) une scène de viol commis par des soldats en opération. Caché de Michael Haneke (2005) prend comme ressort dramatique l’histoire d’un enfant algérien recueilli par une famille puis abandonné. Des hommes, dont le scénario est inspiré du roman éponyme de Laurent Mauvignier (2009), tente de démontrer que la mémoire traumatique peut réapparaitre de manière inattendue. Lors de la séquence inaugurale, d’une rare densité, accentuée par le physique incroyable de l’ogre Bernard/Depardieu, une simple réunion de famille autour de Solange qui fête son anniversaire nous fait entrer dans un drame personnel et collectif. L’homme, qui débarque lors du repas auquel il n’est pas invité, suscite haine et mépris. La caméral circule et suit le personnage, les nombreux travellings sur les visages où on peut même lire la peur, créent une tension insoutenable. Jusqu’à l’expulsion musclée du perturbateur. Le jour passe, la nuit tombe. L’ogre erre de maison en maison, et s’attaque à une femme algérienne qui vit au village. Que s’est-il donc passé dans la vie de cet homme et de cette famille ? Tout le reste du film (au moins les trois quarts) est constitué d’une série de flash-back, de plus en plus longs, sur la vie des trois jeunes dans le djebel algérien. Entre les retours au passé se déroule une longue nuit où les trois personnages, isolés, lisent des lettres échangées à l’époque, en voix off, formant une sorte de polyphonie funèbre. Le passé est lourd. Bernard et Rabut, jeunes soldats, s’affrontent. Bernard commet des actes de violence et de mort contre les habitants des villages assiégés, sans état d’âme. Rabut est pacifiste et compare ces actes à ceux des troupes nazies dans les années quarante. Opposition irréductible, affrontement physique entre les deux hommes. Retour au présent, les gendarmes prévenus attendent le matin pour venir arrêter Bernard. On ne verra pas la suite, on devine que Bernard qui arme son fusil, va résister, et peut être se suicider. La formidable ellipse qui couvre quarante années de vie est la forme déconcertante du récit. C’est ce qui fait la force du message. Tout réside dans la puissance des mots, c’est pourquoi les lettres, lues mentalement, avec parfois superposition des voix (celles datant des lettres, celles du temps présent) apportent paradoxalement comme un temps de suspension, de respiration. En vain, peut-être, ou probablement.

Alain Le Goanvic

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